‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 58 sur 223 · Lorsqu'au sein des célestes demeures, etc · texte numérisé non relu

Lorsqu'au sein des célestes demeures, etc

Ici commence le grand défaut que l'on reproche communément à Camoens : le mélange de la mythologie et du christianisme. « On « lui a fait un tort de cette alliance, dit madame de Staël; mais il « ne nous semble pas qu'elle produise dans son ouvrage une im- « pression discordante ; on y sent très-bien que le christianisme est « la réalité de la vie, et l'on trouve une sorte de déhcatesse à ne pas « se servir de ce qui est saint pour les jeux du génie même. »

Une chose qui n'a pas assez frappé les censeurs du poëte portugais c'est que ses héros, soit qu'ils parlent, soit qu'ils agissent, sont toujours chrétiens. L'auteur seul est païen, il use de tous les privilèges et de toutes les ressources de la poésie. La poésie épique, dit Boileau,

Dans le vaste récit d'une longue action

Se soutient par la fable et vit de fiction.

Là, pour nous enchanter, tout est mis en usage;

Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage;

Chaque vertu devient une divinité :

Minerve est la prudence, et Yénus la beauté.

Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre;

C'est Jupiter armé pour effrayer la terre.

Un orage terrible aux yeux des matelots,

C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots.

Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse ;

C'est une Nyniffhe en pleurs qui se plaint de Narcisse.

Ainsi dans cet amas de nobles fictions, etc.

Ce beau morceau de VArt poétique est dans la mémoire de toutes les personnes qui ne sont point étrangères à la littérature. îSous laissons à nos lecteurs le soin d'en faire l'application raisonnée au poëme des Lusiades et de justifier Camoens. 11 se justifie lui-mêrfte, au dixième chant, d'une manière aussi délicate qu'ingénieuse. Téthys, du haut d'une montagne sacrée, vient de découvrir à Gamale grand édifice du monde. Elle lui montre l'Empyrée.

« C'est là, lui dit-elle, que résident les véritaijles enfants de la « gloire et de la vertu. Jupiter et Junon, Saturrte, Janus et moi- « même, nous ne sommes que des divinités fantastiques Inventées

« par les poètes. Fidèles à l'art charmant qui nous donna la nais- « sance, nous n'avons point quitté la terre. Le ciel ne nous connut « jamais ; et cet Olympe où nous régnons n'est qu'un rêve brillant « du génie.

« L'éternelle Providence, dont Jupiter n'est que la poétjque image, « gouverne l'univers par mille et mille intelligences. Homère en a « fait des dieux. Ministres de colère et d'amour, ils protègent ou « persécutent. Apollon^ Mars et Vénus combattent pour Hector; « Junon, Neptune et Palias ont conjuré sa perte.

« L'épopée qui nous charme et nous instruit tour à tour, la noble « épopée a recueilli l'héritage d'Homère : elle a conservé ses^ivi- « nités et leurs" noms. Les génies protecteurs, les génies malfaisants « se retrouvent jusque dans les livres sacrés. La muse antique des {( Hébreux a revêtu de formes divines les anges de lumière; et dans « son langage inspiré, Moloch lui-même, l'affreux Moloch est un « dieu. »

Tout ce passage est supprimé dans la traduction de La Harpe.

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