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trouve, ces divergences partielles ne mettront plus d'obstacles au bon accord. Sur les questions pratiques, on s'entend, et c'est tout ce que le Congrès pouvait raisonnablement se proposer. »
Les mêmes relations d'amitié du P. Matignon avec certains catholiques de l'école libérale expliquent pourquoi l'écrivain des Études, partisan déclaré de la croyance à l'Infaillibilité du Pape, s'abstint délibérément, lors du Concile du Vatican, de rien dire sur l'opportunité d'une définition dogmatique. Qu'on veuille bien remarquer que le P. Matignon, étant un simple écrivain religieux et non pas l'un des évêques siégeant au Concile, n'était tenu par aucun devoir rigoureux de prendre parti dans la question d'opportunité. Son rôle obligatoire était uniquement de discuter, comme théologien, le problème dogmatique. Nous verrons plus loin qu'il s'en acquitta d'une façon magistrale.
Beaucoup plus tard, en 1892 et 1893, une polémique s'éleva entre le Correspondant et les Études sur les rapports de Mgr Dupanloup avec le gouvernement de Napoléon III pendant le Concile du Vatican. Fidèle à ses amitiés d'antan, le P. Matignon, comme le rappelait tout récemment le Correspondant, blâma l'interprétation sévère donnée par un rédacteur des Études aux faits et gestes de l'illustre évêque d'Orléans.
Mais rien de tout cela ne suffit à prouver que le P. Matignon fût lai-même un tenant du catholicisme libéral ou du libéralisme catholique: c'est-à-dire de l'ensemble de doctrines théologiques sur les droits
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respectifs et les rapports mutuels de la société religieuse et de la société civile, doctrines condamnées principalement par Pie IX dans l'encyclique Quanta cura et le Syllabus, puis par Léon XIII dans l'encyclique Immortale Dei et dans l'encyclique Libertas praestantissimum. Les affirmations théologiques du P. Matignon, même sur les points délicats, sont toujours d'une orthodoxie parfaitement irréprochable. Nulle part, même dans les articles antérieurs au Syllabus, le P. Matignon n'a fait sienne aucune des erreurs du libéralisme. Lorsque viendra le Concile du Vatican et lorsque, dépassant la question contingente d'opportunité, plusieurs attaquerontla croyance théologique à l'Infaillibilité du Pape, le P. Matignon défendra catégoriquement les prérogatives pontificales contre deux catholiques libéraux des plus en vue : le doyen de laSorbonne, MgrMaret, et le brillant philosophe chrétien, membre de l'Académie française, que fut le P. Gratry.
Nous avons sous les yeux la déclaration inédite que le P, Matignon, séjournant à Rome, adressa, en date du 3 mars 1870, au T. R. P. Beckx, Général de la Compagnie de Jésus. Cette déclaration répondait à certaines plaintes qu'avaient provoquées, auprès du P. Général, les relations personnelles du P. Matignon avec plusieurs catholiques libéraux et sa tiédeur à l'égard de certains militants de Pultramontanisme. L'auteur affirme la netteté de ses positions doctrinales. Voici la traduction du passage essentiel : « Et comme, à notre époque, l'Eglise est dépourvue de tous les concours extérieurs, il est maintenant,
plus que jamais, nécessaire de conserver intacte et solide la Pierre sur laquelle [l'Église] fut fondée par le Christ, Notre-Seigneur. Aussi notre premier soin sera-t-il toujours de défendre tous les droits de la Chaire de saint Pierre, comme les défendirent Bellarmin, Suarez, Pallavicini, Muzzarelli et Grégoire XVI. » Quand on a lu attentivement, comme nous venons de le faire, chacun des articles que le P. Matignon avait, depuis plusieurs mois, consacrés à l'Infaillibilité pontificale, on est amené à reconnaître avec certitude que, dans cette déclaration, le P. Matignon ne rétractait pas la moindre erreur commise, mais donnait l'exacte formule des principes défendus par lui sans minimisme et sans respect humain.
Au fond, ce qui explique la sympathie, un peu trop indulgente, du P. Matignon envers quelquesuns des représentants du libéralisme catholique et son jugement, un peu trop rigoureux, sur les polémiques de Yeuillot et de la presse ultramontaine, parait être beaucoup moins une question de doctrines qu'une question de tempérament intellectuel. Le P. Matignon avait pour préoccupation dominante de montrer l'heureux accord de la foi catholique avec la raison humaine, la liberté humaine, les aspirations légitimes de l'âme humaine et de la société humaine. Les catholiques libéraux obéissaient à la même tendance, mais en dépassant parfois les limites de l'orthodoxie théologique. Le P. Matignon, sans partager leurs erreurs ou inexactitudes doctrinales, demeurait bienveillant à l'égard des meilleurs
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(rentre eux. Au contraire, il reprochait à l'école de V Univers certaines duretés de langage contre des personnes qu'il estimait et qu'il aimait, et, plus encore, l'habitudede souligner le conflit entre l'Église catholique et un grand nombre d'esprits sincères et cultivés de notre temps, par l'affirmation volontiers bruyante, quelquefois outrée, des thèses orthodoxes les plus malaisées à faire comprendre et admettre aujourd'hui du public français. Telle fut la disposition d'esprit qui porta le P. Matignon à remarquer plutôt les excès que les mérites et les qualités des courageux défenseurs de la doctrine romaine dans le journalisme quotidien. Telle fut pareillement la préoccupation digne de respect, mais poussée un peu trop loin, qui détermina les ménagements par trop charitables que le P. Matignon crut devoir garder au sujet du discours libéral de Montalembert à Malines. Bref, le P. Matignon ne professa jamais le libéralisme catholique, mais il manifesta, envers certains apôtres de cette doctrine, une excessive et parfois regrettable indulgence. Nous ne cherchons nullement à en disconvenir: car ce serait nous écarter de l'esprit et des exemples du P. Matignon luimême que de taire en quelque chose ce que nous croyons être la vérité historique. D'ailleurs, qui aura le droit de se scandaliser de cette légère méprise, psychologiquement et moralement si explicable ? Que l'écrivain religieux, mêlé de près aux controverseslesplus délicates, lesplusirritantes de son époque, qui ne se sera jamais trompé en rien, ni su ries hommes ni sur les choses ; qui n'aura jamais excédé en
rien, ni dans la doctrine ni dans les moindres détails de la conduite pratique, que celui-là jette au P. Matignon la première pierre!
La très noble tendance dy esprit que nous avons constatée chez le P. Matignon, et qui nous paraît fournir la clef de son œuvre entière, avec l'explication même de la fécondité rayonnante et des quelques imperfections de cette œuvre d'apostolat intellectuel, la tendance à chercher le meilleur terrain d'accord entre la religion catholique et les aspirations légitimes de l'âme humaine, s'exprime plus fortement que partout ailleurs dans l'article intitulé La Part de V Elément humain dans la Société religieuse, que publièrent les Etudes du mois de juillet 1869 [. L'auteur y adopte, avec quelques correctifs, les idées qu'avait exposées la princesse Caroline de Sayn-Wittgenstein dans le volume : L'Eglise attaquée par la Médisance. Article d'une remarquable hauteur de vues, riche d'observations pénétrantes, de remarques savoureuses, un peu gâté çà et là par quelques allusions trop accentuées contre les défenseurs militants de l'esprit d'intransigeance. Il faut transcrire, tout au moins, ce passage caractéristique, vraiment révélateur de l'âme et de la méthode du P. Matignon. Ce n'est certes pas libéralisme hétérodoxe ; mais largeur d'intelligence et noblesse de cœur.
La méthode traditionnelle consiste... à rendre pleine justice à toutes les grandes œuvres même des infidèles et