‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 96 sur 223 · Alphonse régnait en Espagne · texte numérisé non relu

Alphonse régnait en Espagne

Alphonse, sixième du nom, était le second fils de ce Ferdinand de Castille à qui ses peuples décernèrent le titre de Grande et qui dut en partie sa grandeur à Don Rodrigue Ruy Diaz de Bivar, si connu sous le nom de Cid. Alphonse est un des exemples les plus frappants des vicissitudes de la fortune. Dépouillé d'abord du royaume de Léon par son frère Don Sanche, roi de Castille, comme son autre frère. Don Garcie, l'avait été de son propre apanage ; confiné dans le monastère de Sahagun, puis réfugié à la cour d'Alimaon, roi de Tolède, il se vit tout à coup, à la mort de Don Sanche, maître en même temps de la Castille, du royaume de Léon, de la Galice et de la Lusitanie. 11 n'oublia pas dans la prospérité les hommes généreux qui ne l'avaient point abandonné dans son malheur, et qui, sous son père, avaient rendu tant de services à l'État. Nous avons vu, à la première note du chant qui nous occupe de quelle manière il récompensa le zèle et le dévouement du comte Henri.

Le règne d'Alphonse YI, quoique mêlé de revers, fut glorieux pour l'Espagne. Après la mort d'Alimaon et de Hissem, fils de ce prince, il enleva Tolède à la domination des infidèles, et porta sa nation au plus haut degré d^ puissance où elle fût parvenue depuis la décadence des Goths.

\ 9. Et toi, fille de Nisus.

Minos assiégeait Mégare où régnait Nisus. Scylla, fille du roi, se plaisait à considérer, du haut d'une tour, le camp des ennemis. La figure guerrière de Minos, son noble maintien, son adresse à manier un coursier, la frappèrent tellement, qu'elle en devint éperdument amoureuse, et coupa le cheveu fatal auquel tenaient le sort de Mégare et la vie de Nisus. Celui ci, en la poursuivant, fut changé en épervier ; mais Scylla lui échappa sous la forme d'une alouette. Leur inimitié dure encore.

Apparet liquido sublimis in aerc Nisus, Et pro purpúreo pœuas dat Scylla capillo: Quacumque illa levem fugiens secat œthera pennis, Ecce inimicus, atrox, maj^no stridore per auras Insequitur Nisus; qua se fert Nisus ad auras, Illa levem fugiens raptini secat œthera pennis.

Géorgie, lib. I, v. 404.

Tantôt l'affreux Nisus, avide dp vengeance,

Sur sa fille à grand bruit du haut de^ cieux s'élance ;

Scylla vole et fend l'air; Nisus vole et la suit : Scylla, plus prompte eucor, se détourne et s'enfuit.' 1

Delille.

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