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CHAPITRE PREMIER Manifestations catholiques

Pour les vivants et pour les morts,

Paris, 5 avril et 5 juin 1916.

Le premier fait qu'il importe de mentionner parmi les manifestations récentes du mouvement religieux est la Journée des Œuvres de guerre pour le diocèse de Paris, le 1er mars 1916. Le cardinal Amette en présida les séances et, avec la paternelle et délicate bonne grâce dont il a le secret, lui-même en commenta les leçons.

Toutes les œuvres de piété, d'apostolat, de charité catholique et française dont l'organisation avait été décrite au cours de la réunion analogue tenue à Paris le 10 mars 1915, reparaissaient au bout d'une année d'âpre labeur, pouvant témoigner de multiples travaux accomplis et du développement considérable que, progressivement, elles avaient reçu, grâce à la générosité toujours croissante des catholiques parisiens.

L'autorité de chacun des rapporteurs des deux séances de la Journée diocésaine donnait une garantie particulièrement sérieuse aux informations abondantes, précises, documentées, contenues dans chacun des rapports. Au sujet des Manifestations de la Piété chrétienne dans le diocèse de Paris pendant

la guerre, on entendit Parchiprêtre de Notre-Dame, M. le chanoine Delaage. Puis, au sujet de YŒuvre de Secours aux églises dévastées des régions envahies, le rapporteur fut Mgr Odelin, directeur des Œuvres diocésaines. MlXfi Ghaptal rendit compte de l'activité, si efficace et si délicate, de V Agence des Prisonniers de guerre, agence autour de laquelle se sont fédérées deux cents œuvres charitables en faveur des prisonniers. La participation actuelle des catholiques de Paris aux différentes institutions de Secours aux Blessés militaires, secours d'ordre matériel et d'ordre moral, fut étudiée dans un rapport de M. le comte Pierre de Kergorlay. M. Maurice Barrés présenta en termes émouvants l'œuvre d'éducation professionnelle et de noble fraternité française accomplie par la Fédération nationale d'Assistance aux Mutilés de la guerre. Vint ensuite un exposé alerte et lucide des devoirs du public catholique et religieux envers les orphelins de la guerre : le rapporteur fut M. Maze-Sencier, secrétaire général de Y Association nationale pour la Protection des Veuves et Orphelins de la guerre (21, rue des Bons-Enfants). Mgr Baudrillart résuma enfin et commenta judicieusement le travail poursuivi avec tant de patriotisme par le Comité catholique de Propagande française à l'étranger.

Cet ensemble d'œuvres de guerre chez les catholiques de notre pays donne l'impression motivée d'un effort prodigieux, tant par la multiplicité, l'ingéniosité, la constance des dévouements dont il témoigne que par l'énormité des ressources qu'il exige et qu'il absorbe sans les tarir jamais. Nonobs-

tant le fracas des armes et les horreurs de l'effusion du sang, ou plutôt à cause de ces horreurs et des désastres qui en sont la conséquence tragique, la guerre apparaît comme une période privilégiée pour la pratique, exceptionnellement féconde et magnanime, de la plus haute d'entre les vertus chrétiennes, la charité. De même que la Croix-Rouge et mieux encore, l'Église catholique est en droit d'arhorer pour devise : Inter arma Caritas.

Le second fait religieux, — et celui-là d'une portée bien autrement considérable pour quiconque sait voir et comprendre, — le second fait religieux que l'on doive signaler durant les dernières semaines est la solennité grandiose de supplication nationale célébrée avec une ferveur exceptionnelle, du 22 au 26 mars, par la France catholique tout entière.

L'ordre des cérémonies et des prières publiques fut exactement et simultanément le même pour chacun des diocèses de France, pendant chacun des quatre jours, en vertu d'un accord préalable de tous les évêques de notre pays. Le jeudi 23 mars fut partout la journée de prières de l'enfance et de la jeunesse, la journée des communions générales et des pieuses et émouvantes processions de petits enfants. Le vendredi 24 fut un jour spécial de pénitence, marqué par l'observation plus stricte du jeûne quadragésimal (ou de quelque autre mortification suppléant à l'impossibilité pratique d'observer le jeûne) et, dans chaque église ou chapelle, par l'exercice public du Chemin de la Croix. Le samedi 25, fête de l'An-

nonciation et anniversaire de l'une des principales apparitions de Lourdes, fut consacré à implorer la Vierge immaculée, tout particulièrement dans les innombrables sanctuaires que la piété française a élevés avec amour au culte de la Mère de Dieu. Enfin, le dimanche 26 fut la journée du Sacré-Cœur, terminant les supplications nationales par un témoignage plus émouvant et plus grandiose que jamais de la confiance aimante, fidèle, inconfusible que porte au divin Cœur de Jésus -Christ notre France repentante et consacrée : Sacratissimo Cordi Jesu Gallia paenitens et clevota.

La solennité religieuse prit un éclat exceptionnel au Sacré-Cœur de Montmartre, à la basilique du Vœu national. La grande journée du dimanche fut précédée par une pieuse veillée des armes à laquelle prirent part mille ou quinze cents adorateurs. D'immenses foules de fidèles assistèrent ensuite à chacun des pieux exercices de la matinée et de l'après-midi, en union avec les « Hommes de France » qui, dans tous les diocèses du territoire, associaient leurs prières collectives, leurs communions, leurs publiques manifestations de foi aux solennités de Montmartre. Le cardinal-archevêque de Paris présida la splendide cérémonie de clôture : procession du Saint- Sacrement dans la basilique au chant du Miserere et des litanies du Sacré-Cœur, bénédiction de la ville de Paris du haut de la terrasse monumentale de Montmartre, consécration au Sacré Cœur prononcée par le cardinal Amette et répétée (en ses passages essentiels) par les milliers d'hommes, serrés en rangs

compacts, qui remplissaient, encombraient, débordaient les enceintes grandioses de la basilique. Spectacles émouvants de foi chrétienne et de piété eucharistique qui doivent marquer dans l'histoire de notre temps.

Nous ne pouvons malheureusement oublier que l'abstention totale et systématique des représentants officiels du pouvoir politique empêche les ardentes prières du peuple catholique de prendre le caractère d'un hommage pleinement national. La cité temporelle est tenue, en tant que cité temporelle, de rendre au vrai Dieu un hommage public, social, officiel; devoir qui devient plus impérieux dans les jours de suprême angoisse où la nécessité du secours d'en haut apparaît avec une plus irrécusable évidence. Or, c'est l'autorité de l'État qui est seule qualifiée pour agir officiellement au nom de la cité temporelle et pour être, dans l'hommage rendu à Dieu, en union avec la hiérarchie religieuse, l'organe authentique de la nation tout entière. Il faut donc protester obstinément contre les traditions ou habitudes gouvernementales, contre les malfaisantes conceptions de droit public qui, dans la France contemporaine, prétendent interdire aux représentants de l'Etat, aux dépositaires du pouvoir politique, toute démarche officielle constituant un acte de foi, de prière et de religion. Le droit de Dieu est gravement lésé par cette méconnaissance volontaire, par cette abstention calculée, qui est l'une des formes de l'apostasie légale et officielle. Notre patrie subit, du même coup, un préjudice devant Dieu, puisque les prières

publiques adressées à la Toute -Puissance divine pour le salut et la victoire de la France demeurent privées du caractère qu'elles devraient avoir d'un hommage officiel de la cité française au Christ qui aime les Francs. Non seulement les prières nationales perdent ainsi quelque chose de l'efficacité qu'elles pourraient et devraient avoir, mais l'abstention persistante de notre gouvernement cause à la France un très sérieux préjudice moral chez les croyants des pays neutres : il y a, de ce chef, pour la propagande allemande ou germanophile à l'étranger un argument trop facile pour que nous puissions nous étonner qu'elle en use et en abuse au détriment de notre pays. Tout au moins, les protestations réitérées de l'Épiscopat et des différents organes de l'opinion religieuse retirent aux détracteurs de la France le droit de prétendre que les catholiques français prennent leur parti de l'attitude obstinément laïque de leur gouvernement et absolvent sa conduite par leur silence résigné.

D'ailleurs, et nonobstant l'absence de la sanction légale et de la participation gouvernementale qui leur donneraient un caractère officiel, les prières publiques pour la France se font avec une majesté grandiose, avec une ampleur, avec des concours enviables et des adhésions significatives qui tendent à leur donner un caractère largement « national ». Chaque observateur équitable devra le reconnaître, c'est une fraction nombreuse et compacte de la nation française, c'est notamment une fraction importante de son élite morale, sociale et intellectuelle qui parti-

cipe publiquement aux adorations et aux supplications adressées au Dieu tout-puissant, lorsque les évêques de France font appel, comme pour les cérémonies du 23 au 26 mars, à tous les contingents catholiques de leurs diocèses et ordonnent ainsi la mobilisation grandiose des forces spirituelles de la société religieuse. A Montmartre surtout, pour la solennité de clôture, cette formidable assistance d'hommes, de chrétiens résolus, priant le Sacré- Cœur en union avec des milliers d'autres groupements d'hommes, rassemblés à la même heure dans toutes les régions de la France, pareille démonstration de foi était-elle dépourvue de toute signification d'hommage « national » rendu à Dieu et à son Christ? Signification d'autant plus apparente que, parmi les hommes de France réunis à Montmartre, figurait un nombre plus considérable de notabilités catholiques occupant des situations influentes et tenant un rang distingué dans chacune des carrières indépendantes ou même dans chacun des grands corps de l'État. Il n'est que juste de faire mention spéciale de la présence de plusieurs membres catholiques des deux Chambres, défenseurs attitrés de la liberté religieuse au Luxembourg et au Palais-Bourbon. Mais la véritable innovation du 26 mars consista dans la présence à Montmartre de délégués officieux (sinon officiels) des différentes sections de l'Institut de France. Le cardinal-archevêque de Parie avait adressé une invitation collective à chacune des cinq Académies. L'invitation fut transmise par les cinq présidents à leurs confrères respectifs assemblés en séance

ordinaire : et, pour donner suite à la proposition du cardinal, on convint à l'amiable que les académiciens personnellement disposés à se rendre au Sacré-Cœur y représenteraient collectivement et officieusement la section de l'Institut dont ils sont membres. Il y eut donc, à la cérémonie de clôture de la grande supplication nationale, une délégation de l'Académie française et des quatre autres Académies de l'Institut. Parmi les membres de l'Académie des Sciences morales et politiques présents à Montmartre, on doit signaler M. Henri Joly, qui est, pour l'année courante, président de cette Académie et président de l'Institut de France tout entier. Nous citons encore un autre nom de l'Académie des Sciences morales : le nom de l'un des maîtres les plus qualifiés de la science du droit international, M. Louis Renault, l'un des trois membres français de la cour permanente d'arbitrage de La Haye.

Quelle stupeur aurait causée, en 1820, en 1840, en 1860, en 1880, chez la plupart des membres de l'Institut, l'idée d'envoyer (même officieusement) une délégation de leurs Académies respectives à une cérémonie religieuse dépourvue de tout caractère légal et officiel, privée de toute adhésion gouvernementale et célébrée dans une basilique portant le vocable du Sacré-Cœur de Jésus! Qu'un pareil fait soit possible, qu'il constitue la réalité d'aujourd'hui, qu'il ne provoque nul étonnement dans le public instruit et distingué, c'est, à n'en pouvoir douter, l'un des indices les moins équivoques du prestige moral reconquis en France par l'Église catholique

et de l'extension, de la profondeur du mouvement de renaissance religieuse parmi toute l'élite sociale et intellectuelle de notre pays. Nous n'ignorons pas, d'ailleurs, quel énorme contraste existe à l'heure actuelle entre l'état d'âme de cette élite sociale et intellectuelle et l'état mental qui prévaut communément dans les milieux où régnent les maîtres laïques de la science primaire : milieux laïques et primaires dont la majorité de nos deux Chambres législatives reflète moins imparfaitement l'image. Mais la représentation réelle et vivante d'un pays est loin de se confondre avec la représentation électorale, politique, parlementaire. Dans l'ordre réel des valeurs, on ne mesure pas seulement la quantité, mais aussi la compétence et la qualité; on ne compte pas seulement, mais aussi on pèse. Voilà pourquoi tout appréciateur clairvoyant distingue avec tant de soin la France réelle et totale de la France officielle. Voilà pourquoi une grande espérance nous est permise pour le meilleur avenir moral et religieux de la patrie : les plus hautes probabilités de prépondérance à venir ne sont-elles pas garanties aux doctrines et aux tendances qui obtiennent l'adhésion réfléchie, croissante, persistante de l'élite sociale et intellectuelle? Vers le troisième quart du dix-huitième siècle, alors que la grande majorité de la classe populaire demeurait attachée aux anciennes croyances et aux anciennes coutumes, la Révolution était virtuellement opérée en raison même de l'état d'esprit qui, d'ores et déjà, prévalait sans conteste dans l'élite sociale et intellectuelle, dans les classes

cultivées, influentes. Gardons-nous de pousser trop loin les rapprochements : toutefois, il n'est pas sans intérêt de constater, durant les deux premières décades du vingtième siècle, un contraste quelque peu analogue, mais en sens contraire, et il n'est pas défendu d'y trouver, pour les destinées futures de l'Église de France, un motif nouveau de confiance et d'espoir.

C'étaient, d'ailleurs, les espérances de l'avenir, unies aux glorieuses et tragiques réalités du présent, que l'élite religieuse, sociale et intellectuelle de la France catholique consacrait au Sacré Cœur de Jésus dans l'émouvante solennité de clôture de la supplication « nationale ».

A la mémoire des nombreux membres du barreau de Paris tombés au champ d'honneur, le conseil de l'Ordre des avocats vient de faire célébrer en grande solennité trois services religieux : une cérémonie du culte catholique à la Sainte-Chapelle, une cérémonie du culte protestant au temple de l'Oratoire, une cérémonie du culte israélite à la synagogue de la rue de la Victoire. Tous les hauts dignitaires de la magistrature française, les représentants du gouvernement et le président de la République en personne assistaient à chacune des trois cérémonies funèbres.

La messe célébrée à la Sainte- Chapelle le 22 mai 1916 prenait, par la force des choses, une importance et une signification particulières. Tout le monde sait depuis quand et pour quels motifs la Sainte-

Chapelle du Palais de justice avait cessé d'être livrée à l'exercice du culte catholique. La séparation de l'Eglise et de l'Etat, telle qu'elle s'est accomplie naguère en notre pays, eut pour conséquence, entre beaucoup d'autres destructions analogues, la suppression de la messe rouge qui était jusqu'alors de tradition à la Sainte -Chapelle pour la rentrée des tribunaux. Dans cette désaffectation de l'un des plus merveilleux édifices consacrés au culte divin par la foi, l'art de la piété de la vieille France, il y avait tout un symbole dont nous ne voulons pas, aujourd'hui, souligner davantage la portée douloureuse.

Mais il y a, en revanche, dans un fait tel que la messe du 22 mai dernier, tout un symbole des transformations morales, politiques ou sociales que peuvent accomplir, suggérer ou imposer les situations nouvelles résultant de la terrible et glorieuse épreuve de la patrie en armes. Sans fracas, sans incident tapageur, à l'occasion d'une solennité de prières pour les avocats tués à l'ennemi, les portes de la Sainte-Chapelle se sont ouvertes à la célébration du culte catholique. Le saint sacrifice de la messe a été, de nouveau, offert à Dieu dans ce cadre d'une pieuse et impressionnante splendeur : et le chef de l'Etat, les représentants les plus élevés de la puissance publique se trouvaient consacrer par leur présence même le caractère de discrète et salutaire réparation, la haute leçon de concorde nationale que pareil événement ne pouvait pas ne pas comporter aux yeux de toute âme droite et clairvoyante.

Le cardinal-archevêque de Paris sut, comme tou-

jours, formuler avec un tact souverain les choses qu'il fallait dire clairement et en indiquer quelques autres encore, au degré où il était opportun de les donner à entendre. Reproduisons sans commentaire les deux premiers paragraphes de l'allocution prononcée à la Sainte-Chapelle par le cardinal Amette :

Monsieur le président, Monsieur le bâtonnier, Messieurs,

Vous avez voulu rendre un pieux hommage aux membres du Barreau de Paris tombés au champ d'honneur, depuis le début de la guerre, pour la défense de la patrie; et afin que cet hommage fût tout ensemble plus familial et plus digne d'eux, vous avez souhaité de le leur rendre dans l'enceinte même du Palais, théâtre de vos travaux, dans cette Sainte- Chapelle, chef-d'œuvre splendide de l'art et de la religion.

Je remercie pour ma part les pouvoirs publics d'avoir déféré à votre désir et laissé se rouvrir à la prière ce sanctuaire auguste; il a été élevé par un saint roi dont l'histoire proclame qu'il fut brave dans la guerre autant que juste dans la paix; quel autre lieu pouvait mieux convenir pour honorer la mémoire de ceux des vôtres qui ont versé leur sang sur les champs de bataille pour la plus juste des causes?

La cérémonie funèbre de la Sainte-Chapelle est, sans aucun doute, l'un de ces événements religieux qui doivent être comptés parmi les bénédictions providentielles issues de la guerre et qui permettent aux catholiques de notre pays quelque légitime espérance pour l'aurore d'un meilleur avenir.

C'était aussi la préoccupation d'un meilleur avenir

qui, le 14 mai, groupait à Notre-Dame de Paris une assistance considérable (où dominaient les jeunes de toutes les classes et catégories non encore mobilisées) pour la grande solennité religieuse de prière et de charité organisée par Y Association catholique de la Jeunesse française.

Le R. P. Sertillanges a mis en relief, dans un ample discours plein de pensées, plein de poésie, les leçons que comportent pour les jeunes (et pour ceux mêmes qui ont passé dans la territoriale) les grandes heures d'histoire que nous vivons aujourd'hui.

Soit avant la guerre, soit pendant la guerre; soit au milieu des armées, soit en dehors même des armées, la Jeunesse catholique a beaucoup travaillé, beaucoup lutté pour la France non moins que pour l'Eglise. Le P. Sertillanges a eu raison de le dire : la guerre n'a fait que manifester, en lui donnant une consécration et un couronnement splendide, le renouveau de foi religieuse, de fierté nationale, de sens traditionnel, de goût réfléchi pour l'action, que, durant les années précédentes, tous les -observateurs clairvoyants avaient justement signalés comme tendances caractéristiques de l'élite morale et intellectuelle de la jeunesse française.

Mais l'Église et la France attendent beaucoup et peut-être plus et mieux encore de la jeunesse pour les longues et laborieuses reconstructions qui devront suivre les tragiques péripéties de la grande guerre. Le P. Sertillanges a esquissé tout un vaste programme de vie et d'action catholique, de vie et

d'action nationale, de vie et d'action intellectuelle et sociale, programme dominé par la double pensée de rétablir l'unité catholique et française dans la pratique cordiale de la charité catholique et de la fraternité française. Cette unité sera placée sous l'égide des glorieux morts de la guerre qui, par leur mémoire et leurs exemples, vivront, parleront et combattront encore. De tels enseignements, adressés à des âmes généreuses, méritent d'être conservés, approfondis, pour que la jeunesse parvienne un jour à traduire en actes et à imposer méthodiquement et vigoureusement autour d'elle quelque chose, au moins, des admirables perspectives d'avenir proposées à nos regards par un religieux et un philosophe chrétien qui possède la magie de l'éloquence.

La plus suggestive des leçons adressées à la Jeunesse catholique par le P. Sertillanges est, croyonsnous, que notre jeunesse croyante doit devenir de plus en plus, au sens étymologique du terme, une aristocratie; en d'autres termes, et dans tous les milieux, dans toutes les classes, dans toutes les professions, la catégorie pensante, agissante et organisée des meilleurs. Dans cette élite morale et sociale de la France de demain, le clergé séculier, les Instituts religieux auront une immense tâche à remplir pour la reconstruction de la cité. Mais que de pertes cruelles déjà subies, que de vides irréparables, quelle disproportion entre le nombre des ouvriers et la grandeur de la moisson blanchissante! Un mot touchant et délicat du P. Sertillanges mérite d'être médité par certains d'entre les plus valeureux com-

battants d'aujourd'hui; et peut-être l'étincelle divine fera-t-elle jaillir la flamme qui couve encore dans le mystère de la subconscience :

Je souJiaile que vous soyez comme moi, disait Paul (I Cor., vu, 8). A qui voudrait l'entendre, et sous la condition que l'Esprit de Dieu, au dedans, le lui dise aussi et lui en donne la grâce, je dis franchement, humblement, puisqu'il s'agit d'un don et non d'un mérite : Je souhaite que vous soyez comme moi.

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