CHAPITRE II
Les Groupements paroissiaux et les Unions diocésaines
5 mars 1913.
Les 17, 18 et 19 février, le Congrès diocésain de Paris a tenu ses assises dans l'immeuble de l'ancienne librairie Palmé (76, rue des Saints-Pères), qui est devenu, aujourd'hui, la Maison des Œuvres de l'archevêché, après avoir abrité, durant plusieurs années, la Conférence Olivaint et les bureaux de V Association catholique de la Jeunesse française.
A chaque séance du matin et de l'après-midi, le grand hall abritait un public de six cents ou huit cents personnes, qui suivaient les travaux du Congrès diocésain, consacrés, cette année, à la question de la Paroisse. De la première minute à la dernière, c'est le cardinal Amette. qui préside en personne. Il s'agit, pour lui, non pas d'une présidence d'honneur, mais d'une présidence très effective. Après que la lecture d'un rapport est achevée, le cardinal trouve toujours des paroles gracieuses pour remercier et féliciter le rapporteur, sous une forme personnelle
qui échappe victorieusement à toute banalité. Puis, commence la discussion des vœux proposés par le rapporteur. Sur chaque article, le cardinal provoque les échanges de vues, encourage les prêtres et les laïques, les messieurs et les dames à prendre la parole, dégage enfin, avec une singulière netteté, les conclusions à retenir. Lorsqu'il faut corriger ou rectifier, l'archevêque de Paris s'inspire délicatement de l'une des plus psychologiques d'entre les Pensées de Pascal : « Quand on veut reprendre avec utilité et montrer à un autre qu'il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse. Il se contente de cela, car il voit qu'il ne se trompait pas et qu'il manquait seulement à voir tous les côtés. Or, on ne se fâche pas de ne pas tout voir, mais on ne veut pas [s'] être trompé... »
Les travaux du Congrès diocésain étaient, nous l'avons dit, consacrés à la Paroisse : esprit paroissial, offices et exercices paroissiaux, catéchismes paroissiaux, pratique des sacrements, écoles paroissiales, catéchismes paroissiaux, charité paroissiale, la paroisse et les provinciaux, finances paroissiales, organisation paroissiale. Tous les rapports, rédigés par des spécialistes d'une c.ompétence et d'une expérience très averties, étaient vraiment instructifs à entendre. Instructifs n'est pas assez dire : il faudrait ajouter émouvants. Car, ce qui apparaît, à travers tant de résumés techniques, tant de nomenclatures documentaires, c'est l'immense effort, continu,
persévérant, laborieux, accompli par le zèle et par la charité, clans ces paroisses parisiennes de 30.000, 50.000, 80.000 habitants, pour remédier, avec des ressources insuffisantes, à la misère des corps et à la détresse, plus tragique, des âmes.
On a eu raison de le répéter, sous bien des formes, au cours du Congrès : la paroisse est le centre normal de la vie religieuse des chrétiens et des familles chrétiennes; les œuvres et institutions de piété, d'apostolat, d'assistance charitable se groupent, se ramifient naturellement autour de la paroisse; la fréquentation d'un centre d'action religieuse en dehors de la paroisse pourra bien se juxtaposer très légitimement, mais ne devra pas se substituer à la fréquentation de la paroisse et de ses œuvres. Indubitablement, l'organisation paroissiale est le cadre assigné, depuis de longs siècles, à la piété, à la charité des fidèles par la discipline même de la sainte Église.
On doit d'autant moins en disconvenir que les œuvres puissantes qui débordent les limites d'une paroisse, les limites mêmes d'un diocèse, et couvrent tout un grand pays, s'adaptent parfaitement, l'expérience le prouve, au cadre local de la paroisse. On le constate, par exemple, pour les Conférences de Saint- Vincent-de-Paul, Y Association catholique de la Jeunesse française, l'Œuvre des Cercles catholiques d'Ouvriers; de même que pour la Ligue patrioque des Françaises et la Ligue des Femmes françaises. L'adaptation à l'organisme paroissial, comme à l'organisme diocésain, n'empêche aucune de ces
grandes associations religieuses, instituées pour le bien général de l'Église de France et protégées parie Saint-Siège, de conserver l'autonomie corporative, l'esprit distinctif, la force de cohésion qui sont indispensables au rayonnement de leur influence et de leur apostolat.
Recueillons, maintenant, parmi les travaux du Congrès diocésain, quelques informations précises, qui ne seront pas inutiles, sur l'organisation actuelle des groupements paroissiaux dans Paris et dans la banlieue de Paris. Nous décrirons, par le fait même, Tune des plus significatives manifestations du renouveau de l'Église de France.
Il faut, d'abord, distinguer le groupement paroissial destiné à l'action et à la propagande catholique, du groupement destiné à la gestion des finances paroissiales.
A Paris, on donne le nom de Conseil curial au comité consultatif et technique qui assiste le curé dans la gestion des finances de la paroisse. Le Conseil curial ne possède pas les mêmes prérogatives que l'ancien Conseil de fabrique, mais son activité s'exerce dans la même zone d'attributions.
Quant au groupement destiné à l'action et à la propagande catholique dans la paroisse, il devra comprendre deux organismes très différents : le Comité paroissial et V Union paroissiale.
Le Comité paroissial se compose d'un nombre restreint de catholiques pratiquants et militants, par exemple dix ou vingt, qui représentent les diverses
œuvres paroissiales, les diverses catégories de la population, et qui sont résolus à seconder de toutes leurs forces Faction religieuse du curé dans la paroisse.
U Union paroissiale sera une association beaucoup plus étendue. Elle groupera plusieurs centaines d'hommes; peut-être même en groupera-t-elle, un jour, quelques milliers dans les vastes paroisses parisiennes. On y admet tous les catholiques pratiquants et tous les hommes de la paroisse qui, sans remplir chacun des devoirs de la pratique religieuse, font cependant profession publique de catholicisme : tels, les pères de famille qui choisissent, pour leurs enfants, Pécole catholique ou le patronage catholique. L'Union paroissiale organisera ses membres sous le drapeau catholique, les mettra en contact amical avec le clergé, les attirera aux œuvres et aux réunions de la paroisse.
Il est question de délivrer, à chaque adhérent de l'Union paroissiale, une carte de catholicité, renouvelable annuellement et portant la signature du curé. En cas de changement de domicile, la carte de catholicité, donnerait le droit d'être immédiatement accueilli dans l'union paroissiale de la nouvelle résidence. La carte de catholicité deviendrait le certificat d'immatriculation dans la grande armée catholique, ou, pour mieux dire, dans la grande famille diocésaine.
On remarquera que nous parlons au futur en décrivant les Unions paroissiales. C'est que, dans le plus grand nombre des paroisses de Paris, cet organisme
est encore, à l'heure actuelle, en projet ou en formation. La principale résolution adoptée au Congrès diocésain de 1913 est précisément de constituer partout des Unions paroissiales et de les développer avec méthode, comme on a constitué précédemment et développé les Comités paroissiaux. Quelques paroisses parisiennes, soit dans les quartiers riches, soit dans les quartiers populaires, possèdent néanmoins leur Union paroissiale d'ores et déjà florissante. Dans telle paroisse de faubourg, l'union paroissiale compte autant de subdivisions, avec chef responsable pour chacune, que la paroisse compte elle-même de quartiers, de secteurs et de rues : tous les adhérents peuvent être atteints, convoqués, mobilisés en quelques heures. C'est l'ébauche de ce que sera, un jour, l'organisation générale des catholiques parisiens.
Mais les comités paroissiaux sont, actuellement, tout autre chose qu'un organisme en projet ou en formation, tout autre chose qu'une institution dont la vitalité présente se limite à quelques paroisses privilégiées. Le diocèse de Paris compte aujourd'hui cent onze Comités paroissiaux, et presque tous possèdent une organisation sérieuse, presque tous constituent vraiment une force active d'apostolat catholique.
Les comités paroissiaux se tiennent en rapports périodiques avec le Comité diocésain, qui siège à l'archevêché, centralise les renseignements et les enquêtes, étudie les questions générales, donne le
mot d'ordre pour les mouvements d'ensemble. Le Comité diocésain comprend six commissions, consacrées chacune à un groupe particulier d'œuvres diocésaines et paroissiales. En voici Ténumération : Œuvres de religion et de piété ; Œuvres d'enseignement et d'éducation ; Œuvres de jeunesse et de persévérance; Œuvres charitables et sociales; Œuvres de presse; Œuvres de propagande. Telles sont les diverses matières qui répondent également à la compétence des Comités paroissiaux.
Le Comité paroissial, présidé toujours par le curé, se rassemble une fois par mois, pour examiner les questions proposées à son examen et pour adopter les résolutions utiles. Généralement, le Comité distribue ses membres en plusieurs commissions permanentes, répondant elles-mêmes aux différentes œuvres de la paroisse. Le travail de chaque commission fournit les renseignements exacts, les documents et résultats d'enquêtes locales qui éclaireront sérieusement les délibérations du Comité, à la réunion mensuelle. Lorsqu'une résolution est adoptée, ce sera encore la commission compétente qui, dans bien des cas, sera chargée par le curé de pourvoir à l'exécution.
Les principaux mouvements d'ensemble des Comités paroissiaux du diocèse de Paris, depuis deux ans, ont eu pour objet : la surveillance de l'école laïque, le repos dominical, la célébration populaire de la fête de Jeanne d'Arc. Quant à l'activité particulière de chacun des Comités paroissiaux, elle varie selon les circonstances locales ; par exemple : évangélisation
des « midinettes », évangélisation des petits employés de l'alimentation, évangélisation des bateliers, institutions complémentaires de l'école libre, secours aux familles nombreuses, habitations ouvrières à bon marché, lutte contre la licence des rues et des spectacles, Mais partout le Comité paroissial place au premier rang de ses préoccupations les œuvres de religion et de piété ; entre autres : messe des hommes, heure sainte, adoration nocturne, procession du Saint-Sacrement, ligue pour la communion fréquente des hommes. C'est, en bonne partie, à la propagande exercée par les Comités paroissiaux que nous sommes redevables du redoublement d'édification qu'offrent aujourd'hui (sauf aux messes de mariage) les églises de Paris.
Un autre bienfait des Comités paroissiaux est de mettre en rapports les uns avec les autres les principaux hommes d'œuvres et de faciliter par là une collaboration plus effective entre les différentes œuvres de la paroisse. Les Confréries du Saint-Sacrement, les conférences de Saint-Vincent-de-Paul, la Jeunesse catholique, les cercles, les patronages, les œuvres pour la diffusion des bonnes lectures peuvent et doivent se rendre mutuellement de précieux services. Pareille collaboration fraternelle doublera le bien que toutes ces œuvres accompliront. Grâce au Comité paroissial, les diverses institutions de l'apostolat catholique se trouveront aidées, coordonnées, encadrées par une organisation commune, qui ne méconnaîtra cependant pas l'autonomie de chaque
œuvre particulière. Gomme au temps de saint Paul, il faut que l'Eglise locale, la communauté chrétienne forme un seul corps vivant où chaque membre, chaque organe travaille pour les autres membres, pour les autres organes, et contribue par là au bien de tout l'ensemble. Il y a plusieurs membres et un seul corps... Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps du Christ et, chacun cV entre vous pour sa part, vous êtes ses membres.
La séance la plus intéressante, la plus instructive du Congrès diocésain de Paris fut la réunion générale des Comités paroissiaux, tenue le soir du mardi 18 février. A l'appel nominal de chaque paroisse, les six ou huit représentants de chaque Comité local se levaient ensemble, pour attester à la fois leur présence et leur solidarité. C'était un spectacle réconfortant que cette mobilisation d'un si grand nombre d'hommes d'œuvres, se dévouant à l'action et à la propagande catholique, groupés dans une organisation méthodique et hiérarchique à laquelle chacun est fier d'appartenir. Spectacle d'autant plus significatif que les délégués présents à la réunion offraient l'exacte image de toutes les catégories sociales de la population catholique du diocèse : aristocratie et bourgeoisie, monde intellectuel, commerçants et industriels, artisans et ouvriers, paysans même de la banlieue de Paris. Rapprochées par la fraternité chrétienne, unies dans le même amour de l'Église,
52 LES LUTTES PRÉSENTES DE l'ÉGLTSE
toutes les catégories sociales ont, en effet, leur place marquée, leur rôle distinctif dans l'œuvre commune d'apostolat religieux et d'organisation paroissiale. Désormais, la réunion plénière et annuelle des Comités paroissiaux, lors du Congrès diocésain, ne sera plus la seule où les représentants des diverses paroisses prendront contact les uns avec les autres. Chaque trimestre, il y aura une autre réunion, où seront convoqués tous les membres des Comités paroissiaux de l'un seulement des trois archidiaconés du diocèse. Peu à peu, les relations corporatives deviendront plus fréquentes, surtout entre les groupements d'une même zone.
Comme devait le dire Mgr Gibier à la grandiose manifestation de la salle Wagram, pour la clôture du Congrès, comme on n'a cessé de le faire entendre, sous des formes diverses, au cours du Congrès diocésain, le Comité paroissial constitue, sous la direction immédiate du curé, un véritable Syndicat cVlnitiative pour toutes les œuvres, pour toutes les manifestations de résistance, de conquête ou de propagande religieuse qui auront leur centre à la paroisse. Par exemple, le diocèse de Paris manque de prêtres, en face de l'immense tâche d'apostolat qui s'impose aujourd'hui au clergé : les Comités paroissiaux devront développer, dans leurs paroisses respectives, l'œuvre du recrutement sacerdotal, l'œuvre des vocations et des séminaires, de même qu'ils ont déjà su rendre florissantes bien d'autres œuvres catholiques du diocèse. Toutefois, durant la réunion générale du 18 février, l'objectif assigné
avant tout autre par le cardinal de Paris à l'activité des Comités paroissiaux, l'entreprise formellement recommandée comme la principale et la plus urgente, n'est autre que la création, l'organisation, le développement des Unions paroissiales. Il faudra que, pour atteindre ce fécond résultat, les Comités paroissiaux justifient de mieux en mieux le nom suggestif dé Syndicats d'Initiative. Lorsque, dans tout Paris, les Unions paroissiales seront solidement constituées, les autres entreprises des Comités paroissiaux deviendront plus faciles et plus fructueuses ; les mouvements d'ensemble, prescrits par le Comité diocésain, notamment pour la défense des écoles libres, pour la surveillance des écoles laïques, pour Pobservation du repos dominical, agiront avec une efficacité beaucoup plus puissante sur l'opinion publique.
A l'heure actuelle, les catholiques de Paris possèdent un état-major, grâce au Comité diocésain; ils possèdent d'excellents cadres d'officiers et de sousofficiers, grâce aux Comités paroissiaux et à chacune des œuvres qui s'y rattachent; mais il leur reste à grouper en bataillons compacts et permanents la grande foule des croyants, trop disséminée par l'endettement individualiste de la vie moderne, cette foule qui parait ignorer encore la force religieuse qui lui donnerait une organisation méthodique. Désormais, le plan de campagne est fixé avec toute la clarté désirable. Les succès déjà obtenus dans le diocèse de Paris par les Comités paroissiaux permettent d'espérer que, Dieu aidant, nous verrons bientôt
et partout, vivre, agir, prospérer les Unions paroissiales1.
Dans la plupart des diocèses de France, existe aujourd'hui une organisation de défense, de propagande et d'action catholique, analogue à l'organisation parisienne que nous venons de décrire. L'importance, la vitalité de l'institution est forcément inégale, selon l'inégalité même des forces religieuses de nos différents diocèses. Depuis longtemps, les catholiques du Nord et du Pas-de-Calais, ainsi que les catholiques de l'Anjou, avaient marqué la voie. Les modalités administratives varient pareillement selon les circonstances ou les traditions particulières à chaque région. Mais, partout, l'esprit général est manifestement identique. Partout aussi, les deux éléments essentiels de l'organisation catholique sont : un groupement religieux pour la paroisse et un bureau central auquel sont rattachés tous les groupements paroissiaux du diocèse. Entre le bureau central et les groupes de paroisses, on a
1. Au Congrès diocésain de Paris, le 10 mars 1914, M. le chanoine Couget constatait l'existence de 117 Comités paroissiaux et de 71 Unions paroissiales dans le diocèse de Paris. Les Unions paroissiales groupaient 9.331 adhérents, et 18.000 cartes de catholicité avaient été délivrées. La pétition contre les projets de défense laïque avait réuni 13.634 signatures; la pétition pour les Sœurs aux hôpitaux, 177.000. (Rapport général de M. le chanoine Couget. Dixième Congrès diocésain de Paris. Compte rendu. Paris, 1914, in-8°, p. 232 à 248.)
constitué, clans plusieurs régions, sur le modèle de Versailles, un organe intermédiaire : le Comité cantonal. L'ensemble des Unions on Fraternités paroissiales des Comités paroissiaux et cantonaux, avec le Comité diocésain, forme V Union diocésaine, cette organisation nouvelle des catholiques français, groupés sur le terrain religieux, autour de leurs évêques et de leurs prêtres.
Le nom des Unions diocésaines a été souvent prononcé dans les controverses relatives à la politique religieuse et aux directions pontificales. C'est à bon droit : car, en raison même de leur recrutement et de leur objectif, les Unions diocésaines représentent l'exacte application de la méthode d'apostolat catholique et de défense religieuse que, surtout dans les documents pontificaux postérieurs à la loi de Séparation, le Pape Pie X recommande avec tant d'insistance aux catholiques de notre pays.
Rappelons la formule précise des intentions du Souverain Pontife, contenue dans la Lettre publique du cardinal Merry del Val, en date du 19 juin 1909 : « Rien ne lui paraît [au Saint-Père] plus opportun et plus pratique que d'appeler tous les gens de bien à s'unir sur le terrain nettement catholique et religieux , conformément aux directions pontificales. » Chargé, à la même époque, de commenter authentiquement les directions pontificales, le cardinal Coullié, archevêque de Lyon, déclarait que le Pape Pie X entendait faire appel aux catholiques français de toutes nuances et de tous groupements politiques, «sans distinction et sans préférence...». « Lors donc
qu'il [le Saint-Père] nous convie tous à nous unir autour de lui pour la défense de la religion, ce n'est pas pour que nous nous disputions l'appui qu'il nous offre au profit de nos méthodes d'action, quelles qu'elles soient; c'est, au contraire, pour qu'en dehors des questions qui nous divisent nous trouvions, autour de lui et dans la hiérarchie, l'autorité qui peut grouper toutes nos forces. »
On ne peut contester que les Unions diocésaines répondent, aussi fidèlement que possible, à ces mêmes directions pontificales. Elles y répondent, disons-nous, tant par le principe de leur recrutement que par X objectif qui leur est assigné.
Le principe de leur recrutement ne prête à aucune équivoque. Tous les catholiques, sans exception et sans distinction, quel que soit le groupe politique (constitutionnel ou anticonstitutionnel) dont ils peuvent être membres, sont admis dans les Unions diocésaines, dès lors qu'ils veulent contribuer à Faction et à la défense religieuse, sous la direction des évêques. Ce principe est, formellement ou équivalemment, exprimé dans les statuts de chaque Union diocésaine. Plusieurs évêques ont pris occasion de la constitution même de leur Union diocésaine pour commenter les directions de Pie X, recommandant Funion des catholiques, non plus sur le terrain constitutionnel, mais sur le terrain religieux. On pourrait citer, parmi plusieurs autres: le cardinal Luçon, archevêque de Reims (23 février et 1er octobre 1911), Mgr Sevin, alors évêque de Châlons
(Carême de 1912), Mgr Dubourg, archevêque de Rennes (21 mars 1912), Mgr Humbrecht, évêque de Poitiers (19 mai 1912). Pour donner un symbole, visible à tous les yeux, de cette union loyale, sur le terrain religieux entre catholiques que la politique sépare, Tévêque de tel diocèse pyrénéen, présidant la réunion générale de son Union diocésaine, donnait successivement la parole aux deux chefs départementaux de V Action libérale et de Y Action française.
Les Unions diocésaines pratiquent les directions pontificales, non seulement par le principe de leur recrutement, mais par l'objectif qui est assigné à leurs efforts. Cet objectif n'est autre, disons-le encore une fois, que l'apostolat catholique, l'action, la propagande et la défense religieuses. N'est-ce vraiment pas, en propres termes, le plan de campagne fixé par le Souverain Pontife, le programme sur lequel Pie X veut réaliser enfin l'union des catholiques français ? Notons, du reste, que le programme de Pie X et des Unions diocésaines ne se limite pas aux œuvres de zèle et de piété ; il comprend, en outre, les revendications de la conscience chrétienne dans le domaine de la vie publique : défense des églises, défense des écoles libres, défense des congrégations religieuses; surveillance de l'école laïque ; revendication de la répartition proportionnelle scolaire, de l'observation du repos dominical, et surtout d'un régime des cultes qui donne à la religion catholique les garanties nécessaires. Bref, c'est tout un programme, non pas de politique constitutionnelle ou anticonstitutionnelle, mais de politique religieuse : programme sur
lequel les catholiques de tous les partis peuvent et doivent se trouver d'accord. Les Unions diocésaines demeurent fidèles à leur but essentiellement et uniquement religieux, lorsqu'elles mettent au service de la défense et des revendications catholiques toutes les forces de propagande ou d'action dont elles disposent.
Le programme de revendications catholiques est développé dans le texte même des statuts de beaucoup d'Unions diocésaines, ou encore dans les actes épiscopaux qui en décrivent l'organisation. Les formules varient, mais partout le programme se ramène à deux revendications décisives : garanties légales pour le culte public, garanties légales pour l'enseignement chrétien.
Quelques Unions diocésaines, comme celle de Rennes, interviennent dans les luttes électorales. On invite chaque candidat, par lettre recommandée, à s'expliquer sur un programme minimum de revendications religieuses. Le Comité diocésain prend acte de la réponse, ou de l'absence de réponse, et notifie à tous les adhérents de l'Union que leur devoir est d'accorder exclusivement leur suffrage et leur concours à ceux d'entre les candidats, monarchistes ou républicains, qui ont accepté catégoriquement le minimum de revendications. De quinze à dix-huit Unions diocésaines possèdent un Comité d'action civique, chargé d'un rôle analogue. En général, cependant, les organisations officiellement diocésaines estiment plus opportun de ne pas intervenir directement dans les luttes électorales.
Il existe, d'ailleurs, diverses Criions ou Alliances catholiques, recommandées par Tévêque, quoique dirigées par des laïques agissant comme citoyens français, et qui ont pour but de participer aux élections législatives ou municipales. Elles organisent la coalition des catholiques de toutes nuances en faveur du candidat qui aura souscrit au programme des revendications catholiques. Il en est ainsi, par exemple, dans la Haute-Loire, l'Indre-et-Loire, la Haute-Garonne : et tout le monde connaît l'excellente formule du pacte de Toulouse. Mais les Unions ou Alliances dont nous parlons demeurent distinctes des Unions diocésaines; elles ne se confondent nullement avec la Fédération des œuvres religieuses et paroissiales du diocèse.
Tout en s'abstenant, plus communément, de prendre part aux luttes électorales, les Unions diocésaines ont, dans leur programme, quelque chose de commun avec le pacte de Toulouse. Chez leurs adhérents, les Unions diocésaines tendent à créer un état d'esprit, elles accoutument les catholiques de toutes nuances à une collaboration active et cordiale pour la défense de l'Église; elles inculquent à tous leurs membres la souveraine importance des revendications catholiques : revendications religieuses et revendications scolaires. Lorsque vient le temps des élections, les hommes chez lesquels on aura développé cet état d'esprit regarderont-ils toujours, comme négligeable, en politique, la question religieuse ? Ne prendront-ils pas, peu à peu, l'habitude d'exiger des garanties pour leurs croyances et de réserver,
collectivement et solidairement, leur appui aux seuls candidats qui se prononceront sans équivoque en faveur des revendications catholiques?
Nous croyons que, par cette action éducatrice, les Unions diocésaines exerceront une influence, indirecte mais réelle, sur les élections législatives : influence de plus en plus sérieuse à mesure que les Unions diocésaines prendront un développement plus notable ; influence qui deviendra plus apparente lorsque le régime électoral consacrera la représentation des minorités. Les catholiques de France devront peut-être aux Unions diocésaines, et aux organismes répondant à une inspiration analogue, d'obtenir, dans les assemblées parlementaires, une représentation catholique plus compacte, plus déclarée, plus agissante. N'est-ce pas ainsi que, par un phénomène à peu près analogue, dans les villes où les groupes catholiques constituaient une force active et organisée, comme à Bordeaux, à Nîmes, à Tours, à Troyes, les ébauches de représentation proportionnelle municipale ont fait pénétrer à l'Hôtel de Ville, sous différentes étiquettes politiques, des minorités franchement et fermement catholiques?
C'est d'abord dans le domaine de l'apostolat surnaturel, mais aussi dans tous les domaines de l'activité extérieure des croyants que l'Église de France doit beaucoup espérer des Unions diocésaines, groupant les catholiques de toutes nuances sur le terrain religieux, selon les directions de Pie X.