‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 40 sur 223 · VIE DE CAMOENS. LI · texte numérisé non relu

VIE DE CAMOENS. LI

Lusiades que possédait lord Holland. Cette noie est ainsi conçue :

« Qu'y a-t-il de plus déplorable que de voir un si grand « génie si mal récompensé? Je l'ai vu mourir dans un hô- (( pital de Lisbonne^ sans avoir un drap pour se couvrir, « lui qui avait si bravement combattu dans les Indes orien- (( taies et qui avait fait cinq mille cinq cents lieues en mer. « Grande leçon pour ceux qui se fatiguent à travailler nuit « et jour, et aussi vainement que l'araignée qui ourdit sa « toile pour y prendre des mouches I »

Je crois qu'il peut résulter de cette» apostille que José índio a vu Camoens malade à l'hôpital, sans qu'il faille prendre à la lettre les mots^/e l'ai vu mourir.

Ce fut pendant cette dernière et longue * maladie de Camoens que le désastre d'Alcacer-Québir (le 4 août 1578) frappa de mort le Portugal. Il restait encore au poète une larme pour sa patrie : Ah ! s'écria-t-il, du moins je meurs avec elle! Il répéta la même pensée dans la dernière lettre qu'il ait écrite. « Enfin, disait-il,- je vais sortir de la vie, et (( il sera manifeste à tous que j'ai tant aimé ma patrie, que, « non-seulement je me trouve heureux de mourir dans son « sein, mais encore de mourir avec elle. »

Il ne survécut que peu de mois à ce désastre, et mourut au commencement de 1579, à l'âge de cinquante-cinq ans. 11 lie fut jamais marié, et ne laissa point d'enfants.

Pedro de Mariz rapporte qu'il fut enterré très-pauvrement dans l'église de Santa Anna, à gauche en entrant, et sans que rien indiquât sa sépulture. Ses malheurs firent sur le public une impression si profonde, que personne ne voulut plus occuper la maison qu'il avait habitée. Elle resta vide après sa mort.

Les sinistres pressentiments de Camoens ne tardèrent pas à s'accomplir. Le Portugal^ ce royaume né d'une victoire et blessé (à mort dans une défaite, tomba bientôt sous le joug de Philippe II. Le monarque espagnol, visitant sa nouvelle province^ s'informa du grand poète, dont il admirait les vers, et, en apprenant qu'il n'existait plus, il témoigna un vif regret.

1 Niceron, ouvrage cité.

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