VIE DE GAMOENS. XLVII
ques vagues fugitives, reçoivent indistinctement la dt^pouillc mortelle d'un héros ou les restes d'un obscur soldat * ! »
Le succès des Lusiades fut immense, puisque, chose presque inouïe en Portugal, l'auteur publia une seconde édition desonpoëme dans la même année ^.
Pedro de Mariz et Barbosa Machado racontent qu'un certain Pedro da Costa Perestrello, qui avait composé un poëme sur le même sujet, renonça à le faire paraître. De nos jours, le Père José Agostinho de Macedo s'est montré moins modeste ; il n'a pas craint d'entrer en lice contre l'Homère portugais. Le succès des Lusiades ne se démentit pas ; en 1G13, suivant Pedro de Mariz, il s'en était déjà vendu douze mille exemplaires, et vingt mille, suivant Severim^ en 1624. Le Tasse, qui n'avait pas encore publié la Jérusalem délivrée, adressa un beau sonnet à celui qu'il regardait comme son guide^ et dont il devait bientôt être le rival.
Soit que les conseils adressés par Camoens au jeune roi eussent déplu, soit que les finances de l'État fussent obérées par les préparatifs de la malheureuse expédition d'Afrique, la pension qu'il obtint pour ses seize années de services mihtaires (car je ne pense pas que son poëme ait été portéen ligne décompte) ne fut que de 15^000 reis, 100 francs environ, ce qui représente à peu près 500 francs d'aujourd'hui. Une clause du brevet lui enjoignait de résider à Lisbonne, 7ia corte, et de le faire reviser tous les trois ans '\ Cette somme, toute modique qu'elle fût, lui était inexactement payée; aussi disait-il quelquefois en riant qu'il voulait demander au roi de changer ses quinze mille reis en quinze mille coups de fouet pour ses ministres.
Camoens ne fit plus que peu de vers après la publication des Lusiades» Peut-être est-ce à cette époque qu'il composa la requête poétique qu'on lui attribue, et dans laquelle il justifie une jeune femme, emprisonnée dans le Limoeiro de Lisbonne, pour avoir été infidèle à son mari qui voyageait dans rinde. En 1575, il adressa des stances au roi Dom Sé-
1 V. Lusiades, ch. 5, oct. 8l3.
2 Cette seconde édition est bien préférable pour la correction à la première, comme l'a prouvé le savant et judicieux M. Mablin, dans sa lettre à l'Académie royale des sciences de Lisbonne sur le texte des Lusiades.
3 Voyez Pedro de Mariz et Manoel de Faria e Souza. -=- Dom Jo=;e Maria de Souza dit tous les six mois.