Au pied de ces montagnes, et dans leurs profondes val
lées, vivent des peuples scythes qui jadis disputòrent d'antiquité avec la vieille Egypte.
Justin raconte fort au long, et d'une manière qui nous a paru curieuse sous plus d'un rapport, cette grande contestation des Scythes et des Égyptiens.
« Scytliarum gens antiquíssima semper habita, quamquam inter Scythas et ^i^gyptios dlu contentio de generis vetustate fuerit : ^^gyptiis prœdicantibus, « Initio rerum, cuni aliœ terrae nimio fervore M sohs ardèrent, ahœ rigerent frigoris immanitate, ita ut non modo « primœ generarehomines, sed ne advenas quidem recipere ac tueri « possent,priusquamadversus calorem vel frigus velamenta corporis « invenirentur vel locorum vitia quœsitis arte remediis mollirentur, « iEgyptum ita temperatam semper fuisse, ut neque hiberna frigora « nec œstivi solis ardores rncolas ejus premerent ; solum ita fecun- « dum, ut alimentorum in usum liominum nulla terra feracior fuerit. « Jure igitur ibi primum homines natos videri debere, ubi educari fa- « cillime possent. » « Contra vScythœ cœli temperamentum, nullum « esse vetustatis argumentum putabant : « Quippe naturam, cum u primum incrementa caloris ac frigoris regionibus distinxit, statim « adlocorum patientiam animalia quoque générasse ; sed et arliorum « atque frugum pro regionum conditione apte .gênera variata. Et (( quanto Scythis sit cœlum asperius quam JEgyptiis, tanto et corpora « et ingénia esse duriora. Cœterum si mundi, quœ nunc partes sunt, « ahquando unitas fuit, sive illuvies aquarum principio rerum ten as « obrutas tenuit, sive ignis, qui et mundum genuit, cuncta possedit, « utriusque primordii Scythas origine prœstare. Nam si ignis prima K possessio rerum fuit, qui paulatim extinctus sedem terris dédit; « nullam prius quam septemtrionalem partem, hiemis rigore ab igné « secretam ; adeo ut nunc quoque nulla magis rigeat frigoribus. n iî^gyptum vero, ettotum Orientem, tardissime temperatum : quippe « qui etiam nunc torrenti calore solis exœstuet. Quod si omnes quon- « dam terrœ submersœ profundo fuerunt.profectoeditissimamquam- « que partem decurrentibus aquis primum detectam, humillimo au- « tem solo eamdem aquam diutissime immoratam ; et qnanto prior « quœqueparsterrarumsiccata sit, tanto priusanimaliagenerarecœ- <( pisse. Porro Scythiam adeo editiorem omnibus terris esse, ut cuncta « flumina ibi nata, in Mœotim,tum deinde inPonticumet iEgyptium « mare decurrant; iî^gyptum autem, quiB tôt regum,tot seculorum 'i cura impensaque munita sit, etadversum vim incurrentium aqua- « rumtantis structa molibus,totfossis concisa, ut, cumhis arceantur, « illis recipiantur aquœ, nihilominus coli nisi excluso Nilo non potuerit, « non posse viderihominumvetustaleultimam:quœaggerationibusre- « gum, sive Nili trahentis limum terrarum recentíssima videatur. » (JusT., lib. 2, cap. I, pag. 21 de l'édition de M. Dùbner.)
« Les Scythes ont toujours passé pour le peuple le plus ancien de la terre. Cependant les Égyptiens leur ont longtemps disputé cette gloire. Ces derniers prétendaient « qu'au commencement du monde « les dilférents climats étaient ou brûlants ou glacés à un tel point, « que, loin que les hommes pussent y naître, les étrangers ne pou- « valent ni s'y établir ni s'y conserver, avant que l'art eût défendu les « corps contre les impressions du chaud et du froid, par l'invention « des vêtements, ou corrigé les incommodiiés des lieux par d'autres « moyens nouveaux; mais que le ciel de l'Egypte était au contraire, <^ si tempéré, que les habitants ne souffraient ni des rigueurs de l'hi- « ver, ni des feux de l'été, et que le sol y était plus fécond que par- « tout ailleurs en toutes sortes d'aliments nécessaires à la vie; qu'il « était donc raisonnable de penser que la première patrie des hommes « devait être le pays où il leur était si facile de subsister. » Les Scythes soutenaient de leur côté « que la température du climat ne prou- « vaitnuUementqu'unecontréeeût été laplusanciennementhabitée; « que, lorsque la nature distingua les diiîérentes régions par les di- « vers degrés de chaud ou de froid, elle donna en même temps la vie « à des animaux capables de supporter chaque disposition de l'air, et « diversifia sagement les espèces d'arbres et de fruits, selon la qualité « des climats ; que si le ciel de la Scythie était plus âpre que celui de « l'Egypte, les Scythes avaient aussi le corps et l'esprit plus viiioureux « que les Égyptiens ; qu'au reste, si le monde, aujourd'hui divisé en « plusieurs parties, ne formait autrefois qu'un seul tout, soit qu'origi- « iiairement les eaux en eussent couvert toute la surface, soit que le « feu, principe de l'univers, l'eût totalement occupé, dans l'une ou a l'autre supposition, les Scythes étaient la nation la plus ancienne; « car si le monde avait d'abord été rempli par le feu, la terre, où il s'é- « tait éteint peu à peu, avait été la première habitable; que les con- « trées septentrionales avaient été, plus tôt que les autres, dégagées « du feu par la rigueur du froid, puisqu'aujourd'hui même le sep- « tentrion est la partie du monde la plus froide ; qu'au contraire, l'É- « gypteet tout l'Orient avaient été tempérés plus tard que toutes les « autres régions, étant encore brûlés par les feux ardents du soleil ; « que si la terre avait été jadis entièrement submergée parles eaux, « il n'était pas douteux que ses parties les plus élevées n'eussent été « plus tôt desséchées par l'écoulement de ces eaux, lesquelles durent « séjourner très-longtemps dans les plus basses, et que la contrée qui « avait été desséchée la première n'eût été aussi la première à pro- « duire des animaux ; que la Scythie était si évidemment la région la « plus élevée du monde, que tous les fleuves qui en sortent vont se « décharger dans les Palus-Méotides, et de là dans les mers du Pont « et de l'Egypte ; mais que l'Egypte ne pouvait passer pour la plus « ancienne des terres habitées, puisque, malgré les soins et les dé- « penses de tant de rois, qui avaient travaillé pendant tant de siècles
<( à la défendre contre le torrent des eaux, soit en la munissant de « hautes chaussées, soit en la coupant par de nombreux fossés, afm « que les eaux, retenues d'un côté, pussent s'écouler de l'autre, elle « n'était capable de culture qu'après la retraite du Nil; qu'il sem- " blait, au contraire, et par les digues qui avaient été faites parles « rois, et par les tas de limon que le fleuve y charrte, qu'elle était » la contrée du monde la plus moderne. »
(Traduction de M. l'abbé Paul.)
Justin trouve le plaidoyer des Scythes beaucoup plus fort de raisonnement que celui des Égyptiens, et se prononce en faveur des premiers. L'auteur des Lusiades^^'en rapporte à la Genèse.
7. Peuples aveugles, qui cherchiez à connaître le berceau du genre humain, que ne le demandiez-vous aux campagnes de Damas ?
Il est vraisemblable que, par une figure de rhétorique très-familière aux poètes, l'auteur prend ici la partie pour le tout, et que, par les campagnes de Damas, il entend toute (5ette région de l'Asie où coulent l'Euphrate et le Tigre, qui, d'après la Genèse, arrosaient le Paradis terrestre.