CHAPITRE III
La Question des Instituteurs Les Griefs des Catholiques
5 juillet 1913.
A la séance du 27 mai, la Chambre des députés accordait, par 412 voix contre 123, le bénéfice de Vurgence au projet de loi sur la défense de Pécole laïque. Devant les graves préoccupations que devrait inspirer au patriotisme de tous les Français la situation extérieure et intérieure, pareil vote caractérise vraiment un état d'esprit. Un peu plus tard, le 17 juin , on ne devait pas retrouver une aussi forte majorité — ni surtout la même majorité — pour proclamer urgente la loi de trois ans. Alors qu'un trop grand nombre de nos législateurs donne au pays le spectacle scandaleux dont nous sommes les témoins et multiplie les efforts pour retarder ou faire échouer les mesures de défense nationale, les trois quarts ou les quatre cinquièmes de la Chambre proclament qu'il y a urgence à protéger l'école laïque, c'est-àdire à exaspérer un peu plus nos querelles religieuses.
Plusieurs incidents notables ont marqué les séances hebdomadaires consacrées, durant le mois
dernier, à la défense laïque. Le 18 et le 25 juin, notamment, le nouveau député de Paris, M. Jean Lerolle, fidèle continuateur des nobles traditions de son père, a posé en termes excellents la question du conseil de V école; question qui n'est autre que celle de la participation directe des familles à la surveillance de l'école où sont élevés leurs enfants. M. Aynard allait prendre part à ce débat au moment où il fut frappé par la mort dans l'enceinte même du Palais-Bourbon. Jusqu'au dernier jour, l'émiuent député de Lyon aura rendu témoignage à la liberté religieuse età laliberté d'enseignement, sans d'ailleurs abandonner la chimère libérale de sa jeunesse :1e principe de laïcité et de neutralité de l'école publique. Le 4 et le 11 juin, M. de Gailhard- Bancel avait formulé dans toute leur netteté les revendications scolaires des catholiques et réclamé sans ambages l'abolition pure et simple des textes législatifs qui retirent à tous les membres des Instituts religieux le droit d'enseigner. Comme on devait s'y attendre, la Chambre maintint l'ostracisme. Mais la protestation motivée qui empêche l'injustice de prescrire, même en apparence, la revendication courageuse du droit méconnu est toujours utile et toujours opportune. C'est d'ailleurs à la séance même où le contre-projet Gailhard-Bancel fut écarté que le président du Conseil prononça les déclarations dont nous aurons plus loin à dire la gravité.
Le 28 mai, lendemain du jour où la Chambre avait voté l'urgence de la défense laïque, M. de Lamarzelle
exposait au Sénat l'un des aspects de la question scolaire et l'un des principaux griefs des familles catholiques françaises contre l'école laïque. L'orateur établissait, d'une manière indiscutable, l'existence et la diffusion des idées antimilitaristes dans le personnel des écoles publiques, et, pareillement, l'impunité dont, jusqu'à ce jour, ont bénéficié les instituteurs révolutionnaires et antipatriotes. Avec une éloquence émue, M. de Lamarzelle jeta au gouvernement ce reproche trop justifié : «Voilà jusqu'où, de chute en chute, vous laissez choir, et si bas, l'autorité, non pas tant à cause peut-être de la débilité de vos mains qu'à raison de l'inanité de vos principes sociaux et politiques ! »
Nous avons un président du Conseil, M. Louis Barthou, dont la carrière présente, depuis vingt ans, des sinuosités pleines de pittoresque. Il n'aime donc pas qu'on parle de « l'inanité de ses principes sociaux et politiques ». Peu d'hommes, en effet, ont professé, selon les circonstances, autant de principes que lui. Ce sont même, quelquefois, des principes excellents. Au dîner de la Revue Hebdomadaire, par exemple, le 29 mai, il accentua tellement, dans son discours, la note conservatrice, patriotique, traditionaliste, que certains académiciens de droite, qui étaient présents, eurent l'impression, paraît-il, d'entendre déjà un confrère. Le 28 mai, au Sénat, les principes de M. Barthou étaient un peu moins tranchés. L'atmosphère était, à vrai dire, beaucoup moins saturée d'influences réactionnaires ou académiques. Le discours du ministre béarnais s'inspira,
ce jour-là, non pas d'un principe, mais de deux principes, ce qui est énorme, ou, si l'on préfère, de deux sentiments : la violente amour qu'il porte à la sécurité bourgeoise et la non moins violente amour qu'il porte à l'école laïque. Premier point : on ne tolérera plus les syndicats illégaux d'instituteurs ni les menées révolutionnaires de la Confédération générale du Travail — au moins à partir de demain. — Second point : l'antimilitarisme n'existe, chez les instituteurs, qu'à titre d'exception presque négligeable ; la quasi-totalité des maîtres de l'école laïque mérite les éloges les plus complets, tant pour sa correction professionnelle que pour sa foi patriotique. La discussion de l'orateur était habilement conduite, sa parole était nette, distincte, bien timbrée. La majorité du Sénat écoutait avec enchantement; elle admirait les principes de M. Barthou qui, comme par hasard, étaient identiques aux siens; elle applaudissait à tout rompre. Quel heureux équilibre entre les syndicalistes qui « chambardent » l'ordre social et les cléricaux qui calomnient l'école laïque et les instituteurs laïques ! Ni Réaction ni Révolution!
Quelques-uns des discours prononcés au Parlement depuis quelques semaines, surtout les discours de M. de Lamarzelle et de M. Barthou, vont nous donner occasion d'étudier, à notre tour, l'état présent de la question scolaire.
D'abord, que faut-il penser de l'attitude prise par le ministère Barthou à l'égard des instituteurs syndicalistes ?
En second lieu, quelle importance, quelle étendue
faut-il attribuer aujourd'hui à la diffusion des tendances antimilitaristes et des idées antireligieuses chez les instituteurs et les institutrices de l'école primaire publique ?
Enfin, quels sont, au juste, les griefs actuels des catholiques français contre Fécole laïque, et quelles sont leurs revendications précises en matière de législation scolaire ?
Plus brièvement : de quoi nous plaignons-nous et que réclamons-nous?
M. Barthou a déclaré, le 28 mai, qu'il ferait appliquer aux meneurs de la Confédération générale du Travail, coupables de propagande antimilitariste dans l'armée, les sanctions rigoureuses de la loi contre les anarchistes, votée en 1894. Et ce sera justice. Considérant, d'autre part, que la loi de 1884, sur les syndicats professionnels, ne pourvoit pas assez clairement à toute éventualité, le même M. Barthou a rappelé qu'un projet de loi, plus explicite, venait d'être déposé sur le bureau de la Chambre par son collègue le ministre du Travail. Ce texte permettra formellement de dissoudre, non seulement les syndicats eux-mêmes, mais les unions des syndicats, telles que la Confédération générale du Travail, lorsque ces organisations s'écarteront de la défense des intérêts professionnels, leur légitime et unique raison d'être. En cas de reconstitution illégale d'un
syndicat ou d'un groupe de syndicats, dont la dissolution aura été régulièrement ordonnée, les diverses pénalités prévues par la loi de 1901, sur les associations, seront substituées aux sanctions trop anodines de la loi de 1884 : de sorte que la récidive entraînera une aggravation sérieuse des pénalités encourues.
Grâce à tout cet ensemble de résolutions belliqueuses, M. Barthou a obtenu, au Sénat, un brillant succès personnel et, dans la presse, a été promu par de nombreux journalistes à l'enviable dignité de « professeur d'énergie ». Puissent les actes du professeur correspondre effectivement au programme de son cours! A vrai dire, l'expérience acquise permettrait quelque défiance : car, aujourd'hui même, le ministère Barthou, bravé, bafoué par les instituteurs syndicalistes, néglige de recourir contre eux aux moyens, très réels, quoique incomplets, qu'il trouverait dans la législation existante.
Lors du Congrès de Chambéry, on comptait quarante-neuf groupements syndicaux d'instituteurs. Tous ont été mis, par circulaire ministérielle, le 23 août dernier, en demeure de se dissoudre immédiatement. Vingt-huit d'entre eux ont, avec éclat, refusé d'obéir aux sommations du gouvernement. Quatre syndicats, pas davantage, ont été l'objet de poursuites judiciaires. Après une condamnation subie en première instance, ils ont fait appel et leur affaire, constammentajournée, resteencore pendante devant la Cour. D'autre part, neuf groupements syndicaux, du nombre de ceux qui avaient paru se
dissoudre au mois de septembre, se sont, depuis lors, reconstitués peu à peu et sans encombre. Au total, trente-sept groupements syndicaux et illégaux d'instituteurs, sur quarante-neuf que l'on voulait atteindre, s'affirment actuellement au grand jour; plusieurs publient un bulletin corporatif; quelques-uns même ont pour siège social la Bourse du Travail de leur chef-lieu. Aucun n'a subi réellement les pénalités, d'ailleurs bénignes, que comporte la loi de 1884. Aucun, surtout, n'a subi réellement la dissolution par contrainte administrative ou judiciaire,
Le cas de la Confédération générale du Travail nous paraît identique. On réclame, pour la frapper, un nouveau texte, formel et distinct. Soit. Mais on aurait pu, d'ores et déjà, la dissoudre par application très légitime, par interprétation très naturelle du texte même de la loi de 1884. La preuve que pareille mesure n'était pas impraticable, en l'état présent de la législation et de la jurisprudence, c'est qu'elle fut pratiquée, en 1893, sans ombre de coup d'Etat juridique, lorsque le premier ministère Charles Dupuy ordonna et exécuta la fermeture immédiate des Bourses du Travail, qui avaient cessé d'être des centres d'organisation professionnelle pour devenir des foyers d'agitation révolutionnaire. L'exemple vaut d'être médité aujourd'hui. N'aurait-il pas été sage et opportun d'agir de même en 1912 et en 1913, alors que le péril extérieur est grave et que la propagande d'antimilitarisme et de désertion, sous couleur de syndicalisme, est devenue flagrante ? Pour frapper le monstre à la tête, un homme de
gouvernement et d'autorité, un « professeur d'énergie » aurait-il encore besoin d'attendre un nouveau texte ?
Mais, quelle que soit la politique, plus ou moins résolue, de M. Barthou à l'égard des syndicats illégaux d'instituteurs et de la Confédération générale du Travail, la véritable question est ailleurs, au point de vue scolaire, et on s'abstient délibérément de la résoudre. La véritable question est celle de la présence même d'un certain nombre d'antipatriotes et d'antimilitaristes parmi les maîtres actuels de l'école laïque. Faut-il le répéter une fois de plus ? L'école laïque est, de fait, dans la majorité des communes de France, la seule école existante, et, par conséquent, l'école obligatoire. Partout, l'école laïque est l'école privilégiée, l'école officielle, l'école entretenue exclusivement aux frais des contribuables. Or, au nombre des instituteurs qui font la classe dans cette école, il en est qui nient ou qui méprisent le devoir patriotique et militaire, voire même qui approuvent une agence de désertion telle que le Sdu du Soldat, Combien de temps pareil scandale continuera-t-il d'être toléré? Le gouvernement va-t-il comprendre enfin le dommage moral que, de ce chef, subit l'école laïque aux yeux d'un nombre considérable de familles françaises ; va-t-il obvier surtout au grave péril que de mauvais maîtres font courir à l'âme de la jeunesse et de la patrie ? Cette question vraiment troublante fut posée, avec toute la clarté possible, le 28 mai, au Sénat, par M. de Lamarzelle et par M. Jénouvrier. Mais M. le
président du Conseil, qui parla de beaucoup d'autres choses, ne répondit pas un seul mot sur ce point capital.
La réponse dictée par le devoir ne semble pourtant pas douteuse. De même que certaines fautes de conduite morale, certaines infractions graves à la discipline professionnelle ont pour justeconséquence d'exclure le coupable de la carrière de renseignement, une exclusion non moins rigoureuse ne devraitelle pas atteindre et frapper chacun des maîtres de la jeunesse qui osent manifester, dans les circonstances actuelles, leur hostilité contre les institutions militaires de la France ? Quelle que doive être la difficulté de l'entreprise, cette épuration du personnel de renseignement public ne serait pas moins exigée par Thonneur et l'intérêt de l'école laïque que par l'honneur et l'intérêt national. Le gouvernement ne peut prétendre, du reste, que pareille mesure soit irréalisable, en raison du nombre des mauvais bergers qu'on devrait exclure ; car, s'il faut en croire M. Barthou, de même que ses prédécesseurs au ministère, les instituteurs antipatriotes ou antimilitaristes ne seraient qu'une infime, une imperceptible minorité, quelques rares etmonstrueuses exceptions, au milieu d'un corps enseignant dont l'immense majorité, la presque unanimité serait passionnément attachée au devoir militaire, passionnément dévouée à la patrie française.
Hélas ! nos ministres sont ici les prisonniers de la fiction complaisante créée par l'optimisme officiel. Non, les instituteurs antipatriotes et antimilitaristes
ne sont pas une rare et monstrueuse exception, une infime, une imperceptible minorité dans le personnel de renseignement primaire public. Si Ton n'ose pas sévir contre eux, si l'on n'ose pas, surtout, les expulser de l'école laïque, c'est précisément parce qu'ils constituent déjà une trop nombreuse phalange; c'est même parce que leurs idées pacifistes et antimilitaristes obtiennent la faveur, la sympathie manifeste d'une portion considérable d'entre les éducateurs officiels. Telle est la triste vérité, nécessaire à connaître, et sur laquelle l'argumentation et la documentation puissantes de M. de Lamarzelle ont projeté, le 28 mai, une clarté décisive.
D'abord, les groupements syndicaux représentés au Congrès de Chambéry comprenaient environ 6.000 instituteurs. Depuis lors, comme nous l'avons noté plus haut, les trois quarts d'entre eux ont refusé de dissoudre leurs syndicats et continuent, par le fait même, d'être publiquement affiliés à la Confédération générale du Travail, c'est-à-dire à une organisation dont l'antimilitarisme et l'antipatriotisme constituent aujourd'hui la préoccupation dominante. Or, une minorité qui approche de 5.000 adhérents, sur 125.000 instituteurs n'est pas tellement infime et imperceptible.
Mais il faut tenir compte, en second lieu, de la grande Fédération des Amicales qui groupe, à elle
seule, les quatre cinquièmes des instituteurs et instutrices primaires de France : 99.300 membres du personnel des écoles laïques. Quelles tendances prévalent dans cette Fédération au sujet de l'antipatriotisme et de Pantimilitarisme ? M. Barthou serait heureux de nous convaincre que toutes ou presque toutes les Amicales de France sont aux antipodes de la Confédération générale du Travail et qu'elles professent catégoriquement l'amour de l'armée, le culte de la patrie. De ce fait, il a cité du haut de la tribune d'excellentes déclarations publiées par les Amicales de quatre départements : Gers, Corrèze, Aisne, Marne. Espérons qu'il en aurait pu citer quelques autres encore. Mais M. de Lamarzelle a produit, contre la thèse ministérielle, des textes et des faits bien autrement significatifs que les exemples allégués par M. Barthou : car ce sont des faits et des textes qui accusent les tendances les plus répandues et témoignent des opinions prépondérantes chez les instituteurs de la Fédération des Amicales.
Le président de la commission permanente qui dirige la Fédération des Amicales n'est autre que le citoyen Roussel, membre du conseil de la Fédération des Syndicats d'instituteurs, adhérent de la Confédération générale du Travail et l'un des principaux membres du Congrès de Chambéry. Le citoyen Glay, qui compte parmi les meneurs les plus connus du mouvement syndicaliste, est, pareillement, l'un des chefs de la Fédération des Amicales. De tels noms sont plus significatifs que tout programme.
Aux mois de mars et d'avril 1912, c'est la quasitotalité des A micales d'instituteurs qui, nommantleurs délégués au Congrès national, prennent parti pour un instituteur révolutionnaire, le citoyen Léger, secrétaire général de la Fédération des Syndicats, frappé d'une peine disciplinaire par ordre du préfet du Rhône. Si la peine disciplinaire n'est pas retirée, le Congrès des Amicales devra enjoindre à tous les instituteurs amicalistes qui font partie des conseils départementaux de donner en masse leur démission. Tous seront indubitablement réélus par le personnel primaire de leurs départements respectifs, et les Amicales auront provoqué une manifestation solennelle des maîtres de l'école laïque en faveur du mouvement syndicaliste et contre le gouvernement. Tel est Yultimatum collectif des Amicales. La menace est tellement sérieuse que le gouvernement recule et, dès la première séance du Congrès, un télégramme du citoyen Léger annonce aux représentants des Amicales que la peine disciplinaire vient d'être retirée par ordre du ministère de l'Instruction publique.
Le 23 septembre 1912, quelques semaines après le Congrès de Chambéry, la commission permanente de la Fédération des Amicales publie la déclaration désormais fameuse sur le patriotisme conditionnel et démocratique, pacifiste et humanitaire des instituteurs de la nouvelle génération. « Volontairement, ils dénoncent comme dangereux pour la sécurité nationale le chauvinisme étroit, jaloux, agressif, et ils repoussent le nationalisme agressif des brasseurs
d'affaires, comme ils distinguent le militarisme outrancier du rôle défensif de l'armée républicaine. » Cette logomachie détermine une protestation vigoureuse de la part des instituteurs patriotes de VUnion pédagogique française : « Notre patriotisme n'a rien de commun avec celui qu'essaye de définir le bureau de la Fédération des Amicales. Nous ne comprenons qu'un seul patriotisme : celui qui exige tous les sacrifices nécessaires à la défense de l'honneur, de l'indépendance et des intérêts légitimes de la patrie. » On voit le contraste des deux conceptions. Mais VUnion pédagogique française ne peut parler qu'au nom de 5.000 adhérents, alors que la Fédération des Amicales représente 99.000 instituteurs et institutrices laïques.
Le plus récent Congrès de la Fédération des Amicales, réuni le 23 mars 1913, approuve sans réserve les actes et les déclarations de la commission permanente durant les douze derniers mois, et, par acclamation, choisit pour président le citoyen Roussel, déjà président de la commission permanente, l'homme du patriotisme conditionnel, l'adhérent syndicaliste du Congrès de Chambéry et de la Confédération générale du Travail.
Pas plus que M. de Lamarzelle, nous ne conclurons de tous ces textes et de tous ces faits que chacun des membres ou chacun des groupes de la Fédération des Amicales doive être considéré comme un fauteur d'antimilitarisme et de syndicalisme révolutionnaire. Ce serait méconnaître injustement la
diversité des nuances qui existent au sein de la grande Fédération. Néanmoins, les textes et les faits allégués par M. de Lamarzelle établissent, à n'en pouvoir douter, que les instituteurs syndicalistes trouvent des sympathies nombreuses et chaleureuses dans la Fédération des Amicales et que, pareillement, le patriotisme dont la conception prévaut chez les membres des Amicales n'est pas le patriotisme tout court, qui n'a nul besoin d'être défini, mais un patriotisme mitigé par quelque chose de l'esprit antimilitariste et, pour reprendre la formule qui résume le manifeste du 23 septembre, un patriotisme conditionnel et démocratique, pacifiste et humanitaire.
Nous avons donc le droit de dire que la tendance défavorable à l'esprit militaire, et, qu'on nous permette de parler franc, la crise du patriotisme n'atteint pas seulement une minorité infime, imperceptible, d'entre les maîtres de l'école laïque, mais atteint, au contraire, quoique à des degrés inégaux, une portion vraiment considérable du personnel primaire public. Nous avons le droit de dire qu'en raison même de l'extension du mal et de l'état d'esprit d'un grand nombre d'instituteurs, le gouvernement est dans l'impossibilité de chasser de leurs classes, d'exclure de l'enseignement tous les fauteurs d'antimilitarisme : ils sont trop et ils seraient trop soutenus ! Nous avons enfiu le droit de dire que cette crise du patriotisme dans une fraction importante du personnel primaire public et l'impuissance du gouvernement à conjurer le péril constitue, dans les
circonstances présentes, un argument sérieux et redoutable contre l'école laïque.
D'ailleurs, pour les familles croyantes, le grief religieux est beaucoup plus grave encore que le grief patriotique, surtout en matière d'éducation et d'enseignement. Or, nul observateur loyal et renseigné ne pourra contester que les idées antireligieuses, ou, pour être tout à fait exact, anticléricales et anticatholiques, soient beaucoup plus répandues, beaucoup plus effrontément professées, parmi les maîtres actuels de renseignement primaire public, que les dées antimilitaristes et antipatriotiques.
L'esprit anticlérical et anticatholique est, notoirement, un caractère commun à presque toutes les revues pédagogiques où les instituteurs primaires vont chercher aujourd'hui leurs directions intellectuelles. Depuis VEcole émancipée, organe des syndicalistes révolutionnaires, et la Revue de l 'Enseignement primaire, organe des socialistes unifiés, jusqu'aux recueils plus bourgeois, tels que YËcole nouvelle, dirigée par M. Devinât, le Volume, dirigé par M. Payot, et le Manuel général, dirigé par M. Buisson, les principales revues s'adressant aux maîtres de l'école laïque s'inspirent d'une même hostilité foncière contre le catholicisme, nonobstant la diversité de leurs allures ou la diversité de leurs tendances politiques et sociales. Cette littérature
pédagogique a fourni une excellente documentation au maître historien qu'est M. Georges Goyau pour ses travaux si perspicaces, si révélateurs sur Y École d'Aujourd'hui*. La même enquête a été poursuivie par d'autres chercheurs, qui ont spécialisé davantage leurs investigations. Nous devons, par exemple, à un écrivain très au courant des questions universitaires, M. Jean Didier, rédacteur à la Croix, l'exposé objectif, complet, méthodique des opinions soutenues sur la religion, la patrie, la propriété, la science, la philosophie, l'histoire, la morale... dans la Revue de V Enseignement primaire, qui compte environ 30.000 abonnés parmi les instituteurs et institutrices laïques 2. Plus récemment, M. Didier a eu la patience méritoire d'étudier et d'inventorier les Bulletins publiés parles cent treize groupements de la Fédération des Amicales d'instituteurs. Les conclusions de cette enquête ont paru dans la Revue pratique d' Apologétique du l*r juin dernier. A chacune des deux ailes du personnel des écoles primaires publiques, l'auteur montre, d'un côté, la minorité patriote de VUnion pédagogique française^ qui a pour organe Y Instituteur français ; et, d'autre part, la minorité syndicaliste et internationaliste de la Fédération
1. Paris, Perrin. 2 vol. in-16. Première série en 1899. Deuxième série en 1906. Cf. du même auteur : Vidée de Patrie et V H umanitarisme. Paris , Perrin, 1902. In-16.
2. Jean Maxe (Pseudonyme), V Ecole primaire contemporaine (1900-1911) . Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1911.1n-12. — Depuislors, M. Didier, ou plutôt Jean Maxe, a publié un nouveau livre de documentation intelligente, méthodique et consciencieuse : V Ecole laïque contre la Nation, d'après les Bulletins des Amicales et des Syndicats. Paris» « Bonne Presse», 1914. In-8°
des Syndicats, qui a pour organe YÉcole émancipée. Entre deux, voici « l'immense foule des membres à' Amicales, foule bigarrée, se ralliant à toutes les gauches, qui, parfois, a des velléités de résistance, des poussées passagères d'énergie, mais, d'ordinaire, se laisse entraîner et mener par les violents ». M. Didier retire de la lecture attentive de leurs Bulletins cette impression que les Amicales, prises dans leur ensemble, ne seraient pas disposées actuellement à renouveler leur démarche d'avril 1912 et à suivre les syndicalistes jusqu'à la révolte ouverte contre le gouvernement par amour de la Confédération générale du Travail; mais en revanche, que les Amicales témoigneraient, aujourd'hui plus que jamais, d'un anticléricalisme franchement orthodoxe et jacobin. La clientèle des Amicales, écrit M.Didier, constitue « la masse gouvernementale, laïcisante combiste, antireligieuse agressive »...
L'enquête sur les revues pédagogiques aboutit donc exactement aux mêmes conclusions que l'enquête sur les manuels de morale et d'histoire adoptés le plus communément par les instituteurs et institutrices laïques. La condamnation de quelquesuns de ces manuels antireligieux dans la Pastorale collective de l'Episcopat français, en date du 14 septembre 1909, nous a valu d'excellents travaux de description et de réfutation, tels que, par exemple, les volumes bien connus de M. Jean Guiraud, de M. Georges Maze-Sencier, de M. l'abbé Bricout. Nul doute, désormais, n'est possible : dans l'enseignement de l'histoire et de la morale, un très grand
nombre d'éducateurs officiels se sont faits et continuent d'être, auprès de la jeunesse populaire, les interprètes d'une déformation systématique de l'histoire de l'Eglise et de l'histoire de France, les apôtres d'une sorte de religion nouvelle, substituée aux croyances catholiques : la religion dite de la Science, de la Révolution, du Progrès démocratique et laïque. Citons, à ce propos, une juste remarque de M. Georges Valois dans l'ouvrage où fut étudiée avec le plus de détail la méthode technique, ainsi que les procédés tendancieux des manuels anticléricaux de l'école primaire. La responsabilité de Pétat d'esprit qui prévaut aujourd'hui chez les instituteurs et institutrices laïques doit être attribuée aux principaux burgraves de la nouvelle Sorbonne, qui exercent actuellement sur les primaires le même prestige de formation intellectuelle qu'exercèrent, d'abord, Buisson, Steeg et Pécaut. « La religion [laïque] des primaires, dit M. Valois, est l'œuvre de quelques docteurs de Sorbonne, soutenus par quelques hauts fonctionnaires et quelques têtes délirantes de la vie publique. Si l'on veut connaître nommément les coupables, que l'on cherche parmi ceux qui ont été les plus ardents à retirer de l'enseignement les lumières antiques, afin que l'histoire du monde apparût à l'enfant et à l'adolescent, non point oscillant entre de brillantes époques de civilisation, mais se déroulant, par un mouvement progressif, des ténèbres à la lumière moderne. Aulard, Brunot, Seignobos, Séailles, et, avec eux, Durkheim, Lévy-Bruhl, Bougie (ceux-ci préparant une nouvelle morale) portent la
responsabilité de l'avilissement de l'esprit français [à l'école laïque]. Les fabricants de manuels ne sont que leurs truchements auprès des générations qui grandissent f. »
Comment peut-on résumer, et les griefs des familles catholiques françaises contre l'Ecole laïque, et leurs revendications actuelles en matière d'enseignement ?
Les catholiques français reprochent, en premier lieu, à l'école publique de professer le principe faux et malfaisant de la neutralité : principe dont l'application la plus modérée serait d'exclure de l'école tout enseignement de la vraie religion, et principe dont l'application radicale (et pratiquée aujourd'hui presque partout en France) est d'exclure de l'enseignement de la morale toute notion de Dieu et de l'âme immortelle.
Ceci devient plus clair encore après les séances, désormais fameuses, des 11 et 18 juin. Dans la première, M. Barthou, pressé par les questions de M. Groussau, a déclaré qu'il ne donnerait pas aux instituteurs le conseil d'enseigner les devoirs envers Dieu.
Vous estimez que c'estrespecter et pratiquer la neutralité scolaire que d'enseigner aux élèves les devoirs envers
1. Georges Valois, François Renié, Marius Riquier, Jean Herluison, Les Manuels Scolaires. Etudes sur la Religion des Primaires. Paris, Nouvelle Librairie Nationale, s.d. [1911]. In-12. Introduction, p. xiv.
Dieu, j'estime que donner comme instruction aux instituteurs d'enseigner cette partie de l'enseignement religieux que l'on appelle les devoirs envers Dieu, ce serait, au contraire, le moyen le plus certain de violer la neutralité scolaire. ( Vifs applaudissements à gauche et à l'extrême gauche. Interruptions à droite.)
C'étaient des « paroles graves ». Elles l'étaient même au point que le président du Conseil est revenu sur l'incident et sur les mots prononcés. Dans la séance du 18 juin, il a proclamé, comme pour confirmer sa déclaration première, que les instituteurs n'avaient pas, selon lui, « à enseigner dogmatiquement les devoirs envers Dieu ».
Et M. Groussau tout aussitôt de faire remarquer que le mot « dogmatiquement » n'avait pas été d'abord prononcé. « Il était dans ma pensée », a répliqué le président du Conseil.
M. Ferdinand Buisson explique, à son tour, que tous les ministres, depuis Jules Ferry, ont entendu ces « devoirs envers Dieu » dans un sens « exclusivement moral », n'ont jamais voulu permettre à l'enseignement primaire de « contenir un minimum d'enseignement relatif à Dieu, à son existence, à ses attributs ».
Et comme il est apparu que l'on pouvait faire de ces mots, « devoirs envers Dieu », une extension abusive, en leur donnant un sens dogmatique au lieu d'un sens moral, pour qu'il n'y eût plus longtemps ni ambiguïté ni équivoque possible, le conseil supérieur, lors de la
revision du programme des écoles normales, à laquelle il procéda, en 1905, a supprimé expressément le paragraphe qui faisait entrer dans les études de l'école normale un abrégé d'enseignement philosophique portant sur l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme.
Toutes ces réserves et ces réticences n'empêchent pas le voile de se déchirer de plus en plus. Cette prescription des « devoirs envers Dieu » fut jadis d'une précieuse opportunité, car elle rendit possible l'accomplissement pacifique de l'œuvre de laïcisation scolaire parmi des populations restées croyantes. Peu à peu, renseignement des devoirs envers Dieu tomba en désuétude, comme devenu incompatible avec Pétat d'esprit des instituteurs de la nouvelle génération. Mais la devanture restait intacte, le mensonge officiel continuait d'opérer. On commence à parler plus net, tout en y mettant des formes encore et quelques distinctions plus ou moins nébuleuses.
M. René Viviani, pour la seconde fois pourtant, n'a fait aucune difficulté de reconnaître que les étapes de la laïcisation intégrale avaient été calculées par Jules Ferry lui-même. Pour la seconde fois aussi, il a cité, à la tribune, les explications que nous avions essayé de fournir nous-mêmes, non sans nous remercier, a-t-il dit, « du secours providentiel et presque divin » que nous apportions à sa thèse.
C'était beaucoup dire à tous points de vue! Car le passage de notre chronique relu devant la Chambre indiquait seulement que nous n'étions pas dupes de la sincérité des promesses de 1882 ; jamais nous
n'avons voulu nier l'authenticité des promesses ellesmêmes, ni leur force obligatoire pour qui les avait faites*. C'est ce qu'est venu rappeler, une fois de plus, M. Groussau. Il a insisté pour savoir si oui ou non le gouvernement s'en tiendrait au texte de ces engagements. Mais il n'a pu obtenir, maigre toute sa patience, lemonosyllabe désiré. En revanche, le président du Conseil a répété sa distinction; il a affirmé sa volonté de maintenir la liberté religieuse, etc., etc. Quand, à la fin, M. Groussau a posé de nouveau cette question catégorique : oui ou non, l'existence de Dieu, indiquée dans les programmes, pourra-t-elle être enseiguée à l'école? « Non », a clamé la gauche, mais M. Barthou n'a pas répondu. Silence qui, joint aux déclarations antérieures, est suffisamment explicite, les catholiques savent désormais à quoi s'en tenir.
La neutralité de l'école laïque, neutralité même entre la croyance en Dieu et la négation de Dieu, tel est le premier grief des catholiques. Mais il y a autre chose encore. Les catholiques français reprochent à
1. Permettons-nous de renvoyer le lecteur aux explications que nous avons fournies précisément sur ce môme sujet dans notre chronique du 5 avril 1913, à propos des discussions parlementaires concernant la défense laïque. (Voir plus haut : p. 207 à 212).
Si M. Viviani avait bien voulu en prendre connaissance, il ne nous aurait probablement pas fait l'honneur de citer pour la deuxième fois, à la tribune, « le R. P. de la Brière » — titre dont nous aurions certes bien mauvaise grâce à nous déclarer offensé ! — Tout au moins, M. Viviani ne nous aurait-il pas considéré comme le contradicteur de la thèse, parfaitement juste et opportune, de M. Groussau. Nous reproduisons en appendice au présent chapitre le passage du discours de M. Viviani qui concerne l'opinion du chroniqueur des Etudes sur ,lules Ferry et la neutralité de l'école laïque.
l'école publique le caractère souvent agressif de son enseignement à l'égard de nos traditions religieuses et nationales, et les pages qui précèdent nous semblent établir que le reproche est fondé. Un certain nombre d'instituteurs sont des antimilitaristes déclarés ; un beaucoup plus grand nombre ne professent qu'un patriotisme conditionnel et pacifiste ; et surtout l'immense majorité des instituteurs et institutrices laïques sont notoirement imbus de l'esprit anticlérical et jacobin, dont témoignent beaucoup de manuels scolaires et qui prévaut dans la Fédération des Amicales. Les revues de M. Buisson, de M. Devinât, de M. Payot, de même que la Revue de V Enseignement primaire, bref, tous les principaux recueils qui dirigent ou traduisent les tendances intellectuelles du personnel enseignant s'inspirent, à des degrés divers, d'un parti pris déclaré contre l'Église catholique, contre la faction romaine. Tel est notre second grief.
Quant aux revendications scolaires des catholiques français, elles consistent, d'abord, à réclamer qu'on ne supprime ou qu'on ne mutile pas ce qui nous reste de liberté d'enseignement; elles consistent, d'autre part, à réclamer un nouveau régime scolaire, plus conforme à la justice et au droit des consciences chrétiennes.
Qu'on ne supprime ou qu'on ne mutile pas, d'abord, ce qui nous reste de liberté d'enseignement. Par le projet Brard, en effet, quelques-uns voudraient subordonner au caprice gouvernemental le droit
d'ouvrir désormais une école libre dans toute commune qui ne compterait pas 3.000 habitants. Par le projet du gouvernement et de la commission sur le « contrôle de renseignement privé », on cherche à rendre partout plus difficile l'ouverture des écoles libres, plus onéreuse et plus précaire leur existence: plus facile leur fermeture. Par le projet du gouvernement et de la commission sur la « défense de l'école laïque », projet dont la Chambre poursuit actuellement la discussion publique, le législateur entend punir par l'amende et la prison les pères de famille qui tenteraient d'imposer aux instituteurs antipatriotes ou antireligieux le respect de la conscience des enfants.
Les catholiques protestent, pétitionnent contre tous ces projets de loi et, le cas échéant, ils résisteront par la force à leur application. La faculté de posséder des écoles confessionnelles répond à un droit trop sacré, les circonstances actuelles rendent cette même faculté trop précieuse et trop nécessaire pour que nous puissions tolérer que l'existence des écoles libres soit maintenant subordonnée à des exigences nouvelles et vexatoires. Les exploits antipatriotiques et antireligieux d'un trop grand nombre d'éducateurs officiels dictent aux familles catholiques françaises l'impérieux devoir de tout braver et de recourir à tous les moyens dont elles disposent pour imposer, bon gré mal gré, aux maîtres de l'école laïque une attitude tout au moins correcte à l'égard des croyances chrétiennes et des traditions de la patrie. Tel est, par exemple, le but que poursuit activement et au
grand jour Y Union des Associations catholiques de Chefs de famille. Cette organisation existe, d'ores et déjà, dans trente-huit diocèses ; elle compte 710 groupements et 50.000 membres. L'influence militante et redoutée qu'elle exerce procurait, le 24 février, à son président, M. Jean Guiraud, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de l'Université de Besançon, l'enviable honneur d'être condamné à une peine disciplinaire par le Conseil supérieur de l'Instruction publique. C'est l'équivalent d'une inscription à l'ordre du jour; c'est donc un précieux encouragement.
Sauvegarder ce qui nous reste de liberté d'enseignement, combattre les projets anticléricaux, ne représente qu'un aspect du programme d'action et de propagande des catholiques français sur le terrain scolaire. A la défensive ils joignent l'offensive. On prétend rendre encore plus précaire leur faculté de posséder des écoles libres et de surveiller l'école laïque : ils répondent en dénonçant avec force les graves injustices de la situation présente et en revendiquant un nouveau régime légal de l'enseignement dans notre pays. Comme l'a fait M. deGailhard- Bancel,le 4 et le 11 juin, à la Chambre des députés, les catholiques réclamentrabolitionpureetsimpledel'ostracisme inqualifiable en vertu duquel tous les religieux, toutes les religieuses, tous les congréganistes autorisés ou non autorisés, sont privés du droit d'enseigner, avec risque de provoquer la fermeture de l'établissement d'instruction où ils se seraient rendus coupables du délit d'enseignement. Ce sont
là, depuis 1901 et 1904, des provinces perdues : il ne faut pas laisser croire que, tenant pour irrémédiable la violation du droit, nous ayons renoncé à l'espoir et à la ferme volonté de les reconquérir.
En outre, les catholiques français n'admettent plus que la totalité des ressources budgétaires affectées, d'une manière directe ou indirecte, à l'enseignement primaire, secondaire ou supérieur, continuent de constituer la dotation exclusive de l'école laïque et des élèves qui la fréquentent. Les catholiques français n'admettent plus qu'on les oblige à participer comme contribuables à l'entretien de l'école laïque, tandis qu'ils doivent entretenir totalement et à leurs propres frais l'école confessionnelle qui répond seule aux exigences de leur conscience religieuse. Ils ont déjà obtenu dans un nombre considérable de communes que les secours municipaux destinés aux écoliers pauvres soient appliqués aux élèves indigents de l'école libre en même temps qu'aux élèves indigents de l'école publique. Mais ce n'est pas tout. Nous revendiquons bien haut une refonte à venir de la législation scolaire, une nouvelle organisation dans laquelle, sous une formule ou sous une autre, les écoles confessionnelles de tous les degrés reçoivent leur quotepart proportionnelle des ressources affectées à l'enseignement par le budget de l'État, des départements et des communes. C'est la revendication communément désignée sous le nom de répartition proportionnelle scolaire.
Toutes les organisations catholiques, en France,
tous les groupements politiques composés de catholiques semblent être aujourd'hui pleinement d'accord, au moins dans le domaine de Faction pratique, sur le « cahier » de leurs griefs et de leurs revendications scolaires. Or, c'est déjà une grande force que de savoir très exactement ce que l'on veut et de le vouloir très énergiquement.
Les instituteurs laïques se sont eux-mêmes chargés, en grand nombre, de souligner, par leurs déclarations et leurs exploits l'opportunité, non moins que la vérité, des enseignements contenus dans la Pastorale collective de l'Episcopat français. Depuis l'automne de 1909, le mouvement de résistance et de propagande catholique sur le terrain scolaire prend une extension chaque jour croissante et une cohésion de plus en plus sérieuse. Les zélateurs de la défense laïque constatent le fait et témoignent eux-mêmes du grave péril dont est menacé l'avenir de leur œuvre. On doit reconnaître ici l'un des résultats vraiment heureux et encourageants de la politique religieuse des quatre dernières années.