Ibid.t t. X, p. 137-155 et
redouterions bien plus encore si on étouffait la scie tce, ou si on ne lui fournissait pas les moyens d'acquérir ses développements légitimes ».
C'est encore de 1864 que date un volume, riche d'idées, riche de considérations instructives, et dont il suffira de citer le titre pour indiquer la tendance caractéristique : la Liberté de l'Esprit humain dans la Foi catholique.
Ce que nous venons de dire des préoccupations intellectuelles du P. Matignon, entre 1859 et 1870, suggère une question délicate, sur laquelle nous désirons nous expliquer franchement et sans périphrases. Quelle part de vérité contient cette rumeur qui circule en divers milieux et dont l'écho se retrouvait encore, le mois dernier, dans le Figaro et le Journal des Débats, rumeur d'après laquelle lé P. Matignon aurait appartenu à l'école des catholiques libéraux.
Un fait incontestable est que le P. Matignon fut lié d'amitié avec plusieurs catholiques distingués de l'école libérale, surtout avec Montalembert, et que, d'autre part, il goûtait médiocrement les polémiques de la presse ultramontaine, c'est-à-dire de Louis Veuillot et de l'Univers. Dans les articles du P. Matignon, quelques allusions sont dirigées contre les excès de langage des militants du journalisme catholique. Un jour même, au mois de juillet 1869, l'écrivain des Études fut véritablement un peu dur : « Peut-être au premier éveil de la presse catholique, a-t-il fallu de ces champions moins mesurés que
vigoureux, pour attirer sur eux l'attention des intelligences engourdies; peut-être, dans les pays où les passions déchaînées vocifèrent sans cesse contre le bien, faut-il aussi que les défenseurs de Dieu crient et vocifèrent de leur côté pour se faire entendre. Toutefois, les idées religieuses étant désormais à l'ordre du jour, le moment n'est-il pas venu pour les catholiques de changer de méthode? Quand apprendra-t-on à désarçonner son adversaire sans le blesser, à l'abattre sans le dépouiller, à Penchaîner sans l'insulter? Quand les hommes seront-ils convaincus que le mutuel respect de ce que chacun a de meilleur en soi est le plus prompt, le plus sûr garant du triomphe du bien et de la justice? »
L'amitié du P. Matignon pour Montalembert inspira au rédacteur des Études de jeter charitablement un voile discret sur les inexactitudes théologiques du principal discours prononcé, en 1863, parle grand orateur catholique libéral au premier Congrès de Malines. Dans l'article où, en 1864, il annonçait la réunion prochaine du deuxième Congrès de Malines ' , le P. Matignon rappelait que Pun des discours de l'année précédente avait « donné lieu à de vives discussions » entre catholiques, mais que, depuis lors, on 'avait conclu la paix avec toute loyauté. « Après cela, qu'il reste encore quelques nuances dans les régions de la pure théorie; qu'il y ait, dans la manière de s'exprimer, des différences qui tiennent surtout à ce que chacun écrit pour le pays où il se