‹ Les Luxations Pathologiques dans les Arthrites BlennorrhagiquesChapitre 11 sur 17 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(F. Widal. Bulletin de la Société médicale des Hôpitaux de Paris, 26 juillet 1805.) Luxation spontanée de la tête du radius droit au cours

d'hydarthrose blennorragique à bascule des deux coudes.

Il s’agit ici d'un malade âgé de 24 ans, qui au début d’une blennorragie commença à souffrir d'arthropathies qui gagnèrent successivement les articulations du genou, les tibiotarsiennes, celles de l’épaule etles deux temporo-maxillaires. Cette attaque de rhumatisme blennorragique fut assez sévère pour nécessiter un long séjour à l'hôpital Bichat, d’où il sortit guéri au bout de deux mois et demi.

Plusieurs mois après il contracta une blennorragie, et trois semaines plus tard fut pris à nouveau d’arthralgies qui cette tois se localisèrent au niveau des deux coudes. Le coude gauche fut pris le premier. Tuméfaction douloureuse et impotence persistèrent pendant huit jours. Puis le coude droit fut pris à son tour avec distension du cul-de-sac supérieur qui forme en arrière une bosse énorme soulevant le tendon du triceps. La ponction permit de recueillir un liquide rougeâtre dans lequel cependant on ne put mettre le gonocoque en évidence.

Au bout de huit jours l’épanchement se reforma et on constata avec un grand étonnement que la tête du radius était luxée.

Cette luxation s’est effectuée sans douleur, spontanément,

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sans que le malade en ait eu conscience. Le coude droit est déformé, incapable de tout mouvement etimmobilisé en demiflexion. L’avant-bras est en pronation et le patient ne peut lui faire exécuter le moindre mouvement, Le bras et l’avantbras forment ensemble un angle de 110 degrés environ qui regarde en dedans. On palpe facilement la tête du radius, et on en sent nettement le pourtour, qui fait saillie sous la

peau à la partie externe du pli du coude.

Cette observation nous est une preuve dela facilité d’erreur de diagnostic du rhumathisme blennorragique avecle rhumatisme articulaire aigu. Un examen superficiel du malade, atteint de douleurs atteignant un si grand nombre d’articulation peut en effet faire penser au premier abord au rhumatisme franc. Cette forme polyarticulaire du rhumatisme blennorragique par ses analogies avec le rhnumatisme articulaire aigu nous explique que dans les luxations pathologiques une si grande part soit faite à cette dernière affection.

Nous notons aussi ce fait quenous ne rencontrerons pas dans la plupart de nos observations, que la luxation s’est produite sans que le malade s’en aperçoive. Ceci nous prouve le pouvoir destructif du processus infectieux blennorragique sur les liens articulaires. Ceux-ci dans le cas qui nous occupe ont été distendus par l'hydarthrose puis altérés dans leur structure au point de rompre et de laisser échapper la tête du radius sans qu'un traumatisme appréciable ait put être invoqué pour l'expliquer.

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