XVI VIE DE CAMOENS
de Linhares, s'étant aperçu de Tamour de son fils pour Dona Margarida da Sylva, petite-fille du comte d'Abrantès, l'avait envoyé à Ceuta servir prós de son oncle, pour le distraire de cette passion qu'il désapprouvait. Tout manquait à la fois à Camoens; il résolut de partir pour l'Inde et de mettre deux mille lieues entre son amour et lui.
On trouve dans ses Esparsas plusieurs pièces qui expriment les douleurs du départ et les tortures de l'amour d^'daigné. Voici, entre autres^ un sonnet que nous croyons écrit dans ce moment suprême. Il peint bien, ce nous semble, ce que le poëte dut souffrir avant de s'expatrier. On comprendra mieux, après l'avoir lu, comment, pour consommer ce sacrifice, il fut obligé de s'y reprendre à deux fois.
SONNET XUII
« Le cygne, quand il sent approcher l'heure qui met un « terme à sa vie, élève sur la rive solitaire une voix plus « mélancolique et des chants plus harmonieux. Il voudrait (( voir son existence se prolonger ; il pleure son pénible dé- (( part ; il célèbre douloureusement la fin de son triste (( voyage. Ainsi;, Madame, quand je vis la triste fin de mes « amours et me sentis arrivé à la dernière crise, je déplo- (( rai, avec une plus suave harmonie, vos rigueurs, votre (( manque de foi et mon amour. »
Le dernier vers de ce sonnet est en espagnol. Camoens marie ainsi fort souvent les deux langues. Il dit dans sa seconde lettre écrite de Vlnde, à propos de quelques strophes ainsi mélangées, qu'elles ont un pied portugais et un pied castillan. Nous trouvons dans ses œuvres vingt sonnets tout espagnols* et deux galiciens^
Les motifs qui décidèrent Camoens à quitter l'Europe ne venaient pas tous de ses chagrins d'amour. Les derniers mots qu'il prononça sur le vaisseau qui l'emportait loin de Lisbonne ne s'adressaient pas à sa maîtresse. Il nous ap-
1 Ce sont les sonnets 161 à 166, 213 à 219, 222 à 226, 256 et 260, auxquels il faut ajouter les sonnets 2"î2, 283, 299, qui sont suspects. Les Élégies 17 et 18 sont aussi écrites en espagnol. ,
2 Ce sont les sonnets 290 et 291 ; ils font partie des trente-six sonnets ajoutés et qui sont moins authentiques.