‹ Les Luttes présentes de l'Eglise (volume 3)Chapitre 6 sur 52 · UNE MAUVAISE QUERELLE · texte numérisé non relu

UNE MAUVAISE QUERELLE

La revue les Etudes, organe de la Compagnie de Jésus, cherche au Temps une querelle où, lui prêtant des intentions et des procédés qui ne seront jamais les siens, elle lui reproche d'avoir tronqué « en découpant artificieusement », dans un ténébreux dessein, un document relatif à l'attitude du Saint-Siège à l'égard de la guerre actuelle. Voyons les faits.

Le 18 juillet dernier, nous avons signalé et cité une adresse envoyée à la Belgique par cinq cents catholiques espagnols. Cette manifestation nous avait paru intéressante en soi, comme expression de l'opinion espagnole sur un des pays alliés. Nous avions en conséquence extrait du texte et reproduit tout ce qui, dans l'adresse en question, précisait le sentiment de l'Espagne.

La revue les Etudes, se plaçant à un autre point de vue, retient de ce document un passage que le Temps n'a pas cité et qui est ainsi conçu :

« Le chancelier allemand a tenté le 4 août 1914 d'excuser, par la nécessité de vaincre, l'injustice commise et avouée. Mais l'excuse a été repoussée et l'injustice flétrie par la plus haute autorité morale de ce monde. Invoquant sa qualité d'interprète suprême et de vengeur de la loi éternelle, le Souverain Pontife Benoît XV, dans son allocution consistoriale du 22 janvier 1915, a cru de son devoir de proclamer sans ambages qu'il n'est permis à personne ni pour aucun motif de Léser la justice. Et dans sa lettre du G juillet 1914, le cardinal secrétaire d'Etat a confirmé que ces paroles du J visaient l'invasion de la Belgique par l'Allemagne. Comme catholiques, nous adhérons sans réserve aux paroles du Pape rappelant au monde, en ces heures troublées, l'intangibilité des préceptes de la loi morale. »

En prenant acte de ces quatre phrases, elle porte contre nous l'accusation de les avoir supprimées « par un calcul politique qui ne manque pas de profondeur », pour être plus libres de critiquer l'attitude de la papauté.

Ce genre de calcul — qui, semble-t-il, est familier aux rédacteurs des Études, puisque, sans hésiter, ils nous l'attribuent — était bien loin de notre pensée. Nous faisions connaître une manifestation de l'Espagne à l'égard de la Belgique. Nous en avions reproduit ce qui était intéressant au point de vue espagnol et au point de vue belge; rien de plus, rien de moins.

La revue les Études, plus particulièrement frappée par le passage relatif au Saint-Siège, fait de ce passage le pivot de tout l'ensemble. Elle y met une telle insistance qu'on peut se demander si, pour elle, ces dix lignes ne sont pas l'essentiel du document. En les reproduisant à notre tour, nous répondrons sans doute à ses préoccupations.

Nous ajouterons au surplus que ce texte ne saurait modifier le jugement que nous avons porté sur la neutralité du Pape. La Belgique a été envahie le 2 août 1914, et c'est au consistoire du 22 janvier 1915 que le Pape, dans une forme obscure, s'est décidé à proclamer « qu'il n'est permis à personne et pour aucun motif de léser la justice ». Et c'est le 6 juillet suivant, pour l'anniversaire du crime allemand, que le cardinal secrétaire d'État a cru nécessaire de confirmer que ces paroles enveloppées visaient bien l'invasion de la Belgique... La conscience universelle a été, dans son verdict, moins lente et plus claire.

D'autres faits, trop nombreux, à notre gré, justifient le sentiment que nous avons exprimé sur la conception temporelle que le Saint-Siège a eue, depuis deux ans, de son rôle et de ses devoirs. Nous ne rouvrons pas le débat, nous bornant à remettre au point ce procès de tendance instruit contre le Temps.

Avec le plus grand plaisir, les Études niellent sous les yeux de leurs lecteurs le plaidoyer du Temps : plaidoyer dont ils sauront eux-mêmes apprécier toute la valeur. Dans une discussion où nous nous trouvons si directement en cause, nous n'aurions pas l'outrecuidance de leur suggérer une opinion toute faite. Grâces à Dieu, les Études s'adressent à un public dont la culture intellectuelle n'est assurément pas d'un degré inférieur à celle des lecteurs du Temps. Nos amis ont toute la préparation voulue pour lire un texte, c'est-à-dire pour comprendre, discerner et conclure.

Nous nous permettons seulement une brève remarque sur une circonstance de fait. Les Études ont, par deux fois, critiqué l'omission par le Temps du paragraphe de l'Adresse des catholiques espagnols concernant le Pape Benoît XV. Mais les Études n'ont pas eu la priorité. Ainsi que nous l'avons déclaré nous-même le 20 août, c'est le journal la Croix qui, depuis le premier jour, a persévéramment dénoncé la fâcheuse coupure pratiquée par le Temps au détriment du Saint-Père. En ne signalant que les Etudes dans sa réplique, le Temps nous fait trop d'honneur. Suumcuique.

Mais ne nous méprenons par sur ce qui est capital dans l'incident. Le grand journal officieux répétait, à toute occasion, que le Souverain Pontife n'a jamais pris la peine de réprouver la violation de la neutralité belge par l'Allemagne, ni d'éclairer les consciences, catholiques sur l'immoralité de cet injustifiable attentat. Or, voici que le Temps reproduit enfin, le

Luttes de l'Eglise, 4e série. 5

6 octobre, un document espagnol qui témoigne clairement et authentiquement du contraire. Nous en adressons au Temps nos félicitations cordiales. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

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