CHAPITRE VII
Les catholiques français aux catholiques des pays neutres
Paris, 5 mai 1915.
Impossible d'en disconvenir. La propagande allemande à l'étranger est partout conduite, sinon avec une psychologie délicate et raffinée, du moins avec une persévérance, une méthode et une ingéniosité que l'on qualifierait volontiers deprodigieuses. Dans presque tous les pays neutres, le résultat le plus tangible de cette propagande est d'avoir capté, en faveur de l'Allemagne, les sympathies plus ou moins déclarées de la majeure partie du public catholique.
Les avocats de la cause allemande ne se sont pas contentés, chez les catholiques des pays neutres, de colporter leurs plaidoyers habituels, tendant à excuser, à expliquer, voire à justifier par des motifs de légitime défense la déclaration de guerre, la violation de la neutralité belge et les divers actes de vandalisme ou de cruauté auxquels on ne croit pas possible d'opposer une dénégation péremptoire. Mais à Rome, en Italie, en Espagne, dans les milieux catholiques des deux Amériques et des autres pays neutres, la propagande germanique fait usage d'un
argument plus efficace parce que plus spécial et, au premier abord, plus spécieux. Onreprésente la France contemporaine comme incarnant exclusivement l'irréligion d'Etat, la persécution jacobine, la dissolutiondes mœurs publiques et privées, tandis que l'Allemagne, alliée à la catholique Autriche, incarnerait avant tout les principes d'ordre moral et social, le respect de la religion, le respect de l'autorité. L'argument est appuyé, comme la chose était à prévoir, sur les scandales récents de notre histoire intérieure, sur la politique laïcisatrice et antireligieuse de notre gouvernement et sur la sympathie bruyante qu'affichent pour la cause française la plupart des anticléricaux et des révolutionnaires des nations catholiques. L'invasion du territoire français par les soldats allemands, vengeurs de l'ordre et du droit, serait, en réalité, le juste châtiment que Dieu ferait subir à la France incrédule et persécutrice.
Tel est le thème que développe, sur un ton qui varie selon les milieux, la surabondante littérature d'inspiration germanique dont les catholiques des pays neutres sont persévéramment inondés depuis le début de la guerre. Les témoignages concordants et dignes de foi qui nous parviennent de l'étranger, le texte même de nombreux articles de journaux et revues catholiques démontrent, à n'en pouvoir douter, que cette interprétation des tragiques événements de la guerre trouve créance dans une fraction considérable du public religieux des États neutres et que, malheureusement, les milieux les plus
catholiques sont ceux-là mêmes où la cause française rencontre, chez beaucoup, les défiances, les préventions les plus hostiles.
Pour épargner à notre patrie un dommage moral aussi grave, pour opposer à la propagande allemande une propagande française à l'étranger, particulièrement chez les catholiques des pays neutres, qu'avonsnous fait de notre côté ? — A peu près rien durant les premiers mois de la guerre. Sur ce terrain comme sur tous les autres, notre gouvernement n'a pas su prévoir, nous avonslaissé à nos ennemis le monopole d'une organisation méthodique de la guerre et de V avant-guerre. Nous ne nous sommes mis en peine de remédier sérieusement au mal que quand le mal fut accompli dans des proportions déjà désastreuses. A l'heure actuelle, nous organisons enfin la propagande française chez les catholiques des pays* neutres. Sans doute, il est bien tard pour commencer. Mais la cause est juste, la tâche est urgente, les arguments topiques et concluants surabondent, et il n'est jamais trop tard pour bien faire.
Les publications françaises destinées, non pas spécialement au public religieux, mais à l'ensemble du public des pays neutres, se sont peu à peu multipliées depuis quelque temps. Des recueils de textes diplomatiques, d'excellents travaux de discussion compétente, sérieuse et loyale, traduits en plusieurs langues étrangères, colportent maintenant à travers le monde entier la vérité historique sur les responsabilités de chacun des belligérants dans la déclaration de guerre, sur la violation de la neutralité belge,
232 LUTTES DE [/ÉGLISE ET LUTTES DK LA l'ATIUE
sur les méthodes de conquête des armées allemandes en Belgique et dans le nord-est de la France. Au x volumes et aux brochures, il faut joindre les tracts, les feuilles volantes de propagande française, rédigées avec beaucoup de soin, aux Affaires étrangères, par un consul de France qui, naguère encore, gérait les intérêts de nos compatriotes dans une très grande ville commerçante d'Allemagne. Deux périodiques bimensuels, dont la création date du mois de novembre 1914, ont pour rôle exclusif de défendre notre cause au dehors de nos frontières : le Bulletin des Français résidant à V étranger et le Bulletin de V Alliance française. Dans l'un et l'autre Bulletin on doit louer le souci permanent de l'exactitude absolue des informations, la mesure et l'équité des jugements, l'absence délibérée de toute violence et de toute déclamation : qualités qui attirent l'attention, l'estime, la confiance des lecteurs impartiaux. Commettons l'indiscrétion de dire que le Bulletin de l'Alliance française (série spéciale paraissant, durant le temps de la guerre, en français, allemand, anglais, danois, espagnol, hollandais, italien, portugais, suédois) a pour rédacteur anonyme l'un des plus doctes maîtres de l'histoire religieuse du dix-septième siècle, M. Alfred Rébelliau, membre de l'Académie des Sciences morales et conservateur de la Bibliothèque de l'Institut.
Mais la plupart des publications dont nous venons de parler n'émanent pas d'auteurs connus comme catholiques ou de groupements composés principalement de catholiques. V Alliance française, par
exemple, qui est une association pour la propagation de la langue française à l'étranger, se recrute surtout dans le monde protestant, israélite ou libre penseur. Les brochures, les périodiques portant une semblable marque d'origine, risquent de n'atteindre que très insuffisamment le public religieux des pays neutres. Les milieux les plus catholiques de l'étranger, qui ont été si profondément pénétrés par la propagande du gouvernement allemand et des catholiques allemands, tiennent en suspicion instinctive et préventive tout ce qui semble provenir de la France laïque et officielle. Les seuls publicistes français qui aient chance de rencontrer un accueil plus confiant sont les écrivains notoirement catholiques. Ceux-là sont aussi les seuls, parmi nos compatriotes, qui puissent faire entendre, chez les catholiques des pays neutres, les raisons religieuses de porter sur la France, nonobstant la politique de son gouvernement, une appréciation plus favorable, et, pareillement, les raisons religieuses de regarder comme un désastre pour le catholicisme le triomphe tout hypothétique de l'Allemagne sur la France.
Depuis quelques mois, les éditeurs catholiques français ont publié un certain nombre de travaux d'écrivains catholiques français qui abordent avec compétence et avec charme l'une ou l'autre de ces différentes questions. Nous avons eu et nous aurons encore occasion de signaler aux lecteurs des Etudes telle et telle publication catholique sur la guerre qu1 a produit, paraît-il, une impression réellement avantageuse à notre pays dans certains milieuxcatholiques
à l'étranger. Néanmoins, pareils résultais demeureront exceptionnels, localisés, fragmentaires, si la propagande catholique française auprès des catholiques des pays neutres n'est pas partout conduite avec une organisation méthodique, avec un éclat, une vigueur et des ressources qui puissent contrebalancer enfin la propagande allemande.
A l'heure actuelle, il existe un Comité catholique de Propagande française à V étranger, qui a publié déjà une œuvre d'importance et qui travaille sérieusement à la répandre, hors de nos frontières, dans les milieux qu'il est le plus urgent d'atteindre et de conquérir. Nos compatriotes sont entrés, un peu tardivement sans doute, mais utilement et résolument, dans la voie des réalisations nécessaires.
La liste, fort brillante, des membres du comité devra inspirer, à tous égards, la plus entière confiance aux catholiques des pays étrangers. On y trouve, d'abord, les noms de onze membres de l'Épiscopat : le cardinal archevêque de Paris, dans le diocèse duquel sont édictées les publications du comité; puis neuf prélats dont les diocèses ont été ou sont encore envahis, ravagés par les armées allemandes : le cardinal archevêque de Reims, les évêques de Nancy, Saint-Dié, Verdun, Amiens, Arras, Soissons, Meaux, Châlons; et, avec eux, un évêque missionnaire, qui représente l'action apostolique de la France dans les contrées infidèles : Mgr Le Roy, supérieur général des Pères du Saint-Esprit. A la suite des membres de l'Episcopat, viennent les
personnages catholiques les plus considérables du monde intellectuel et du monde politique. Huit membres de l'Académie française : MM. Etienne Lamy, secrétaire perpétuel, comte d'Haussonville, Paul Bourget, marquis de Vogué, René Bazin, René Doumic, baron Denys Cochin, Pierre de la Gorce. Quatre autres membres de Tlnstitut : R. P. Scheil, MM. Edouard Branly, Charles Widor, comte de Franqueville. Quatre membres du Sénat : MM. l'amiral de la Jaille, de Lamarzelle, de Las Cases, Jenouvrier. Sept membres de la Chambre des députés : avec M. Denys Cochin, MM. Ballande, comte Ferri de Ludre, de Gailhard-Bancel, Groussau, de Lavrignais, Lerolle. Trois des principaux membres du conseil municipal de Paris et du conseil général de la Seine : MM. Mithouard, Chérest, Aucoc. Et enfin six publicistes catholiques particulièrement en vue : M. Geoffroy de Grandmaison, président de la Société bibliographique; le R. P. Janvier, aumônier de la Corporation des Publicistes chrétiens; notre collaborateur aux Éludes, le R. P. Dudon; M. de Lanzac de Laborie, du Correspondant; MM. Georges Goyau et François Veuillot. Quant au prélat auquel est confiée la direction effective des affaires du comité, personne ne contestera ni sa compétence d'historien, ni sa haute autorité morale, ni les sympathies unanimes qui l'entourent dans l'élite intellectuelle du monde religieux, puisque nous voulons parler du recteur de l'Institut catholique de Paris, Mgr Baudrillart. {
1. A la liste de» membres du comité, il faut joindre maintenant les
C'est à Mgr Baudrillart que devra être adressée personnellement (74, rue de Vaugirard) toute offrande, toute communication relative à la propagande française chez les catholiques des pays neutres : propagande des travaux publiés sous les auspices mêmes du comité ou propagande des travaux déjà existants.
L'ouvrage collectif par la publication duquel le comité vient de prendre position devant l'opinion catholique du monde entier a pour titre : La Guerre allemande et le Catholicisme. Il comprend un volume et un album qui paraissent en six langues: français, anglais, italien, espagnol, portugais, allemand, et qui sont édités à Paris, chez Bloud et Gay (7, place Saint-Sulpice) \
Aux premières pages du volume, on lit une brève déclaration du cardinal Amette, dont il faut ici reproduire le passage essentiel: « Les divers chapitres qui composent ce livre ont été écrits par des hommes d'une doctrine sûre et d'une fidélité absolue à l'Eglise, unies à une compétence indiscutable et à une documentation certaine. Nous pouvons attester que les considérations qu'ils exposent et les faits qu'ils racontent méritent toute créance. » Puis, un
noms de Mgr Lavallée, recteur des Facultés catholiques de Lyon, de M. Charles Jacquier, l'illustre mai lie du harreau de Lyon, et de M. LefLaive, grand industriel de la région lyonnaise. Le siège du comité se trouve au numéro 3 de la rue Garancièrc. M. François Veuillot exerce les fonctions de sous-direcleur et M. le chanoine Griselle celles de secrétaire général. (Noie de décembre 1915.)
1. La Guerre allemande et le Catholicisme. Paris, Bloud, 1 9 1 i"» , in-8, viii-298 p. Prix: 2 fr. 40 net. — Album de documents photographiques. Paris, Bioud, 1915, in-'i, :52 pages. Prix: 1 fr. 20 net.
« Avertissement», rédigé par Mgr Baudrillart, précise avec dignité, avec fermeté, les intentions des auteurs du volume. Ce sont des catholiques français qui s'adressent à leurs frères catholiques des nations étrangères, et qui leur disent: «Nous savons [les uns et les autres] ce qu'est la doctrine catholique et ce qu'elle exige, quelles sont les idées dont elle veut assurer le règne, quels sont les actes qu'elle défend même en temps de guerre. Eh bien ! regardez: voyez ce que fait l'Allemagne et voyez ce que fait la France... » Et, quand vous aurez lu, concluez, dans la droiture de votre conscience ; dites loyalement si des titres exceptionnels ne rattachent pas encore (et malgré tout) la cause française à la cause du catholicisme dans le monde ; dites, en même temps, si l'hégémonie de la force allemande et de la culture allemande ne constituerait pas un péril formidable pour la morale catholique, pour l'esprit chrétien lui-même.
Le premier chapitre, nettement doctrinal, théologique et philosophique, est l'œuvre de M. le chanoine Bernard Gaudeau : résumé des lois chrétiennes de la guerre d'après l'enseignement des docteurs catholiques ; exposé des actes allemands et surtout des doctrines allemandes contraires aux lois chrétiennes de la guerre. Dans le chapitre suivant, le maître historien auquel nous devons les cinq volumes de V Allemagne religieuse et les quatre volumes sur Bismarck et UEglise, M. Georges Goyau, met en relief le caractère anticatholique du nouvel Empire allemand, tel que l'a constitué Bismarck et tel que
le conçoivent et l'exaltent aujourd'hui les guides les plus écoutés de la pensée germanique. L'Empire allemand est regardé, en effet, par ses théoriciens officiels comme l'incarnation politique du protestantisme luthérien, ou même comme la réalisation prestigieuse d'une sorte de panthéisme national, et, s'il faut en croire les plus audacieux d'entre les pangermanistes, comme la résurrection du culte de la force brutale, du vieux paganisme germanique, dont les divinités guerrières broyaient le monde sous leur grand marteau d'airain.
Mais la France, de son côté, ne réalise-t-elle pas, n'incarne-t-elle pas, dans l'histoire contemporaine, un autre évangile tout aussi contraire au catholicisme et au christianisme, l'évangile des faux dogmes de la Révolution, l'évangile de laïcisation, l'évangile de l'irréligion d'État? Le troisième chapitre du volume répond à cette redoutable objection en traitant du Rôle catholique de la France dans le monde. L'auteur est un « missionnaire » qui, croyons-nous, est revêtu du caractère épiscopal et occupe une situation éminente dans la congrégation des Pères du Saint-Esprit. Avec un certain nombre de faits authentiques, significatifs, probants, il aide le lecteur à entrevoir ce qu'est la vie spirituelle de la France catholique, et, plus encore, ce qu'accomplit la France catholique pour l'évangélisation des contrées infidèles. En d'autres termes, le « missionnaire » français démontre victorieusement que, malgré les apostasies et les aberrations de la France officielle, il existe une France plus ancienne, plus réelle, plus
profonde, qui a droit, plus que toute autre nation, aux ardentes sympathies des catholiques du monde entier : cette France croyante, apostolique, charitable demeure toujours (et peut-être aujourd'hui plus que jamais) la fille aînée de l'Eglise.
C'est à un écrivain catholique qui porte dignement le lourd héritage d'un nom illustre, M. François Veuillot, que nous sommes redevables du quatrième chapitre intitulé : La Guerre aux Églises et aux prêtres. Longue et douloureuse énumération d'attentats commis, soit en Belgique, soit en France, contre les édifices du culte catholique, contre la personne des prêtres et parfois contre la personne même des religieuses. Ferme discussion des prétextes mensongèrement allégués pour justifier ou excuser des actes sacrilèges qui doivent provoquer la réprobation indignée de toute conscience droite.
M. François Veuillot, sans commettre l'erreur de généraliser systématiquement, déclare à bon droit que les actes de cruauté barbare et de fur or protestanticus ont été trop indéniables en des cas multiples pour que la responsabilité du haut commandement des armées allemandes ne soit pas engagée gravement, et pour qu'on ne doive pas reconnaître, dans de pareils procédés de conquête, l'influence directe des doctrines païennes, immorales, orgueilleuses du germanisme moderne.
A l'appui des insertions principales de M. François Veuillot, nous sommes autorisés à produire le témoignage d'un officier de haut grade, ancien membre de la mission militaire française en Grèce, blessé
récemment au cours de l'un des combats de la région du Nord et soigné présentement dans un hôpital parisien de la Croix-Rouge. Cet officier a parcouru, en 1913, la Macédoine et l'Épire immédiatement après la guerre cruelle qui avait mis aux prises la Turquie et tous les Etats chrétiens des Balkans. Le même officier, en 1914, vit de ses yeux certaines régions de la Belgique, puis de la Lorraine, cjui avaient subi l'occupation des armées allemandes. Son impression très nette, très réfléchie, fondée sur des observations et des comparaisons nombreuses, est que les Allemands ont dépassé tous les belligérants balkaniques, y compris les Bulgares, y compris les Turcs, au point de vue du mépris de la vie humaine, et, plus encore, au point de vue des pillages et des destructions. L'officier supérieur dont nous reproduisons le témoignage a constaté notamment que, durant la guerre balkanique, les couvents de tous les rites furent respectés par chacun des belligérants. Le couvent de Janitza-Vardar, par exemple, a passé des Turcs aux Grecs le soir d'une bataille, le couvent de Monastir a passé des Turcs aux Serbes après trois jours de lutte, le couvent des religieuses françaises de Kilkis a passé des Turcs aux Bulgares, puis des Bulgares aux Grecs après des combats acharnés. Nul dommage ne fut causé à ces différents monastères ni surtout à la personne des religieux ou des religieuses qui les habitaient. Il fut malheureusement impossible à notre témoin de reconnaître, chez les Allemands qui envahirent la Belgique et la Lorraine, en 1914, le même respect habituel des
églises et des monastères, des prêtres, des religieux et des religieuses.
Quant au cinquième et dernier chapitre : La Religion dans V armée française, il se divise en trois parties qui sont, respectivement, l'œuvre de M. le chanoine Gouget, de M. le chanoine Ardant et de Mgr Baudriliart. M. le chanoine Gouget, sous-directeur des Œuvres diocésaines de Paris, donne des indications exactes distribuées avec ordre et clarté, sur les diverses catégories d'aumôniers militaires, sur les prêtres mobilisés comme non-combattants et sur les prêtres ou les étudiants ecclésiastiques mobilisés comme combattants. M. le chanoine Ardant, aumônier militaire, trace une série de croquis, charmants et pittoresques autant qu'émouvants, sur les pratiques religieuses dans les armées en campagne, le ministère de l'aumônier auprès des blessés, le rôle moral du prêtre-soldat et du prêtre-infirmier. Mgr Baudriliart présente enfin au lecteur une riche collection de lettres toutes vibrantes des plus nobles sentiments chrétiens et qui ont été écrites, depuis le début de la guerre, par de jeunes soldats catholiques appartenant à toutes les classes de la société, disons mieux : à toutes les branches diverses de la grande famille française. L'auteur considère, à bon droit, de tels documents comme des témoignages caractéristiques de la profondeur du mouvement religieux dans l'armée française : mouvement qu'avaient préparé de longue date toutes nos œuvres catholiques de jeunesse.
Le volume se termine par un certain nombre
Luttes de l'Église et luttes de la Patrie. 16
d'appendices qui contribueront utilement à parfaire la documentation du lecteur et à orienter, à motiver ses jugements. D'abord, le discours du Pape Benoît XV au consistoire du 22 janvier dernier; puis un long extrait de la lettre pastorale du cardinal Mercier, Patriotisme et Endurance, avec l'adhésion des cardinaux français et la lettre collective des évêques de la province ecclésiastique de Lyon. Puis, de notables extraits de lettres pastorales consacrées aux événements de la guerre par Mgr Mignot, Mgr Turinaz, Mgr Lobbedey, Mgr Gibier; la réponse de l'Université catholique de Paris au manifeste des intellectuels allemands, et, en dernier lieu, la longue liste des ecclésiastiques et des religieux français et belges tués à l'ennemi ou par l'ennemi.
L'album est un élégant recueil de documents photographiques, « illustrant » la conduite respective des armées allemande et française à l'égard de l'Eglise catholique. Un texte explicatif en gros caractères, d'une rédaction très simple, peut-être même par trop populaire, accompagne les photogravures de la guerre. Mais ce sont surtout les images elles-mêmes qui parlent, qui accusent, qui témoignent.
Le volume a été composé en pleine bataille, avec une étonnante célérité, pour répondre à un besoin urgent de propagande catholique et française. C'est dire que les très distingués auteurs ne prétendent nullement avoir donné à leur œuvre tout l'achèvement qu'auraient permis les loisirs d'une époque moins tragique. A plus forte raison ne prétendent-ils pas
échapper aux menues critiques, aux amicales rectifications, toujours possibles. Mais leur incontestable mérite est d'avoir combattu avec des armes loyales et de bonne trempe ; d'avoir rassemblé en un faisceau compact toute une riche collection d'arguments solides ou de témoignages dignes de foi qui porteront la lumière dans les âmes droites et qui éclaireront la religion de nos frères catholiques des pays étrangers.
Dans les pages consacrées aux aumôniers militaires, aux prêtres-soldats ou infirmiers, à la profondeur du mouvement religieux parmi les troupes françaises, on aurait peut-être désiré trouver un grand tableau d'ensemble où apparût, en plein relief et à sa place respective, chacun des aspects caractéristiques de la situation présente. Le renouveau de la France catholique pendant la guerre de 1914-1915 aurait fourni matière à un beau chapitre de synthèse morale et historique, analogue aux deux remarquables études de M. le chanoine Gaudeau et de M. Georges Goyau sur les méthodes de guerre et sur la culture intellectuelle de l'Allemagne contemporaine. Il est vrai que les « documents vécus », choisis par Mgr Baudrillart avec un tact si judicieux, les anecdotes vraiment significatives, racontées avec tant de charme et d'humour par M. le chanoine Ardant, suggéreront au lecteur à peu près la même impression qu'une synthèse méthodique et atteindront non moins efficacement le but religieux et patriotique visé par les auteurs, les initiateurs et les patrons du volume.
N'insistons pas sur les menues contestations auxquelles pourrait donner lieu, du point de vue
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historique, telle ou telle assertion de tel ou tel d'entre les distingués collaborateurs de La Guerre allemande et le Catholicisme. Ce qui nous occupe ici n'estpasla critique bibliographique du volume, mais le sens et le caractère du mouvement de propagande organisé par les catholiques français chez les catholiques des pays neutres *■
Parmi les documents reproduits à la fin de l'ouvrage, on doit en signaler un qui équivaut à une conclusion magistrale et puissamment motivée : c'est la Réponse de V Université catholique de Paris au Manifeste des représentants de la science et de Va ri allemands. La Réponse énumère d'abord les violations avérées du droit international et notamment du droit conventionnel de la guerre dont s'est rendue coupable l'Allemagne contemporaine. Les maîtres parisiens du haut enseignement catholique rappellent ensuite les principes de l'ordre social chrétien et les traditions de l'Église catholique en faveur de l'adoucissement progressif des coutumes de la guerre. Ils montrent enfin que les systèmes pervers de philosophie allemande qui, dans le domaine religieux, sont à la base des erreurs modernistes, aboutissent, dans le domaine du droit public, à obscurcir la notion du juste et de l'injuste, et à diviniser les caprices de la pensée, de la force et de la puissance allemandes.
De la Réponse de l'Université catholique de Paris,
1. Nous avons fait, en toute franchise et en toute cordialité, cette critique bibliographique dans les Etudes du 5 mai 1915, p. 274 à 278. Certains organes germanophiles des pays neutres ont trouvé loyal de reproduire nos menues réserves et de taire tout le reste de notre article.
nous rapprocherons un document plus récent dont l'inspiration est identique : l'Adresse de Y Association catholique de la Jeunesse Française aux Jeunesses Catholiques des nations alliées et neutres. L'Allemagne prétend passer, chez les catholiques des pays neutres, pour une « puissance d'ordre ». Mais, répliquent les jeunes catholiques de France, peut-on imaginer violation plus flagrante de tous les principes d'ordre et de droit public, que la violation de la neutralité et de la souveraineté du royaume de Belgique ? Peuton imaginer démenti plus cynique aux principes d'ordre moral que l'audacieuse divinisation de la force brutale par les dirigeants intellectuels du germanisme contemporain ? Peut-on imaginer attentat plus scandaleux à l'ordre divin, à la sainteté du culte catholique que ce qui a été commis par des troupes allemandes en Belgique et dans le nord-est de la France ? Faut-il considérer comme l'arche sainte des principes d'ordre en Europe cette Allemagne qui est le pays d'origine, à la fois, du Kulturkampf, du modernisme doctrinal et du collectivisme marxiste ? A-t-onle droit d'oublier la fécondité sans exemple du catholicisme en fruits de sainteté, d'apostolat et de charité dans la France contemporaine, malgré les apostasies et les persécutions officielles? La vraie question, dirons-nous avec les membres de la Jeunesse Catholique de France, la vraie question qui se débat aujourd'hui sur les champs de bataille entre l'Allemagne prussienne et les puissances coalisées contre le germanisme, est de savoir si tout est permis aux caprices souverains du plus fort ou du plus
«audacieux, et, s'il existe encore un droit et une morale dans la cité des nations.
Voilà comment le problème fondamental se trouve posé par la réalité même des faits contemporains. Et lorsque, dans chacun des pays neutres, les termes de ce problème auront été clairement connus et compris, nous n'aurons, en France, aucune inquiétude, aucune ombre de doute, sur la réponse franche et cordiale de tous nos frères catholiques.
Puisque les Études ont, à l'étranger, de nombreux lecteurs dont, aujourd'hui plus que jamais, la sympathie nous est précieuse, permettons-nous de leur soumettre, en terminant, deux courtes réflexions : l'une sur l'unanimité française en présence de Tennemi et l'autre sur la renaissance religieuse favorisée dans notre pays par les tragiques événements de la guerre.
Quelques-uns des catholiques étrangers qui se montrent défavorables à la cause française tiennent à déclarer que la France catholique est digne de tout respect, mais affectent, en même temps, de considérer comme seule engagée dans le grand conflit la France laïque, anticléricale, qui est la France gouvernante et officielle. Il est indispensable que, dans tous les pays neutres, on se rende compte de l'inexactitude complète de ce point de vue. Il est indispensable que l'on sache que, dans la guerre actuelle, la cause pour laquelle combattent tous les Français est une cause qui leur est commune à tous et qui est particulièrement chère aux meilleurs
d'entre eux. Il ne s'agit plus de la France officielle, laïque ou anticléricale. Il s'agit de la France tout entière et de la France tout court.
L'unique résultat heureux des vicissitudes cruelles de notre histoire intérieure est d'avoir habitué les Français à discerner avec une netteté absolue entre la patrie qui demeure et le gouvernement qui change. Nous avions occasion de l'écrire dans les Études du 5 août 1911, à propos d'un charmant volume dans lequel un ancien ministre du régime actuel célébrait la vieille France traditionnelle avec autant d'amour que la France contemporaine : « Il existe un trésor qui est commun à tous les enfants de la patrie, aux blancs et aux bleus : trésor de souvenirs, d'affections et d'intérêts durables, que les uns et les autres doivent reconnaître comme demeurant leur patrimoine collectif et intangible, malgré tout ce qui, par ailleurs, les divise ou les oppose. »
Or, dans la grande guerre actuellement engagée, ce que menace l'invasion formidable et dévastatrice des armées allemandes, c'est le territoire de notre mère patrie ; c'est plus encore, son honneur et sa dignité ; c'est le patrimoine commun à tous les enfants delà France. Voilà pourquoi, nonobstant l'amertume de nos querelles politiques d'hier et de demain, partisans et adversaires des hommes, des lois, des institutions qui nous régissent contribuent, sans ombre de dissidence, d'un même élan et d'un même cœur, à un même effort, à une même lutte, à un même sacrifice. De la résistance française, et ajoutons : de la victoire française, personne n'aura le droit de
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revendiquer le mérite d'une manière exclusive, mais chacun y aura collaboré généreusement, allègrement et du meilleur de soi-même, comme à l'œuvre collective de toute la grande famille française.
Quant au mouvement de renaissance religieuse qui récompense aujourd'hui le zèle de nos prêtres, de nos hommes d'œuvres, de nos éducateurs chrétiens et qui s'affirme avec tant d'éclat, depuis le début de la guerre, dans un grand nombre de régions et surtout dans notre jeunesse en armes, nous espérons que les catholiques des pays neutres y verront un motif spécial de juger notre pays avec une sympathie fraternelle. Qu'ils s'inspirent de l'exemple du Père commun des fidèles, dont les sentiments nous sont exprimés avec tant de relief, dans la lettre publique du cardinal secrétaire d'Etat, en date du 23 avril de la présente année :
Parmi [les enfants les plus fidèles de l'Eglise] méritent une mention particulière ses fils de France, les enfants de cette nation qui, à juste titre, a été appelée la fille aînée de l'Eglise, qui donna toujours des preuves splendides de sa générosité pour les œuvres catholiques, spécialement pour les missions, etquiprésente en ce moment, et depuis plusieurs mois, d'un bout à l'autre de son territoire, à l'armée comme dans les ambulances et les hôpitaux et jusque dans la moindre bourgade, des manifestations éclatantes de foi et de piété dont le Saint-Père est grandement consolé.
La Propagande catholique française à la fin de 1915
Paris, 20 décembre 1915.
L'activité du Comité catholique de Propagande française à l'Étranger n'aura pas été infructueuse.
Outre le Bulletin de Propagande française (mensuel) destiné à ses propres adhérents, le Comité publie trois Bulletins en langues étrangères (anglais, espagnol, portugais) destinés aux catholiques de différents pays neutres d'Europe et des deux Amériques. Chaque semaine, une correspondance relative aux événements et aux contre-coups de la guerre et un lot de volumes ou de brochures de propagande catholique et française sont expédiés à 1.069 journaux de l'étranger : 110 de langue portugaise, 134 de langue italienne, 145 de langue allemande, 166 de langue française (en pays neutres), 198 de langue anglaise et 316 de langue espagnole. Beaucoup de ces journaux insèrent régulièrement l'article, traduit dans la langue du journal destinataire, qui accompagne l'envoi et explique le contenu de chaque volume ou de chaque brochure.
Mais le meilleur résultat de la propagande du Comité catholiqueestla diffusion considérable, à travers le monde entier, de l'ouvrage et de l'album La Guerre allemande et le Catholicisme, soit dans le texte français lui-même, soit dans les diverses traductions étrangères. Cette publication a réconforté les nombreux amis de la cause française parmi les catholiques des pays neutres; elle les a utilement armés de textes et de faits pour répondre aux apologistes de la cause allemande ; elle a éclairé beaucoup
d'âmes de bonne foi. Certains catholiques étrangers, d'abord séduits par la propagande germanique, ont loyalement et publiquement rectifié leurs appréciations antérieures. D'autres ont appris, du moins, à hésiter, à douter, à comparer, bref à revenir sur une assurance que les publications inspirées par l'Allemagne avaient paru, d'abord, rendre imperturbable et incoercible. Ce n'est pas en vain, grâces à Dieu, qu'a été répandue partout la bonne semence de la vérité qui délivre.
Rien ne prouve plus clairement la réalité des sympathies acquises, en bien des milieux catholiques, à la France et aux Alliés par l'action du Comité catholique de Propagande française à l étranger que la vivacité des plaintes, des inquiétudes et parfois même des colères manifestées par les catholiques allemands. Ils ont constaté que leur propagande chez les catholiques des pays neutres se heurtait maintenant à une autre propagande méthodique et organisée qui luttait, non sans d'appréciables succès, contre les influences germaniques. Ils ont donc rendu plus intensive leur exportation de tracts, de brochures et de volumes. Ils ont cherché surtout à ruiner le crédit de l'ouvrage et de l'album La Guerre allemande et le Catholicisme, multipliant les ripostes, les réfutations, les contre-attaques. Le principal plaidoyer publié en réponse au volume de propagande française est incontestablement l'ouvrage de M. le chanoine Rosenberg, de Paderborn, Der deutsche Krieg und der Katholizismus : ouvrage qui prétend anéantir les accusations formulées contre l'Allemagne contemporaine et dresser lui-même contre les Alliés des accusations non moins redoutables; ouvrage dont l'auteur mérite, d'ailleurs, notre gratitude sincère pour la charité agissante qu'il témoigne aux prisonniers français détenus en Allemagne.
N'opposer aucune réponse directe aux apologies allemandes serait, dans la situation présente, abandonner le champ de bataille et paraître avouer la force victorieuse des arguments opposés au Comité catholique de Propagande française par les écrivains catholiques d'outre- Rhin. Nous ne nous dissimulons pas combien déplorable est ce duel d'artillerie entre catholiques français et catholiques allemands devant l'aréopage constitué par les catholiques des pays neutres. Il n'est pas douteux que, de ce chef, la fraternité chrétienne ne subisse partout de lamentables dommages. C'est l'un des douloureux scandales de la grande guerre. Néanmoins, il faut reconnaître que, chez les plus estimables représentants du catholicisme français et du catholicisme allemand, le respect mutuel empêche la polémique, quelle qu'en soit la vivacité, de franchir certaines limites. Il faut reconnaître que, de part et d'autre, on obéit à l'ardente préoccupation de défendre et de justifier son pays, de le présenter même comme le champion de la justice et du bon droit. Mais il faut reconnaître pareillement que le bon droit lui-même n'est pas des deux côtés à la fois et que, si la conviction est loyale de part et d'autre, il est un des deux groupes de belligérants où elle repose (quant à l'essentiel) sur des textes et des faits moralement irrécusables, tandis qu'elle ne peut reposer, dans le groupe adverse, que sur l'illusion passionnée d'un patriotisme mal compris. On doit enfin reconnaître que, dans le domaine de la propagande chez les catholiques des pays neutres, les choses se passent comme dans la zone des opérations militaires : les Allemands ont engagé la lutte avec l'énorme avantage d'une préparation savante et d'une attaque brusquée ; les Français et leurs Alliés ont été, d'abord, étourdis par la violence et la soudaineté de l'agression ; ce n'est que
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laborieusement, tardivement, qu'ils ont organisé, sous le feu de l'ennemi, leur grand effort d'action et de propagande. 11 est vraiment par trop clair que nous ne sommes pas les provocateurs.
Le Comité catholique de Propagande française à V étranger vient de publier un nouvel ouvrage collectif qui servira de réponse d'ensemble aux critiques formulées par les catholiques allemands contre les thèses capitales du volume précédent : La Guerre allemande et le Catholicisme. Le nouvel ouvrage a pour titre : L'Allemagne et les Alliés devant la Conscience chrétienne.
Nous n'avons pas la prétention de lui consacrer, en ces quelques lignes, la moindre étude critique. Nous voulons uniquement signaler le volume à l'attention bienveillante de nos lecteurs catholiques de France et de l'étranger.
Le plan du recueil et le motif de sa publication, tel est l'objet de la préface, d'allure grave et digne, de ton ferme, de style net, qui a pour auteur Mgr Baudrillart. Les péripéties de la controverse de ces derniers mois, entre catholiques français et catholiques allemands, sont résumées avec une visible droiture, dans le chapitre final du volume, par M. François Veuillot : La « Guerre allemande et le Catholicisme » devant V Opinion. M. Veuillot a également rédigé le texte du second album, récemment paru, de « Documents photographiques illustrant la conduite respective des armées allemande et française àl'égard de l'Eglise catholique. » Le titre de l'album est toujours: La Guerre allemande et le Catholicisme.
Deux chapitres ont un caractère de polémique diecte contre les allégations (un peu trop suffisantes) des catholiques allemands. Mgr Batiffol répond à M. Schroers et à M. Rosenberg, d'après lesquels la victoire austro-allemande serait un immense bienfait pour le
catholicisme, tandis que la victoire de la France et des Alliés serait un désastre pour la véritable Église. D'où le titre du chapitre : Les Alliés et le Catholicisme, modèle de discussion claire, loyale, courtoise, quelquefois mordante et malicieuse, où l'auteur montre qu'il n'ignore pas les délicates complexités du problème et où il développe plusieurs considérations d'une Frappante justesse. M. Edmond Bloud étudie : Le « Nouveau Centre » et le Catholicisme. L'auteur prend parti dans certaines querelles de politique intérieure, entre catholiques allemands, dont nous ne nous flattons pas, pour notrepart, d'avoir démêlé l'exacte signification. Quoi qu'il en soit du détail des faits, M. Bloud établit victorieusement, tout au moins, que les dirigeants actuels du Centre allemand ne réalisent pas, depuis plusieurs années, l'idéal du rôle qui conviendrait à des catholiques dans la vie sociale et politique des Etats.
Trois autres chapitres concernent l'attitude respective de l'Allemagne et des Alliés dans les événements de la grande guerre européenne du vingtième siècle. M. de Lanzac de Laborie traite des Origines de la Guerre, ou, en d'autres termes, des causes et des responsabilités du conllit. Les faits historiques sont évoqués, résumés, interprétés avec une maîtrise supérieure. Les pages écrites par M. de Lanzac de Laborie (et les pages écrites par Mgr Batifïbl) nous semblent être les plus alertes et les plus brillantes du volume. M. le baron Denys Cochin, ministre d'Etat, consacre des réflexions incontestablement judicieuses à La Violation de la Neutralité belge*.
1. Peut-être la présence d'un catholique et d'un monarchiste aussi notoire que M. Deuys Cochin parmi les membres actuels du gouvernement français aura-t-elle, du moins, pour heureux effet d'impressionner favorablement les catholiques des pays neutres. En acceptant de siéger au banc des ministres, M. Cochin a eu certainement pour intention de
Un autre problème délicat : Le Régime des Prisonniers de Guerre en France et en Allemagne, est étudié avec spéciale compétence par l'un des plus hauts dignitaires de la Croix-Rouge française, M. le baron d'Anthouard, ministre plénipotentiaire.
Enfin, deux chapitres d'une importance toute particulière abordent les questions de doctrine. La France et V Allemagne devant la Doctrine chrétienne de la Guerre, tel est le titre de la belle étude de Mgr Chapon, évêque de Nice. Les félicitations d'un grand nombre de prélats français, reproduites à la fin du volume, en soulignent la valeur et l'autorité. Lorsque ce substantiel travail parut, d'abord, dans le Correspondant, les conclusions principales de Mgr Chapon furent présentées au grand public, avec de justes éloges, par M. Denys Cochin dans le Figaro, par M. de Lamarzelle dans le Gaulois, parM. Dimier dans l'Action française, par M. Judet dans V Eclair. Le présent volume colportera les graves enseignements de l'évêque de Nice chez les catholiques des pays neutres. Quant au chapitre sur les Droits et Devoirs des Belligérants, il estPœuvre du H. P. Janvier etil estdigne de son auteur. Les principes de la théologie morale et du droit international y sont formulés avec la solidité de doctrine, la clarté, la fermeté d'accent que connaissent de longue date les auditeurs des conférences de Noire-Dame. L'application des principes aux événements de la guerre actuelle est faite avec une vigoureuse énergie, mais aussi avec toutes les nuances nécessaires et avec le respect absolu des droits de la vérité, même à l'égard de l'ennemi. Au sujet de l'épineuse question des représailles, le R. P. Janvier s'exprime dans un langage véritablement
rendre évidente l'erreur de ceux qui persévéreraient a représenter ta France de 1914-1915 comme incarnant purement et simplement la caute du jacobinisme et de l'irréligion.
admirable de rectitude théologique et de sens chrétien.
Résumons d'un mot la conclusion quise dégage de tout le volume : désirer la victoire allemande et redouter la victoire française par sympathie pourles intérêtsducatholicisme, c'est commettre une erreur grave au sujet de l'Allemagne — une erreur grave au sujet de la France — et c'est méconnaître la sainteté du droit.
Nous ne doutons pas de la loyale réponse que trouvera, chez les catholiques des pays neutres, ce loyal appel à la Conscience chrétienne s .
1. L Allemagne et les Alliés devant la Conscience chrétienne. Paris, liloud et Gay, in-S°. Prix net: 3 fr. 60.
— La Guerre allemande et le Catholicisme. Second Album. Paiis, Bloud et Gay, in-4°. Prix net : 1 fr. 20.