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X VIE DE CAMOENS

Celte supposition ingénieuse n'est pas confirmée par les dates. Cette petite colonie savante n'arriva à Coinibre qu'en 1547 * ; Camoens avait alors vingt-trois ans, et il avait déjà, depuis trois ans au moins, quitté Coimbre et l'université.

La grande idée et le grand mérite de Camoens, comme poëte, a été de créer en Portugal la langue épique. L'esprit moderne associé dans l'épopée à la forme antique, tel fut le monde qu'il chercha, et il ne mourut pas sans l'avoir trouvé. Mais il cultiva, chemin faisant, tous les genres de poésie usités jusque-là par ses compatriotes, l'églogue à la manière de Virgile et de Sannazar, l'ode à l'imitation d'Horace, le sonnet et la cançAo à la mode de Pétrarque et de Bembo, le drame même à la façon de Piaule et de Gil Vicente. Le génie poétique dut être en lui très-précoce, puisque nous le voyons, dès son arrivée à Lisbonne, âgé de dix-huit ou dix-neuf ans, s'ouvrir par son mérite les premières maisons du royaume, adresser des sonnets à Dom Theodosio de Bragança, à Dom Manoel de Portugal, luimême poëte de mérite, au vice-roi dom Joao de Castro ^, aux mines de Dom Fernando de Castro ^, et dédier deux églogues * au duc d'Aveiro. Nous retrouvons dans le recueil de ses Rimas des sonnets à l'adresse de Dona Francisca de Aragão et de Dona Guiomar de Blasfé. Nous remarquons même qu'il était assez familier avec cette dernière pour lui adresser une vo/ta sur une brûlure qu'une bougie lui avait faite au visage ^. C'est ici le lieu de relever une erreur répétée dans les diverses vies anglaises et françaises de Camoens. Elles nous disent toutes qu'il ne fit qu'un pas de Coimbre à la cour. Ceux qui ont emprunté les premiers ce fait aux biographies portugaises n'ont pas songé que á corte signifie simplement Lisbonne, Camoens^ issu d'une branche cadette et non titrée^ n'a jamais été reçu à la cour : No Paco,

La multitude de poésies légères et galantes recueillies dans ses œuvres prouve combien il se livra toute sa vie à

1 Barbosa, Biblioth. lusit.j art. André de Gouvea,t. II, p. 150.

2 Sonnet 189.

3 Sonnet 63. Dom Fernando était fils de Dom Diego de Castro. '* Les sixième et huitième.

5 T. IV, p. 250, édit. de Paris, 1815, et le sonnet 39.

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