‹ Les Luttes présentes de l'Eglise (volume 2)Chapitre 31 sur 59 · Etudes, t. XXÏJI, p · texte numérisé non relu

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des païens. Qui s'est plus enthousiasmé que les chrétiens des premiers temps pour Platon et pour Aristote, pour Cicéron et pour Tacite ? Qui a poussé plus loin que les scolatiques du moyen âge le culte de cette philosophie qu'ils pensaient empruntera la Grèce, alors même qu'elle se corrigeait entre leurs mains et se transformait au contact de leurs croyances ? Les docteurs et les pontifes ont eu l'esprit assez ouvert et le cœur assez large pour ne pas méconnaître ce qu'il y avait de beau et de bien en dehors des lumières révélées; tous les grands chrétiens ont compris qu'il était plus digne de la religion de s'élever au-dessus des plus sublimes hauteurs de l'esprit humain que de voir celui-ci abaissé, foulé à ses pieds. C'est manquer au Créateur que de refuser un juste tribut de louanges aux nobles et belles choses qu'accomplissent ces créatures. L'homme a été fait si grand, si fort qu'il nous impose encore l'admiration au milieu même de ses déchéances, de ses obscurités, de ses tristes faiblesses.

A la question théologique de l'Infaillibilité pontificale, le P. Matignon consacra, nous l'avons dit, plusieurs articles dans les Etudes.

En octobre et en novembre 1869, ce sont deux articles intitulés Une Résurrection du Gallicanisme, et consacrés à la réfutation de l'ouvrage : Du Concile général et de la Paix religieuse, par Mgr Maret. En

1. Etudes, t. XXIII, p. 614-650 et 659-693; t. XXIV, p. 93-130, 400-423, 796-798.

janvier 1870, troisième article, où l'auteur discute la question Du pouvoir judiciaire des évêques en matière de foi : réponse à un nouvel écrit que, pour la défense du volume précédent, Mgr Maret vient de publier sous ce titre : Le Pape et les Evêques. En mars 1870, quatrième article, étudiant La Question de V Infaillibilité papale aux cinq premiers siècles de l'Eglise, et réfutant les assertions contenues dans les Lettres du P. Gratry à l'archevêque de Malines.

Le P. Matignon, abordant les controverses relatives à l'Infaillibilité pontificale, distingue deu* questions, dont lune appartient et l'autre échappe v sa compétence de théologien et d'écrivain religieux : d'une part, la question doctrinale, qu'il traitera en défendant catégoriquement, sur le terrain dogmatique et historique, la croyance à l'Infaillibilité du Pape'; d'autre part, la question de l'opportunité d'une définition conciliaire, question sur laquelle il refuse d'émettre un avis quelconque. « Quant à soutenir, dit-il, que l'intérêt de l'Église demande que cette Infaillibilité soit proclamée dans le prochain Concile, ceci dépasse notre compétence et nous nous garderions de rien hasarder relativement à cette partie délicate du problème. Il ne suffîtpas qu'une doctrine soit vraie ; il est encore des conditions d'opportunité dont les membres du Concile seront seuls juges. Saisir le public d'un pareil débat nous semble, en ce moment [octobre 1869], pour le moins, inutile. Les catholiques n'ont qu'une chose à faire : attendre dans une attitude pleine de respect, et accepter d'avance,

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avec une confiance inébranlable, l'oracle que l'Esprit- Saint rendra cette fois, comme toujours, par l'organe de l'assemblée œcuménique. »

La discussion théologique du P. Matignon avec Mgr Maret, puis avec le P. Gratry, demeure toujours courtoise, délicate, charitable. Mais ni la clarté ni la fermeté de l'argumentation ne perdent rien à la modération du langage. Quelquefois, l'auleur se permet un joli trait de discrète malice : Mgr Maret « parle de nos habiletés et, en même temps, il emploie toute la sienne à dépouiller notre travail de ce qui en fait la force et la valeur; si Ton en jugeait par ce qu'il en rapporte, on ne comprendrait guère qu'un homme sérieux comme le doyen de la Sorbonne ait pu y attacher tant d'importance et en faire le principal objet d'une réplique à laquelle il s'efforce de donner, en ce moment, un retentissement considérable ».

Dans le premier des deux articles intitulés Une Résurrection du Gallicanisme, le P. Matignon défend la doctrine romaine contre Mgr Maret; dans le second article, l'écrivain des Etudes prend l'offensive contre la thèse gallicane de l'évêque de Sura. Pour défendre la doctrine romaine, le P. Matignon dissipe chacune des équivoques créées par les adversaires de l'Infaillibilité du Pape : équivoques sur le concept de définition ex cathedra, sur la dictature pontificale, sur le rôle donné aux évêques et aux conciles dans la thèse infaillibiliste. L'auteur discute ensuite les objections historiques de Mgr Maret, notamment le cas des Papes Vigile et Honorius,

puis l'approbation qu'aurait donnée Martin V et Eugène IV aux doctrines conciliaires de Constance et de Baie. Telle est l'argumentation défensive. Quant à l'argumentation offensive contre le système gallican, elle est encore plus vivante, plus alerte, plus topique. Les inconsistances de la thèse de Mgr Maret sur les rapports mutuels du Pape et de l'Épiscopat sont mises en pleine lumière. On accuse les défenseurs de la doctrine romaine d'isoler et de séparer le Pape de l'Épiscopat. « Ceux qui séparent, ceux qui isolent, reprend le P. Matignon, ce sont ceux qui faussent les faits et forcent les textes scripturaires pour prouver que l'Épiscopat peut faire la loi au premier Pontife, ceux qui arrachent les clefs des mains de saint Pierre et les remettent aux prélats subordonnés à sa suprême juridiction, ceux qui veulent que les brebis conduisentle Pasteur, et que le Vicaire du Christ, au lieu de confirmer les autres dans la foi, y soit, au contraire, dirigé et ramené par ses Frères. » Quelques-uns des arguments exposés dans le travail sur Une Résurrection du Gallicanisme sont développés avec plus d'ampleur dans l'article sur le Pouvoir judiciaire des évêques en matière de foi. Aux nouvelles objections de Mgr Maret sur les Papes Vigile et Honorius, sur les Conciles de Constance et de Bâle, le P. Matignon oppose de doctes réponses qui, devant ces quatre difficultés classiques, donnent à la thèse infaillibiliste, sauf à propos de quelquesdétails secondaires, sa formule la plus heureuse, la plus exacte et la plus nette. L'écrivain des Etudes montre que l'infaillibilité du Pontife romain ne

retire nullement aux évêques rassemblés en Concile œcuménique le caractère de juges dans la foi. Le P. Matignon ajoute même que, dans l'acceptation, d'ailleurs obligatoire, que donneront les évêques dispersés à une définition déjà infaillible et irréformable, promulguée par le Pape parlant ex cathedra, il y aura encore place pour l'exercice du pouvoir judiciaire des évêques en matière de foi, si l'acceptation a lieu par voie de jugement, comme l'entendait Fénelon. Dans les Etudes du mois de mai 1870, le P. Matignon maintiendra un peu vivement cette dernière affirmation contre un démenti trop sévère de Dom Guéranger.

Quant à la réfutation du P. Gratry par le P. Matignon, elle porte exclusivement sur l'antiquité chrétienne, sur la Question de V Infaillibilité papale aux cinq premiers siècles de lf Église. L'auteur prouve charitablement et victorieusement au philosophe chrétien, à l'artiste, au poète qu'est le P. Gratry, combien il s'est fourvoyé, sur le terrain du dogme et de l'histoire, en devenant l'adversaire militant de la croyance à l'Infaillibilité pontificale. Au sujet des textes patristiques, nous serions cependant porté à croire que le P. Matignon accentuerait un peu la valeur probante des témoignages empruntés aux quatre premiers siècles, particulièrement au rôle des Evêques de Rome dans la condamnation de Parianisme et, plus encore, à la doctrine du De catholicae Ecclesiae Unitate de saint Cyprien. Peut-être l'écrivain des Études aurait-il dû recourir davantage à la théorie du développement dogmatique. Les documents patristiques

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des quatre premiers siècles permettent de prouver, contrairement aux affirmations de nos adversaires, que la croyance opposée à l'Infaillibilité pontificale ne fut pas la doctrine authentique de l'Église primitive. Bien plus, certains faits, certains textes apportent une indication précieuse en faveur de la prérogative doctrinale des Evêques de Rome, héritiers légitimes des grands privilèges accordés par le Christ à saint Pierre. Mais cette doctrine infaillibiliste, qui existe objectivement dans le dépôt apostolique de la Révélation divine, ne se manifeste pas encore d'une manière positive, claire et distincte dans la croyance générale de l'Eglise catholique. C'est à partir du cinquième siècle, lors des controverses pélagienne, nestorienne, monophysite, que, par certaines déclarations ou certaines démarches plus significatives, les évêquesde la chrétienté orientale et occidentale reconnaîtront fermement au Pontife Romain le droit de dirimer les controverses au moyen de sentences doctrinales, obligatoires pour l'Eglise universelle. Dès lors, la croyance à l'Infaillibilité de l'Évêque de Rome parlant ex cathedra s'affirme équivalemment et positivement dans les crises les plus graves que traverse l'Eglise ; mais la croyance ne s'exprime pas encore par une doctrine clairement et distinctement formulée. Aussi, un long désaccord théorique et pratique demeurera-t-il possible lorsque les circonstances traversées par la Papauté au quatorzième et au quinzième siècle feront porter la controverse entre catholiques sur l'étendue même des prérogatives concédées aux successeurs de saint Pierre par

le divin Fondateur de l'Église. Pareille notion des péripéties de la vie du dogme dans son développement historique aurait donné, croyons-nous, une valeur plus définitive à la discussion déjà si érudite, si loyale et si judicieuse du P. Matignon sur la Question de V Infaillibilité papale aux cinq premiers siècles de V Église.

Mais, qu'on veuille bien le remarquer: le P. Matignon n'a pas minimisé la doctrine de l'Infaillibilité. L'unique reproche que l'on puisse, au contraire, lui adresser, est d'avoir paru trouver une netteté un peu trop précise, une clarté un peu trop éclatante aux témoignages, d'ailleurs très authentiques, de la période antérieure au cinquième siècle.

Les deux articles intitulés De la Régénération morale de la France1 datent du mois de septembre et du mois de novembre 1871. La France vient d'être amputée de deux provinces, l'ennemi occupe encore le territoire de plusieurs départements, les hontes de la guerre civile se sont ajoutées aux horreurs de l'invasion étrangère, le siège de Paris a eu pour épilogue les incendies et les massacres de la Commune. «Depuis une année», dit le P. Matignon, et ce sont les premières lignes des Etudes,

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