Deux demi-dieux te regardent du haut des cieux
Sébastien était, par son père, le petit-fds du roi Jean III, surnommé le Pacifique; et par sa mère, le petit-fils de Charles-Quint, qui ne cessa de faire la guerre qu'en abdiquant la couronne.
IG. Accoutume-toi, jeune prince, à recevoir les vœux des mortels.
Et jam uunc volis assuesce vocari.
L'invocation des Lusiades finit comme celle des Géorgiques;m^\^ que l'on compare ici les deux poetes, et l'on verra l'extrême supériorité du poëte moderne sur l'ancien . Quelle élévation de sentiments, quelle noblesse dans le discours de Camoens au roi Sébastien ! quelle pauvreté d'idées, mal couverte par la richesse des expressions, quelle flatterie révoltante dans le discours de Virgile à l'empereur Auguste !
Tuque adeo, quem mox quee sint habitura deorum Concilia incertum est, urbesne invisere, Cœsar, Terrarumque velis curam, et te maximus orbis Auctorem frugum tempestatumque potentem Accipiat, cingens materna têmpora myrto; An deus immensi vénias maris, ac tua nautœ Numina sola colant , tibi serviat ullima Thule, Teque sibi generura Tethys emat omnibus undis; Aline novum tardis sidus te mensibus addas, Qua locus Erigonen inter Chelasque sequentes Panditur; ipse tibi jam brachia contrahit ardens Scorpius, et cœli justa plus parte relinquit.
0 toi qu'attend le ciel et que la terre adore, Sous quel titre, ô César, faudra-t-il qu'on t'implore? Veux-tu, le front paré du myrte maternel, Remplacer Jupiter sur son trône éternel? Va, préside aux saisons, gouverne le tonnerre, Protège les cités, fertilise la terre.
Veux-tu sur l'Océan un pouvoir souverain? Le trident de Neptune est remis dans ta main; Tétbys l'offre sa fille, et, roi des mers profondes, Tu recevras pour dot tout l'empire des ondes. Peut-être plus voisin de tes nobles aïeux, Nouveau signe d'été , veux-tu briller aux cieux? Le Scorpion brûlant, déjà loin d'Érigone, S'écarte avec respect et fait place à ton trône.
Delille.
Xout le talen.t de Virgile, tout l'art du traducteur, et surtout cette transition si heureuse qui n'est pas dans l'original, peut-être plus voisin de tes nobles aïeux, n'ont pu sauver ce qu'il y a de faux et d'exagéré dans cette idée bizarre de déplacer pour Auguste les constellations^t de détrôner en sa faveur Jupiter et Keptune. Camoens aussi loue son roi : il lui promet l'immortalité, mais il lui trace en même temps la route qui pourra l'y conduire ; et ses louanges sont des leçons d'héroïsme et de vertu.