‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 42 sur 223 · VIE DE CAMOENS. LUI · texte numérisé non relu

VIE DE CAMOENS. LUI

Relisons celle de Boileau, telle qu'on l'a refaite en iSlo. La voici; elle est placi5e dans la chapelle Saint-Paul, le long du chœur de l'église de Saint-Germain-des-Prés :

Hic. sub. titulo

Fatis. diu. jactali

lu. omne. aevnm, tandem, compositi

Jaceut. cineres

Nicolai. Boileau. Despreaux, etc.

Vous ne savez pas peut-ctre ce que veulent dire ces expressions. Cineres fatis diujactati, qu'on pourrait à peine appliquer aux cendres de Napoléon, si on les rapportait de Saint-Hélène ^? Cela veut dire que les cendres de Nicolas Boileau, d'abord placée dans la Sainte-Chapelle au-dessous du liitrin qu'il a si bien chaulé, ont été transférées, en 1793, au musée des Pctits-Augustins, puis de là déposées pour l'éternité dans l'église voisine de Saint-Germain des Prés. Je préfère l'épi laphe de Camoens. — Il est vrai qu'on en a, depuis, fait ta sa gloire de bien longues et de bien mauvaises. Martim Gonsalvés da Camará, qui avait été premier ministre du roi Dom Sébastien, et qu'on peut difficilement compter parmi les protecteurs de Camoens, fit composer pour sa tombe, par le jésuite Mattlieos Cardoso, professeur de belles-lettres à l'université d'Evora, sept distiques latins d'une emphase tout à fait scolastique :

Naso elegis, Flaccus lyricis, epigrammate Marcus, Hic jacet heroo carmine Virgilius, etc. 2.

De son côté. Dom Gonçalo Coutinho, comme pour expier ce que sa première inscription paraissait avoir de trop simple, en fit faire une autre en vers latins par Dom Manoel de Souza Coutinho, depuis Frei Luiz de Souza ; c'est un dialogue entre le tombeau du poëte et un passant : Quod M aro

1 Écrit en 1835».

2 Celte déclamation pédantesque contient cependant un fait curieux. On doit inférer de ce vers

Hune Ilali, Galli, Hispani vertere poetam,

qu'il existait dès lors des traductions italienne, espagnole et même française des Lusiades Baillet (Jugements des savants, t. IV, p. 442) mentionne une traduction anonyme des Lusiades en cette dernière langue, que le biograptie Ignacio Garcez Ferreira altribue à un uummc Scharou.

LTV VIE DE GAMOENS.

suhlimi, etc. Elle est imprimée dans la première édition des Rimas (1595), et depuis répétée partout. Cette édition des Poésies diverses de Camoens, jusqu'alors éparses et inédite:^^. est un monument tout autrement splendide, élevé par lo licencié Fernando Rodrigues Lobo Surrupita à la gloire de Camoens, sous les auspices du même Dom Gonçalo Coutinho. A la tête de ce recueil des Rimas, on remarque un sonnet adressé à la mémoire de Camoens par ce Diogo Bernardes, soupçonné, comme nous avons dit, de s'être approprié plusieurs pièces de notre auteur. Quoi qu'il en soit, Diogo Bernardes, grand poëte aussi, mort à Lisbonne en 1596, fut enterré dans la môme église que Camoens, au couvent de Santa Anna.

Ces mots d'une inconcevable témérité, pour Vétemité, placés dans l'épitaplie de Boileau,me rappellent la dernière chose qu'il me reste à dire touchant Camoens.

Comme s'il avait été dans sa destinée de ne jamais trouver le repos, pas môme dans la tombe, l'église de Santa Anna fut renversée de fond en comble par le tremblement de terre qui détruisit presque entièrement la ville de Lisbonne en 1755.

L'église a été rebâtie; mais personne, que je sache, n'a cherché à relever, du milieu des décombres, la simple pierre qui recouvrait les cendres du grand poëte et du grand citoyen.

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