‹ Les Luttes présentes de l'EgliseChapitre 20 sur 39 · ATRIE · texte numérisé non relu

ATRIE

sentimento di giusta delicatezza verso coloro che spontaneamente avevano offerto la confessione del loro operato.

Mais les circonstances récentes ont obligé le Saint- Siège à devenir plus explicite pour bannir tout malentendu possible. Désormais, il existe donc une déclaration officielle et publique du Vatican, qui affirme en toutes lettres que la violation de la neutralité belge par l'Allemagne a été réprouvée formellement par Benoît XV comme contraire à la morale, au droit et à la justice.

Au sujet de la conduite des Allemands à l'égard du cardinal Mercier, la lettre adressée par le cardinal Gasparri à M. van den Heuvel rétablit et apprécie les laits avec autant de modération que d'exactitude et de netteté. La note de l'archevêché de Paris résume très fidèlement, quant à l'essentiel de leur teneur, les paroles du cardinal secrétaire d'Etat : « Si le cardinal Mercier n'a pas subi à' arrestation proprement dite, il a subi des restrictions graves de sa liberté dans l'exercice de son ministère épiscopal, restrictions contre lesquelles le Saint-Siège a plusieurs fois réclamé. »

Enfin, au sujet des prêtres fusillés, des multiples destructions d'édifices religieux et scientifiques et des vexations de tout ordre imposées au malheureux peuple belge par ses envahisseurs, la lettre du cardinal Gasparri énumère plusieurs d'entre les nombreuses interventions de BenoîtXV auprès des autorités allemandes et auprès des divers groupements

religieux, intellectuels et charitables, organisés en Belgique ou pour la Belgique. Témoignage non équivoque de la sollicitude affectueuse, active, souvent efficace, du Père commun des fidèles pour remédier dans toute la mesure du possible aux souffrances de la Belgique martyre et lui épargner de nouvelles épreuves.

Aucun observateur impartial n'en pourra disconvenir. La pièce de chancellerie que nous venons d'analyser contient les précisions les plus claires, les plus importantes, les plus heureuses sur l'attitude de Benoît XV envers la Belgique. Qu'il ne soit donc plus question de certaines doléances dont l'injustice est, aujourd'hui, devenue manifeste et qui reposaient exclusivement sur un odieux malentendu.

UOsservatore Rornano du 30 juillet a publié le texte italien d'un Appel du Pape Benoît XV aux peuples belligérants et à leurs chefs (28 juillet). Une traduction française (plutôt défectueuse) de ce document a paru dans les journaux de Paris, en date du 1er août.

Sans jamais se lasser ni se décourager, le Vicaire de Jésus-Christ réitère, comme ministre suprême du Dieu de Paix, ses adjurations émouvantes pour le prompt rétablissement d'une paix conforme à la justice. Reproduisons le passage le plus significatif du texte pontifical :

Vous qui portez, devant Dieu et devant les hommes, la terrible responsabilité de la paix et de la guerre, écoutez notre prière; écoutez la voix paternelle du Vicaire du Juge éternel et suprême, à qui vous devez rendre compte de vos entreprises publiques comme de vos actions privées.

...Et l'on ne peut pas dire que l'immense conflit ne peut se terminer sans la violence des armes. Qu'on abandonne cette folie de destruction et qu'on réfléchisse que les nations ne périssent pas. Humiliées et opprimées, elles portent en frémissant le joug qui leur est imposé et préparent leur revanche, transmettant de génération en génération un triste héritage de haine et de vengeance.

Pourquoi ne pas peser dès maintenant, avec une sereine conscience, les droits etles justes aspirations des peuples? Pourquoi ne pas entamer de bonne volonté un échange direct ou indirect de vues ayant pour but de tenir compte, dans la mesure du possible, de ces droits et aspirations, et aboutir ainsi à mettre fin à cette lutte effroyable, comme cela est arrivé déjà en des circonstances analogues?

Qu'il soit béni celui qui, le premier, élèvera une branche d'olivier et tendra la main à l'ennemi en lui offrant des conditions raisonnables de paix! L'équilibre du monde, la prospérité, la sécurité, la tranquillité des nations reposent sur la bienveillance mutuelle et sur le respect des droits d'autrui, de la dignité d'autrui plus que sur la multitude des armées et la formidable enceinte des forteresses.

...Qu'une fois l'empire du droit rétabli (les peuples) décident de confier dorénavant la solution de leurs différends, non plus au tranchant de l'épée, mais aux raisons d'équité et de justice étudiées avec le calme et la pondération nécessaires. Elle sera leur conquête la plus belle et la plus glorieuse...

Inutile de dire que l'Appel du Pape aux belligérants a provoqué, dans la presse anticléricale de notre pays, une nouvelle explosion d'injures et de calomnies contre le Souverain Pontife, depuis les violentes diatribes de M. Clemenceau dans V Homme Enchaîné jusqu'aux dérisions des modérés du Temps.

Le répertoire n'a guère varié. Benoît XV, répètent-ils, ne veut reconnaître aucune différence entre ceux qui ont voulu la guerre et ceux qui l'ont subie, entre les «provocateurs» et les « provoqués ». Benoît XV, prétendent-ils encore, cherche à faire conclure une paix qui, actuellement, ne pourrait qu'être avantageuse à l'Allemagne et à l'Autriche. Benoît XV serait donc l'ennemi de la France et trahirait, en même temps, la mission qu'il s'attribue de défenseur de la justice et du droit.

Présenter les choses sous cet aspect équivaut à chercher de parti pris une mauvaise querelle... d'aucuns diraient volontiers une querelle cC Allemand.

Gomment peut-on vouloir sérieusement que, dans un Appel destiné à provoquer des ouvertures de paix, le Souverain Pontife lance l'anathème contre une ou plusieurs des puissances qu'il convie à prendre part aux négociations éventuelles? Une médialion en vue de la cessation d'un conflit, dans des conditions aussi conformes que possible au bien commun et à l'équité, n'est pas la même chose qu'un jugement solennel et rétrospectif sur les responsabilités morales des uns et des autres dans les causes originelles du conflit.

D'autre part, comment ose-t-on prétendre que la paix suggérée par Benoît XV consacrerait nécessairement l'hégémonie allemande, les usurpations allemandes ? Le document pontifical répète, au contraire, que la paix à conclure devrait comporter essentiellement la réparation des injustices commises, qu'elle devrait tenir compte, dans un esprit de loyale équité, « des droits et des justes aspirations des peuples ». N'est-ce pas faire assez comprendre qu'une telle paix exigerait de l'Allemagne des sacrifices considérables, au nom même du respect et de la restauration du droit méconnu ?

Au nombre des réparations qui s'imposent le plus rigoureusement à l'Allemagne figurent, sans contredit, les immenses indemnités de tout ordre dont elle est redevable envers la Belgique, et, en premier lieu, le rétablissement politique de l'indépendance du royaume et de la souveraineté du roi. Or, la publication de l'Appel du Pape aux belligérants n'est pas même postérieure de quinze jours à la publication de la lettre officielle du cardinal Gasparri à M. van den Heuvel : document où le Saint- Siège prend positivement la défense de la Belgique, réprouve formellement la violation de l'indépendance et de la neutralité belges. Benoît XV a fait pour la Belgique ce que n'a osé faire aucun souverain, aucun chef d'État qui ne fût pas belligérant; et la rumeur circule dans le monde diplomatique que le gouvernement allemand aurait demandé au Souverain Pontife des explications sur ses déclarations officielles en faveur du royaume de Belgique-

Pourquoi donc prétendre, alors, que Benoît XV, en adjurant les princes et les peuples de faire la paix, se désintéresse de la réparation des injustices commises ou de la restauration du droit violé ? Pourquoi donc prétendre que Benoît XV sacrifie la juste cause des Alliés et propose la paix que voudrait V Allemagne? Pourquoi M. Clemenceau lance-t-il à Benoît XV cet outrage monstrueux : « Ce serait une paix de Boche, ô Pontife du Saint-Empire? »

Disons toute la vérité. Nous n'espérons guère que les vues généreuses, chrétiennes et saintes du Pontife Romain trouventprochainementleur réalisation. Nous n'espérons guère que l'Allemagne, dont les troupes conquérantes étendent aujourd'hui leur domination des abords de Compiègne à ceux de Varsovie, consente volontairement à opérer toutes les restitutions et réparations, à subir toutes les amputations justes et nécessaires que réclamerait une paix solide, durable, conforme au droit. Il est à présumer que la paix conforme au droit ne deviendra réalisable qu'à la date encore mystérieuse où le colosse germanique aura chancelé, succombant à l'épuisement d'une lutte gigantesque. C'est seulement après des modifications décisives dans la situation militaire que nous espérons voir luire l'aurore bénie de cette paix qui vient de Dieu, de cette paix réparatrice qui, selon le très beau langage de Benoît XV, consacrera « les droits et les justes aspirations des peuples».

Néanmoins, nousmaintenons que le Pontife Romain agit conformément à son droit et à son devoir lorsqu'il

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adjure les princes et les peuples belligérants de mettre un terme à l'épouvantable effusion du sang humain, et, par conséquent, d'accepter sans tarder le principe d'une paix fondée sur un meilleur équilibre des forces politiques, sur les réparations équitables, sur le droit et la justice. Serviteur du Dieu de paix, pasteur de tous les chrétiens, dépositaire des enseignements évangéliques, il exerce un ministère d'union, de pacification, de réconciliation. D'autres ont la charge des intérêts temporels, terrestres, des États et des peuples. Mais sa première charge, à lui, est de veiller aux intérêts spirituels, éternels des âmes dans toute la grande famille qui a Dieu pour Père et qui comprend le monde entier.

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