LU VIE DE CAMOENS
Pedro de Mariz raconte qu'un noble allemand écrivit à son correspondant de Lisbonne de chercher la place où Camoens était enterré, et, si ce grand poêle n'avait pas un tombeau digne de lui, il le chargeait de s'arranger avec la ville pour obtenir la permission de lui envoyer ses os, avec toute la décence et le respect qui leur étaient dus. Ce généreux Allemand s'engageait à élever à l'Homère lusitanien un mausolée comparable à ceux des anciens les plus illustres.
Ce fut peut-être cette pieuse démarche faite par un étranger, qui rappela aux compatriotes de Camoens que l'auteur des Lusiades n'avait pas de tombe. Seize ans après sa mort, un ami des lettres, qui peut-être était absent quand il mourut, DoQi Gonçalo Coutinho, fit chercher sa sépulture et la rétablit dans un endroit voisin du chœur des religieuses franciscaines. Il la couvrit d'une simple pierre presque au niveau du sol, sur laquelle il inscrivit cette épitaphe :
Ci gît Luiz de Camoens,
prince
des poetes de son temps.
Il vécut pauvre et misérablement
et mourut de même
l'an MDLXXIX.
Et plus bas :
Cette tombe a été construite aux frais de Dom Gonçalo Coutinho. Que personne n'y soit plus enterré.
C'est un beau résumé de la vie de Camoens que ces deux simples lignes :
Il vécut pauvre et misérablement, et mourut de même.
On ne pouvait dire moins de celui qui avait éprouvé tant d'infortunes, combattu à tant de batailles, et, comme dit José índio, fait cinq mille cinq cents lieues sur mer. Je ne connais pas Tépitaphe de notre bonhomme Chapelain, lequel mourut pour s'être mouillé les jambes dans le ruisseau de la rue Saint-Hoiioré, de peur de perdre son jeton à l'Académie, mais je parierais qu'elle était plus longue et plus pompeuse.