CHAPITRE IV Paul Lerolle
Univers, du 29 octobre 1913.
Il y a eu un an, le 26 octobre, que le député catholique Paul Lerolle fut rappelé à Dieu. Au patronage du Bon-Conseil, avenue de Saxe, un médaillon de bronze et une plaque de marbre perpétuent la mémoire de ce chrétien quia tant combattu et si méritoirement travaillé pour la bonne cause. Elles étaient dignes d'être gravées, comme elles Pont été, sur le marbre les paroles émouvantes qu'adressa Paul Lerolle, dans une lettre à ses enfants, qui contient ses recommandations suprêmes : « Aimez les œuvres que j'ai aimées. Quoi qiiil arrive, aimez ce pauvre peuple que Jésus aimait. Je l'ai sincèrement aimé, je ne l'ai jamais trompé. Servez Notre- Seigneur en lui ! » Le 29 juin dernier, quand fut inaugurée cette plaque cornmémorative au patronage du Bon-Conseil, en présence du clergé et de nombreux paroissiens de Saint-François-Xavier, le R. P. Janvier retraça la noble carrière de Paul Lerolle, mit en relief deux qualités distinctives de son âme chrétienne : la droiture et la bonté; la droiture qui caractérisa son attitude et sa conduite
dans les luttes de la vie publique ; la bonté qui inspira son apostolat persévérant dans les œuvres charitables et populaires. Qu'il nous soit permis, au jour anniversaire de la mort de Paul Lerolle, d'évoquer ici quelques souvenirs du bon combattant dont la vie offre tant de grands exemples.
Parisien de Paris, Paul Lerolle exerça toujours son activité politique comme représentant de Paris : d'abord au Conseil municipal, puis à la Chambre des députés. C'est par le quartier de l'École militaire qu'il fut envoyé à l'Hôtel de Ville. Depuis une cinquantaine d'années, la famille Lerolle avait quitté le quartier du Marais pour s'installer, non loinde l'École militaire et des Invalides, au numéro 10 de l'avenue de Villars. L'immeuble comprend, outre la maison de l'avenue de Villars, une autre maison, moins haute et plus gracieuse, située au fond de la cour, et dont la façade opposée donne sur l'avenue de Breteuil. C'est dans cette dernière maison que le comte de Chambord, traversant Paris incognito, après la Commune, reçut l'hospitalité discrète des locataires du premier étage. C'est dans cette même maison, deux étages plus haut, que Paul Lerolle passa de longues années; c'est là qu'il est mort chrétiennement, courageusement, saintement. Tout le monde, dans le quartier, connaissait la demeure de M. Lerolle. Les visiteurs les plus divers venaient y faire appel, les uns à l'expérience, les autres aux bons offices et à la charité, d'autres encore exercer la méritoire endurance du conseiller municipal, puis du député. Le compte exact des bienfaits d'ordre matériel et d'ordre
moral délicatement, constamment prodigués autour de lui par Paul Lerolle n'a été tenu que dans le ciel, où cet ami des humbles trouve aujourd'hui la récompense promise par PÉvangile. Sa main gauche ignora toujours les largesses de la main droite.
Le mandat de conseiller municipal de Paris, à l'époque où Paul Lerolle siégeait à l'Hôtel de Ville, était singulièrement ingrat, laborieux, méritoire à exercer pour les membres de la minorité catholique et conservatrice. Une écrasante majorité d'extrême gauche étonnait le monde par ses fantaisies révolutionnaires et ses continuels exploits d'anticléricalisme farouche. Jusqu'à la grande poussée nationaliste de 1900, l'opposition de droite ne compta qu'une dizaine de membres à peine; mais c'était une poignée de braves, qui protestait avec autant de talent que de vigueur, sans lassitude et sans découragement, contre chaqueiniquité nouvelle. AuprèsdeMM. Riant, Despatys, Gamard, Denys Cochin (remplacé en 1894 par M. Roger Lambelin), Ferdinand Duval, Henri Alpy, Froment-Meurice, Georges Berry, Maurice Binder — tous comptaient alors pour des intransigeants — Paul Lerolle tint noblement sa place. Il avait une éloquence loyale, franche, respirant l'honnêteté, la sincérité, la conviction, éloquence parfois superbe, fougueuse, tonnante. D'aucuns nommèrent Paul Lerolle le Gambetta de la droite. Son intrépidité en face des interruptions hurlantes des socialistes lui valut une autre appellation de la part d'un de ses camarades de collège1, qui présidait, en 1894, la