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CHAPITRE IV Rome et la Serbie

Notes d'histoire sur un Concordat récent.

Paris, 20 octobre 1916.

Grâce aux profondes transformations politiques et morales qu'il est permis, en France, de compter parmi les résultats possibles de la grande guerre européenne, bien des changements, hier encore inconcevables, pourront, Dieu aidant, devenir demain réalisables pour la pacification religieuse du pays. Telle est l'espérance manifestée par le cardinal Gasparri dans les déclarations qu'il vient de communiquer à un grand organe de la presse française.

L'histoire des relations du Saint-Siège avec les différents. Etats, catholiques ou non catholiques, y compris la plus récente histoire, abonde en précédents qui expliquent et appuient les prévisions, les conjectures du secrétaire d'État de Benoît XV, et qui montrent, dans ce domaine de la diplomatie pontificale et de la politique religieuse, l'impossibilité ou l'invraisemblance de la veille devenue la réalité du lendemain.

Un exemple curieux entre tous est l'exemple du Concordat signé au Vatican, le 24 juin 1914, par le cardinal Merry del Val, secrétaire d'Etat de Pie X, et M. Vesnitch, ministre plénipotentiaire, envoyé extraordinaire du roi Pierre Ier de Serbie : Concordat ratifié et promulgué à Nisch, le 18 septembre

1914, par le roi de Serbie, après approbation de la Skouptchina du royaume; puis ratifié et promulgué à Rome, le 20 mars 1915, par le Pape Benoît XV, successeur de Pie X.

Durant de longues années, ce Concordat, désiré à Rome, désiré même à Belgrade, fut cependant regardé comme une invraisemblance, une impossibilité diplomatique.

Les huit mille catholiques romains du royaume de Serbie, tel que celui-ci existait avant la guerre balkanique de 1912-1913, étaient les diocésains de l'archevêque de Scutari d'Albanie et les clients de la couronne d'Autriche. Cette ^petite communauté catholique, noyée dans un pays schismatique, ne subsistait que grâce au protectorat et aux largesses de la cour de Vienne depuis le traité de Carlovvitz en 1699. La situation politico-religieuse n'avait pas été modifiée par la proclamation de l'indépendance du- royaume de Serbie, définitivement affranchi de toute suzeraineté ottomane en 1878. Les catholiques de Serbie ne jouissaient (comme catholiques) dans leur propre patrie d'aucune autre garantie légale et juridique de liberté religieuse que la protection étrangère. Ils étaient, pour ce motif, l'objet des préventions hostiles d'un grand nombre de leurs compatriotes et perpétuellement molestés par les zélotes du schisme oriental ou par les fonctionnaires de l'État. D'autre part, leur condition douloureuse motivait de fréquentes interventions de l'Autriche, comme puissance protectrice, dans les affaires intérieures de la Serbie.

Résoudre le problème n'était pas chose facile. Un diplomate français de la vieille école, le marquis de Reverseaux, qui vient de mourir à Bellevue le 4 septembre dernier, se trouva être un jour le confident des trois puissances intéressées à la négociation et le témoin des embarras inextricables auxquels tout le monde se heurtait constamment jusqu'à la guerre balkanique.

Dans ses hautes fonctions diplomatiques à Belgrade (1884-1885), à la commission du Danube (1885- 1891), au Caire (1891-1894), puis à Madrid (1894-1897), puis à Vienne (1897-1907), Frédéric Guéau, marquis de Reverseaux de Rouvray, représenta et servit avec une rare distinction la cause et les intérêts de la France. Durant les années mêmes de sa retraite, l'ancien ambassadeur donna, comme vice-président de VAsie française, un concours efficace aux œuvres et aux institutions de propagande française dans les Échelles du Levant. Petit-neveu de M. de Vergennes, le ministre de Louis XVI, auquel notre patrie est redevable de la revanche glorieuse de la guerre de Sept ans, il avait gardé le culte des traditions diplomatiques de l'ancienne France : il aimait à en recueillir les souvenirs et les enseignements, et présidait avec assiduité les travaux de la Société d'histoire diplomatique. Gomme le duc de Broglie, qui avait exercé avant lui cette même présidence, il avait le sentiment profond de la continuité nationale, nonobstant la diversité des régimes et les déchirements de notre histoire intérieure. D'où le prix qui! attachait aux exemples des grands diplomates fran-

çais du dix-septième et du dix-huitième siècle pour éclairer utilement l'action de leurs successeurs actuels parmi les systèmes d'alliances de l'Europe du vingtième siècle. De la vieille France, M. de Reverseaux n'avait pas hérité seulement le charme d'une suprême courtoisie; mais il en avait hérité la fierté. A toute occasion, il signalait la persistance merveilleuse de la vitalité de la France, « malgré (disait-il) tout ce que peuvent faire pour la tuer quelques-uns de nos gouvernants ». Et à propos d'une humiliation diplomatique (entrée aujourd'hui dans le recul de l'histoire), nous gardons mémoire de l'accent d'émotion vraie avec laquelle parlait l'ambassadeur : « Ces hommes n'ont pas l'idée de la grandeur de la France, ni même le sentiment de sa force... » En 1884, le marquis de Reverseaux, conseiller d'ambassade à Rome (Quirinal), était nommé ministre plénipotentiaire en Serbie. Les diplomates des ambassades accréditées auprès du roi d'Italie ne pénètrent jamais au Vatican; mais les portes du palais pontifical s'ouvrent devant eux lorsqu'ils vont quitter Rome, ayant reçu leur nomination à un poste nouveau et, d'ores et déjà, se trouvent accrédités auprès d'un autre gouvernement que celui du Quirinal. M. de Reverseaux fut donc reçu en audience par le Pape Léon XIII, non pas comme conseiller d'ambassade à Rome, mais comme ministre de France à Belgrade. Sachant qu'il avait affaire à un diplomate de valeur et à un parfait gentilhomme, Léon XIII, non content d'accueillir M. de Reverseaux avec distinction, l'entretint longuement des

affaires politico-religieuses, étrangement complexes, du royaume de Serbie, où régnait alors le roi Milan.

Le Souverain Pontife pria le diplomate français de manifester officieusement à Belgrade les ardents désirs du Saint-Siège pour l'adoption d'un régime tout nouveau du culte catholique dans le royaume des Obrénovitch. Le Saint- Père voulait mettre un terme à la situation précaire, gênée, gênante, suspectée où il savait réduite la pauvre communauté catholique en Serbie, dépourvue de toute reconnaissance légale, de toute existence officielle et juridique, abritée exclusivement sous une protection étrangère. Léon XIII offrait donc de soustraire le clergé catholique de Serbie à la tutelle de l'Autriche, de rendre autonome sous l'unique autorité de Rome, et ainsi de « nationaliser », le catholicisme chez les Serbes. En retour, il espérait que le gouvernement du roi Milan accorderait de solides garanties à la liberté religieuse des catholiques et assurerait aux institutions catholiques, toutes très indigentes, des dotations légales qui équivaudraient aux largesses autrichiennes.

Quand M. de Reverseaux fît connaître à Belgrade les intentions de Léon XIII, le roi Milan déclara qu'elles répondaient exactement à ses vues personnelles, mais que de graves obstacles politiques s'opposaient presque invinciblement à leur réalisation. D'une part, l'Autriche -Hongrie, dont le gouvernement de Belgrade subissait alors l'ascendant, ne consentirait nullement à la disparition d'un état de choses qui représentait pour elle un avantage poli-

tique considérable, un moyen puissant de pénétration et d'influence : l'opposition de Vienne constituerait, pour les négociations éventuelles d'un Concordat, le plus redoutable obstacle. D'autre part, dans le monde religieux de l'orthodoxie gréco-slave et dans les milieux politiques de Serbie, les préventions étaient profondes contre Rome et le catholicisme :on se montrerait peu disposé à traiter à l'amiable avec le Vatican et à reconnaître au culte catholique romain des garanties politiques ou des dotations pécuniaires de quelque importance. Bref, le roi Milan tenait pour actuellement impraticable le généreux projet de Léon XIII , dont lui-même approuvait le principe et aurait souhaité l'accomplissement.

Lors de son passage à Vienne, avant de gagner Belgrade, M. de Reverseaux avait pu déjà constater que le roi Milan n'exagérait pas l'opposition déterminée de l'Autriche à une organisation autonome du culte catholique en Serbie par un Concordat entre Belgrade et Rome. M. de Reverseaux s'entretint notamment avec Mgr Strossmayer, le célèbre évêque de Diakovo, en Croatie, l'apôtre du catholicisme et du fédéralisme autrichien parmi les Slaves de la région du Danube, de l'Adriatique et des Balkans. Strossmayer déclara que le culte catholique perdrait toute liberté, toute sécurité dans la Serbie hostile et schismatique s'il venait à être privé de la protection généreuse de la Maison d'Autriche et à tomber sous le joug des politiciens de Belgrade. La ferveur religieuse de M8' Strossmayer s'alliait étroitement à son ardent loyalisme envers la dynastie de Lorraine-

Habsbourg. Il découvrit au diplomate français la perspective des conquêtes futures de l'Eglise catholique et de l'Autriche accomplissant, l'une avec l'autre, le Drang nach Osten : le catholicisme pénétrerait peu à peu les populations des Balkans, les ramènerait du schisme de Photius à l'unité romaine, mais toujours avec l'appui de la couronne d'Autriche, puissance tutélaire du catholicisme dans l'Europe orientale, abritant et fédérant les nationalités balkaniques sous l'étendard d'un même suzerain et d'une même religion.

Plan grandiose qui avait le double tort de mêler un peu trop le profane avec le sacré, ainsi que de tenir insuffisamment compte de l'aspiration politique de chaque peuple des Balkans à une plénière et souveraine indépendance. Plan audacieux que, beaucoup plus tard, M. de Reverseaux, devenu ambassadeur à Vienne, retrouvera en extrême faveur dans l'entourage de l'archiduc François-Ferdinand, et où il discernera par avance l'une des causes profondes du différend irrémédiable qui armerait un jour, l'une contre l'autre, la Serbie et l'Autriche et, par contrecoup, mettrait en feu l'Europe entière.

Ayant eu le privilège de recueillir lui-même le langage de chacun de ceux qui étaient alors les représentants des trois forces en présence, Léon XIII, Strossmayer et le roi Milan, M. de Reverseaux tenait, à bon droit, pour absolument inextricable et insoluble, tant que la situation européenne et balkanique n'aurait pas été modifiée, la question d'un Concordat entre Rome et la Serbie.

Mais, depuis 1884, les années passèrent et les circonstances vinrent à changer. En Serbie, la dynastie russophile des Karageorgevitch remplaça la dynastie austrophile des Obrénovitch. L'annexion officielle de la Bosnie et de l'Herzégovine par l'Autriche, en 1908, exaspéra les ressentiments du cabinet de Belgrade contre le cabinet de Vienne. Puis la guerre balkanique de 1912-1913 eut pour résultat d'octroyer à la Serbie une portion notable de la Macédoine, toute la région du Vardar, tandis que la création du royaume d'Albanie, vassal de l'Autriche, frustrait le royaume des Karageorgevitch des extensions qu'il avait été sur le point d'obtenir du côté de l'Adriatique.

Outre les huit mille catholiques romains du diocèse de Belgrade, la Serbie nouvelle comptait désormais parmi ses nationaux les quinze mille catholiques romains du diocèse d'Uskub, placés les uns et les autres sous le protectorat politico-religieux de l'Autriche. Il devenait impossible de laisser au gouvernement austro-hongrois le bénéfice d'une clientèle de cette importance au dedans des frontières du royaume. Les ponts étant coupés avec l'Autriche- Hongrie, ennemie déclarée de la veille et du lendemain, la nécessité d'oublier les vieilles antipathies contre la minorité catholique et de lui reconnaître sa juste place dans la communauté nationale apparaissait aux gouvernants de la Serbie avec une impérieuse clarté. On résolut de traiter avec Rome, pour mettre un terme à une situation périlleuse et fausse, et d'agréer les conditions que le Saint-Siège revendiquerait comme équitable compensation des avan-

tages moraux et matériels de l'ancien protectorat autrichien.

Le 8 mai 1914, étaient adoptés, au Vatican, les préliminaires du nouveau Concordat; et le texte définitif était signé dès le 24 juin suivant. Les négociateurs avaient été, d'une part, le cardinal Merry del Val, assisté de Mgr Pacelli et de Mgr Canali, et, d'autre part, M. Vesnitch, assisté du docteur Louis Bakotic et du chanoine Denis Gardon.

Résumons le dispositif de ce protocole, d'une haute signification religieuse, politique et diplomatique.

La religion catholique s'exercera publiquement et librement dans le royaume de Serbie. Ce royaume constituera une province ecclésiastique, gouvernée d'après les règles ordinaires du droit canonique et non pas d'après le régime spécial des pays de mission. A l'archidiocèse de Belgrade appartiendra l'ancien territoire de la Serbie. A l'évêché d'Uskub appartiendront les territoires annexés en vertu des traités de 1913. L'archevêque de Belgrade et l'évêque d'Uskub, son suffragant, « dépendront, pour les affaires ecclésiastiques, directement et exclusivement du Saint-Siège ».

C'est le Pape qui nommera lui-même l'archevêque et l'évêque. Toutefois, « il notifiera au gouvernement royal la personne de chaque candidat pour savoir s'il existe des faits ou des motifs d'ordre politique à son encontre ». Une procédure analogue est prévue pour la nomination des curés de nationalité serbe par l'archevêque et l'évêque dans leurs

diocèses respectifs. L'adhésion du gouvernement pour la nomination des curés est requise formellement lorsqu'il s'agit de « personnes étrangères au royaume ». L'archevêque et l'évêque prêteront serment d'obéissance et de fidélité au roi de Serbie. Dans les églises, on chantera le Domine, salvum fac regem « aux offices divins, en langue slave ou latine, selon les traditions locales ».

Un traitement annuel (assez important) est déterminé pour l'archevêque de Belgrade et l'évêque d'Uskub. Un séminaire catholique sera constitué à Belgrade, ou aux environs, pour les deux diocèses de Serbie, et recevra de l'État une dotation convenable. Les édifices du culte, le séminaire, la demeure de l'archevêque, de l'évêque et de chacun des curés bénéficieront d'une exonération complète par rapport aux impôts. Une autre immunité précieuse est reconnue aux membres du clergé séculier et régulier : ils ne devront jamais être astreints « à exercer des emplois publics qui pourraient être contraires à leur ministère sacré et à la vie sacerdotale ».

L'Eglise catholique, représentée par ses autorités légitimes, possède « une personnalité juridique vraie et propre ». Elle aura « le droit d'acquérir légalement, de posséder et d'administrer librement les biens, tant meubles qu'immeubles, destinés à servir aux fins propres de l'Église et de ses institutions dans le royaume ». Les fondations pieuses et autres propriétés ecclésiastiques seront « inviolables comme les biens privés des citoyens de l'État ».

Le gouvernement royal de Serbie reconnaît la

valeur légale des mariages célébrés « en présence du curé catholique suivant les lois de l'Église », que ce soient des mariages entre conjoints catholiques ou des mariages « mixtes » accomplis dans les conditions prévues par le droit canonique. Bien plus, « les causes matrimoniales entre catholiques et entre époux de mariages mixtes célébrés devant le curé catholique, excepté en ce qui concerne les effets purement civils, seront jugées par les tribunaux ecclésiastiques catholiques ». En d'autres termes, pour la question de validité du mariage des catholiques, la loi serbe homologue purement et simplement la législation même de l'Église romaine.

Quant à la question scolaire, elle est réglée dans les termes suivants, dont il est superflu de relever l'importance :

L'instruction religieuse de la jeunesse catholique est soumise, dans toutes les écoles, à l'archevêque et à l'évêque, dans leurs diocèses respectifs. Dans les écoles de l'Etat, elle sera donnée par des maîtres de catéchisme qui seront nommés, après accord pris en commun, par l'évêque et par le ministre de l'Instruction publique et des Cultes. Les évoques peuvent interdire renseignement religieux, même dans les écoles de l'Etat, aux maîtres de catéchisme qui se montreraient impropres à la mission qui leur serait ainsi confiée, en informant le ministère de l'Instruction publique et des Cultes pour procéder cà une autre nomination. Le gouvernement royal rémunérera les maîtres de catéchisme dans les écoles de l'Etat. La qualité de curé n'est pas incompatible avec celle de maître de catéchisme.

Enfin, s'il survenait une difficulté d'interprétation au sujet des articles de ce Concordat, ou si les

deux hautes parties contractantes avaient à régler une question politico-religieuse non prévue dans le Concordat, « le Saint-Siège et le gouvernement royal procéderont d'un commun accord à une solution amiable, en harmonie avec le droit canon1 ».

Impossible de mettre en doute qu'un semblable protocole reconnaisse à l'Eglise catholique en Serbie un statut légal entouré de garanties les plus amples, les plus prévoyantes et les plus sérieuses. Impossible, par conséquent, de mettre en doute la valeur du succès que, dans cette épineuse négociation, remporta la diplomatie du Vatican. Pie X réalisa une pensée de Léon XIII, et Benoît XV ratifia l'œuvre de Pie X.

Entravée brusquement par de tragiques catastrophes, l'exécution du Concordat serbe devra être loyalement reprise aussitôt que la Serbie aura recouvré son territoire indépendant et obtenu les réparations nécessaires. Nous espérons même que ce pacte aura lieu de s'appliquer à d'autres diocèses encore que ceux dont mention est faite dans le protocole de 1914. C'est dans le royaume agrandi des Karageorgevitch que le Concordat nouveau constituera désormais, pour les catholiques, la charte fondamentale de la liberté religieuse.

Pourquoi donc avons-nous évoqué aujourd'hui

1. Textes dans Battandier, Annuaire pontifical catholique (Paris, « Bonne Presse »). Année 1915, p. 158 et 159. Année 1916, p. 69 et 70. — Depuis lors, une excellente et copieuse étude a été consacrée au Concordat entre la Serbie et le Saint-Siège dans les Nouvelles religieuses du 15 mars 1918.

cette page curieuse de l'histoire diplomatique de la Papauté romaine dans ses rapports des trente dernières années avec le jeune royaume de la Serbie indépendante?

Parce que l'exemple récent de la Serbie nous paraît illustrer utilement quelques-unes des déclarations communiquées naguère à la presse française par le secrétaire d'Etat de Benoît XV au sujet de la pacification religieuse en certains autres pays que la Serbie. Les années qui passent, les guerres étrangères, les annexions de provinces nouvelles, les transformations politiques d'ordre intérieur ou extérieur, ont nécessairement leur contre-coup (plus ou moins profond) sur les relations mutuelles de la société religieuse et de la cité temporelle. L'impossibilité de la veille peut devenir, nous le répétons, la réalité du lendemain. C'est la perpétuelle leçon d'histoire. Appuyée sur des promesses divines d'immortalité, riche de séculaires expériences, la Papauté romaine garde une invincible confiance dans les réparations et les réconciliations qu'elle est en droit d'attendre d'un meilleur avenir. Elle note avec une sagesse clairvoyante les perspectives de pacification qu'autorise la marche des événements humains. Et elle salue avec bonheur les symptômes de renaissance. Car le poète disait beaucoup plus vrai qu'il ne pensait quand il voulait parler simplement de l'histoire du langage et annonçait la renaissance de bien des termes (et pourquoi pas de bien des idées et de bien des choses?) qui avaient pu mourir : Multa renascentur quae iam cecidere...

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