‹ Les Luxations Pathologiques dans les Arthrites BlennorrhagiquesChapitre 12 sur 17 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Harley dans le British Medical Journal du à mai 1896 rappellerau cours de la communication qu'il fait le cas suivant :

Une jeune femme est atteinte de rhumatisme gonococcique. Au cours de cette affection Harley fut appelé un jour à constater une luxation de l'épaule droite, articulation qui avait été le siège de rhumatisme blennorragique.

Il effectua la réduction, par un procédé qui n’est pas mentionné, et appliqua un appareil d’immobilisation comme pour une fracture de la ciavicule. Cet appareil consistait en un simple bandage et la malade guérit.

Comme nous venons de le dire c’est au cours d’une communication que Harley fit ce récit, faisant uniquement appel à sa mémoire sur le cas qu'il cite et c’est pourquoi cette observation est si pauvre en détails. Nous avons tenu cependant à la faire figurer dans notre statistique et elle nous intéresse spécialement par lerésultat fonctionnel intéressant qu'on obtint : dans la plupart de nos observations en effet, la luxation n'a pu être réduite. C'est aussi une localisation

rare de cette affection.

OBSERVATION V (Dr À Halipré, La Normandie Médicale, 1902)

Rhumatisme blennorragique grave.

Il s’agit d'un jeune homme de 28 ans atteint de blennor-

ragie qui au cours de son affection urétrale voit se déve-

lopper un rhumatisme articulaire qui a présenté une gravité exceptionnelle. Les douleurs d’abord localisées au genou gauche se sont ensuite étendues à l’articulation de la hanche. Ces douleurs sont extrêmement violentes et rendent tout mouvement impossible. La région extrêmement gonflée est très douloureuse à la pression, La fièvre qui atteint 39° le soir, diminue d’environ un degré le matin, et se maintient ainsi pendant plusieurs semaines.

Au bout de deux mois et demi environ les douleurs cessèrent et la température revint à la normale. Mais l’articulation de la hanche reste profondément touchée. Il existe une ankylose à peu près absolue de l'articulation coxo-fémorale avec un raccourcissement apparent du membre inférieur de six centimètres. Le raccourcissement réel atteint seulement 1 à 2 centimètres.

La radiographie montre une tête fémorale dont la netteté des contours a disparu et on y note même une encoche profonde qui semble diviser cette tête en deux parties.

Le malade fut atteint pendant ces manifestations articulaires d’uneiritis blennorragique qui guérit sans laisser de

séquelles.

Dans la discussion qui suivit nous relevons cette importante constatation faite par Cerné :

Les rapports de la tête fémorale avec les différentes parties de l’os iliaque, nous dit-il, sont anormaux et cette constatation radiographique nous permet d’aflirmer qu'il y a une luxation de l'articulation

coxo-fémorale.

De sorte que ce qu'Halifré considère comme une

? . r» + ankylose n’est qu’une luxation véritable et cela nous

permet de rapporter cette observation qui peut ainsi rentrer dans notre statistique.

OBSERVATION VI (Drehmann). (1)

Marie R. Un an et demi.

A 2 jours on note une ophtalmie purulente intense. Au quatrième jour la mère de cette enfant remarque un fort gonflement de la hanche gauche qui est surtout marqué dans la région inguinale et dans le voisinage des adducteurs. Ces signes rétrocèdent seulement au bout de quelques semaines. Mais à l’âge de 3 mois, le médecin remarque un raccourcissement très net du membre inférieur gauche. L'enfant commence à marcher à l’âge de 1 an. Bien qu’elle ne semble accuser aucune douleur, elle boite fortement.

Quand je vis l'enfant à un an et demi, l'aspect était celui de la luxation congénitale. La radiographie faite à cette époque montre une ascension de la tête fémorale semblable à celle qu'on observe dans la luxation congénitale de la hanche, sans modification des contours ni du cartilage épiphysaire.

La réduction fut faite en octobre 1900 comme pour une luxation banale, sans incidents. Actuellement l'enfant marche sans appareil, la tête est en place etles mouvements

sont normaux.

1. Des inflammations articulaires du nouveau-né et de leur rôle étiologique dans les déformations ultérieures (Zeitschrift Jür ortho., 1904).

Nous avons apporté cette observation bien que la présence du gonocoque n’y soit pas relatée; mais l'existence d’une ophtalmie purulente dans létio= logie des manifestations articulaires qui y sont décrites nous fait supposer qu'il s'agissait là, selon toute vraisemblance, d'une luxation d’origine blennorragique. Nous tenions cependant à faire cette réserve au sujet de cette communication.

OBSERVATIONS VII, VIEIL, 1X, X, XI, XII, XIII et XIV

(Coopermann, Ann. J. of Diseases of Children,

février 1926.)

Coopermann a observé 8 luxations de la hanche,consécutives à des arthrites blennorragiques. Iles a relevées dans 53 cas de polyarthrites gonococciques qu'il eut à examiner.

Il note qu'il n'y eut aucun cas de double infection de la hanche.

C'était du septième au neuvième jour après la naissance que débutaient ces aflections par un rash, avec une légère élévation de température. Deux semaines après la naissance l'articulation est douloureuse et les mouvements ÿ sont impossibles. On note aussi des écoulements rectaux et vaginaux. Puis apparaissent des localisations purulentés de cette pyémie : les abcès se collectent en différents endroits et spécialement au creux ischio-rectal.

On trouve des gonocoques dans les écoulements rectaux

et vaginaux, dans les abeès, et dans les sérosités articu-

laires.

Re Wie

Coopermann ajoute que quand il examina ces enfants

N : CPR . .

l'affection remontait à trois ou quatre semaines.

Sur 8 localisations du rhumatisme blennorragique à la hanche, aucune n'échappa à la luxation que Coopermann constata au premier examen.

El trouva dans l’ensemble les symptômes suivants qui ne permettent pas de douter de l'existence de ces luxations :

1° Flexion de la cuisse sur l’abdomen ;

2° Tuméfaction de la partie supérieure de la cuisse et de la fesse ;

30 Limitation des mouvements passifs dans toutes les directions ;

4° Ascension du grand trochanter au-dessus de la ligne de Nélaton ;

5° On note aussi un spasme marqué du psoas (impossibilité d'étendre le membre malade) ;

‘69 Courbure de la colonne vertébrale, observée dans chaque cas. Cette courbure ou distorsion était due au spasme tonique du psoas iliaque et des muscles lombaires, et disparut d’ailleurs complètement au deuxième ou troisième mois.

De plus chez trois de ces enfants on note une pseudo-paralysie de la jambe au-dessous du genou avec atrophie du mollet que Coopermann attribue à une infiltration du plexus lombo-sacré, par l’inflammation péri-articulaire.

On fait remarquer encore qu'il fut impossible de déceler une suppuration intra-articulaire. On fit cependant de nombreuses ponctions, mais les tissus mous étaient si tuméfés et épaissis, l'articulation si profonde qu’il était pratiquement impossible d'atteindre l’exsudat intra-articulaire avec

l'aiguille aspiratrice.

LE QD ES

La radiographie faite pour chaque cas a apporté une preuve de plus pour l'existence de la luxation.

Chose intéressante, ces enfants résistèrent d’une façon remarquable à l'affection, et on ne nota pas une seule mort.

Traitement. — Ces enfants furent mis dans un appareil plâtré prenant le thorax et le membre inférieur malade.

Après six à sept semaines, disparition de la douleur et de la sensibilité. Les déformations vertébrales disparaissent elles aussi.

On peut obtenir une extension presque complète de la cuisse et l’amplitude des mouvements passifs est très nettement augmentée dans tous les sens. Mais la tuméfaction persiste et la luxation n’est pas réduite.

On fait alors de la diathermieet du massage. Ces malades sont encore en observation. Ils ont quatorze mois et sont florissants.

La luxation persiste avec raccourcissement.

Les mouvements sont faciles eton ne remarque ni atrophie musculaire ni paralysie.

On essaiera de réduire la luxation vers l’âge de 18 mois, mais actuellement la crainte de réveiller l'infection latente ou de fracturer des os fragiles fait redouter tout essai de réduction.

Les écoulements rectaux et vaginaux ont cessé,

Le vaccin antigonococcique a été essayé sans résultat.

Nous soulignons l'importance de ces observations. Le nombre de cas relatés atteint à lui seul pres-

que le tiers de ceux que nous avons pu recueillir.

mu 133 Va

Nous les rapprocherons d’une communication de Drehmann parue en 1904 sur « les inflammations articulaires du nouveau-né etde leur rôle étiologique dans les déformations ultérieures ».Get auteur rapporte sept observations d’enfants atteints « d’inflammations articulaires » ayant présenté sensiblement le syndrome que Coopermann nous a décrit précédemment. On y notait dès les premiers jours de la vie des douleurs articulaires au niveau de la hanche immobilisée en flexion, un gonflement marqué de la région malade qui durait quelques semaines et évoluait soit vers un abcès, soit vers une résorption lente et progressive. Tout semblait rentrer dans l’ordre et pourtant au bout d'un temps plus ou moins long on voyait apparaître dans certains cas les signes cliniques d’une luxation, qu’on traita par la réduction et l’immobilisation.

Dans ces 7 cas nous n’avons relevé qu’une seule luxation ayant dans son étiologie une ophtalmie purulente bien en faveur de la nature gonococcique. On peut se demander s’il n’y aurait pas eu lieu de rechercher avec plus de persévérance, si le gonocoque ne pouvait avoir une place plus importante dans la pathogénie des luxations que cet auteur nous décrit.

Les observations de Coopermann,entous cas,nous démontrent que la luxation consécutive aux arthrites gonococciques est loin d’être rare puisque sur 53 arthrites de ce genre on a relevé 8 luxations. Cela fait l’importante proportion de 15 %.

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