VIE DE CAMOENS. XV
le taxât de forfanterie : « Ma peau a le privilège de celle « d'Achille, qui n'était vulnérable que parle talon. Personne « n'a vu les miens, et j'ai vu ceux de bien des gens K »
On trouvera peut-être bizarre cette prétention d'être invulnérable, surtout quand on songe qu'il reçut dans un combat naval un coup de feu qui lui fit perdre l'œil droit. Il á fait plusieurs fois allusion à cet accident, notamment dans des vejfs adressés à une dame qui le raillait de cette infirmité. Il fut atteint, dit-on, en combattant auprès de son père, Simâo VaZ;, capitaine du vaisseau sur lequel il servait comme volontaire. C'est la dernière fuis que nous aurons à parler de SimAo Vaz de Camões : il est probable qu'il mourut peu après ce combat, et que sa mort fut une des causes qui décidèrent notre poète à partir pour l'Inde.
Pendant son séjour en Afrique, la plume de Camoens fut aussi active que son épée. Il y composa sa seconde élégie : Aquelle que de amor, et les tristes et misanthropiques estancias sur le désordre du monde: Quem pode ser no mundo tâo quieto, où il déplore les nombreux abus de l'ordre social. On croit qu'il les envoya d'Afrique à son ami Dom Antonio de Noronha. C'était un présent bien austère pour un jeune homme de quinze ans. Aussi quelques critiques ont-ils pensé qu'il n'écrivit cette pièce que beaucoup plus tard, pendant son séjour en Orient, et qu'ill'adressa à Dom Antonio de Noronha, qui fut deux fois gouverneur de l'Inde, en looO et en 15G4. Je crois, d'ailleurs, que Camoens envoya d'Afrique à son jeune ami sa septième églogue (les amours des Faunes), qui est d'une touche beaucoup moins sévère ; on remarque même dans cette pièce une scène très-voluptueuse, que notre poète a répétée dans la peinture de l'Ile enchantée des Lusiades.
Camoens, attiré sans doute par l'espoir, revint à Lisoonne en loo2. L'accueil qu'il y reçut de la personne aimée lui prouva qu'il s'était abusé. D'autre part, les fleurs de sa muse, comme dit Manoel de Faria Severim, ne produisaient point de fruits ; ses services militaires ne recevaient Tiulle récompense. Dom Antonio avait quitté Lisbonne. Le père de ce jeune homme, Dom Francisco de Noronha, second comte
1 rrcmière lettre écrite de rinde.