CHAPITRE III
Les Œuvres d'Apostolat catholique et le Centenaire d'Ozanam
5 juin 1913.
Le samedi 26 et le dimanche 27 avril dernier, on commémorait solennellement à Paris le centenaire de la naissance d'un illustre apologiste de la foi chrétienne, initiateur de deux grandes institutions qui, depuis trois quarts de siècle, ont exercé sur le mouvement religieux une action profonde : les Conférences de Notre-Dame et la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
Cet apologiste était professeur de l'Université. Son enseignement sur l'Empire romain et les barbares, sur la poésie franciscaine et sur Dante ne fut pas sans apporter quelque gloire à la vieille maison de Sorbonne. Cependant, comme l'a noté avec tristesse M. Henri Joly, les titres historiques et littéraires d'un tel maître semblent avoir paru peu dignes d'estime à la nouvelle Sorbonne : car elle s'est délibérément abstenue de s'associer par un hommage quelconque à la célébration du centenaire de Frédéric Ozanam. Abstention significative et symbolique. Ne nous en plaignons pas.
Ozanam a été commémoré là seulement où Ton croit et où Ton aime toujours ce qu'il a cru et ce qu'il a aimé : au Sacré-Cœur de Montmartre, à Notre-Dame de Paris, de même qu'à la Société de Saint-Vincent-de-Paul où ses confrères perpétuent son apostolat charitable, et à l'Institut catholique où son corps repose dans l'attente de la résurrection et où des maîtres pénétrés de son esprit religieux se constituent les héritiers de son apostolat intellectuel.
Pour quels motifs l'Eglise de France a célébré avec tant d'éclat la mémoire d'Ozanam, quelle signification s'attache aux fêtes du centenaire, le R. P. Janvier l'a exposé, le 27 avril, au cours de la cérémonie de Notre-Dame, dans le panégyrique publié sous ce titre : Un Apôtre au dix-neuvième siècle1. Nous parlerons ici de l'œuvre et de l'influence d'Ozanam en suivant l'ordre même adopté dans ce panégyrique et en faisant écho à l'enseignement donné avec ampleur, avec force, avec un sens parfait de la mesure par le conférencier actuel de Notre-Dame de Paris.
L'orateur débute par le tableau de l'impiété qui régnait, aux alentours de 1830, dans la société française et particulièrement dans le monde intellectuel. C'est contre ce milieu incrédule, contre tant d'influences malsaines, contre tant de maîtres d'erreur que Frédéric Ozanam exercera, durant toute sa vie, une réaction salutaire, jusqu'à réaliser victorieusement l'œuvre conquérante d'un apôtre. D'abord, le