‹ Les Luxations Pathologiques dans les Arthrites BlennorrhagiquesChapitre 13 sur 17 · C. Coudray · texte numérisé non relu

C. Coudray

— (4 me

Des travaux de ces deux auteurs il résulte que cette affection non traitée se présente lorsque l’en+ fant commencé à marcher, avec l’allure clinique d’une luxation congénitale,

Îl nous est permis de supposer que quelques luxations dites congénitales ont peut-être été des luxa: tions pathologiques du nouveau-né et que le gonocoque, entre autres agents, a pu jouer un rôle étiologique important,

OBSERVATION XV (Delteil, Thèse de Paris, 1926.) Observation du D: Mondot.

Le 1‘ février à 8 heures du soir, je suis appelé auprès d'uné malade qui est couchée depuis trois semaines pour une affection fébrile grave. Cette jeune fille dé 20 ans a été prise en pleine santé d’une atroce douleur soudaine le 11 janvier 1926. Cette douleur siégeait dans la fesse gauche, empêchait la station debout, et forçait la malade à s’alitér.

Le salicylate de soude ne calma pas la douleur, ne fit pas baisser la température qui depuis le premier jour resta fixée à 39 degrés,

Le février à 6 heurés du soir, un médecin consultant appelé par le médecin traitant porte le diagnostic de phlegmon de la fosse ischio-rectale. Lorsqu'on me demande auprès de la malade c’est pour une incision d'urgence.

Mais je vois une malade dont la cuisse gauche est en flexion, adduction et rotation interne très marquée, dont les deux mains fixent et protègent la cuisse dans cette position. Il est aisé, én une seconde, d'écarter l'hypothèse d'un phlegmon ischio-rectal et assez facile de localiser à l’articu-

FAT qu

lation de la hanche des phénomènes inflammatoires si violents. L'examen est cependant rendu délicat par l'intensité des phénomènes douloureux.Le palper du triangle de Scarpa et de la fesse arrachent des cris à la malade, L’empâtement de ces deux régions est manifeste, largement étalé. Ce qui est caractéristique c’est que le moindre mouvement transmis à la tête fémorale fait hurler la malheureuse. En agissant avec plus de douceurau niveau du genou, tout essai deflexion» d'extension et de rotation de la hanche est un supplice. Il faut bien insister sur cette douleur car elle est le symptôme le plus frappant et elle ne sera pas sans avoir sur la maladie son influence.

Je porte le diagnostic d’arthrite aiguë coxo-fémorale, je dis au médecin mes raisons de penser à une arthrite gonococcique : caractère phlegmoneux des lésions, douleur extrême, soudaineté du début. À ce moment un interrogatoire plus minutieux m’apprend qu’il y eut une arthralgie du poignet gauche pendant deux ou trois jours avant l'atteinte brutale de la hanche.

Transportée à Beaujon, mon premier soin est de réduire cette position vicieuse dans laquelle la malade est fixée depuis trois semaines et d’immobiliser cette articulation dont les douleurs n’ont pas permis le sommeil depuis vingt jours. Anesthésie générale, Grand appareil plâtré. Coxalgie. Cuisse en extension, pied à angle droit. Je fais faire une radiographie et fais un prélèvement des écoulements vaginaux. Je constate qu'il existe un certain degré de vulviteet que la malade est vierge (hymen à petite ouverture n’admettant pas l'index).

L'examen bactériologique est négatif.

En revanche l'examen radiographique montre à l'évidence deux signes :

19 La disparition de l’interligne articulaire ; 20 Une ostéoporosetrès marquée de la tête fémorale,ostéoporose surtout appréciable à la partie supérieure de la tête. Une injection sous-cutanée de 1 centimètre cube de lipovaccin antigonococcique est faite lejour même de sonentrée. La fièvre le lendemain s’abaisse brusquement à 37 degrés alors que depuis le début elle était de 39 degrés environ. Le traitement par le lippo-vaccin (lipogon) est continué (injection sous-cutanée tous les quatre jours). La malade a une température qui ne dépasse plus 38 degrés, mais des douleurs encore épouvantables. | Malgré l'appareil plâtré ces douleurs sont telles qu'il faut faire chaque soir de la morphine et que le moindre soin de toilette donné par les infirmières est un réveil de cris. La malade en arrive, par crainte du bassin à glisser, à uriner sous elle, sans prévenir. Il en résulte bientôt une escarre sacrée importante dont les pansements vont donner lieu à des crises de larmes qui affligent le personnel.La maladie est véritablement atroce et grave.La malade ne dort pas,devient cachectique, a une large escarre. Le lipogon est continué sans autres gains que la chute de température, dont on peut aussi accorder le bénéfice à l’immobilisation par le plâtre. Il convient d'indiquer que,au cinquième prélèvement de pus vaginal, l'examen bactériologique a révélé la présence de gonocoque pur.

Je fais une nouvelle radiographie le 95 février. Elle est déconcertante. Dans la gouttière plâtrée qui semblait l’im-

mobiliser, la malade est en train de réaliser une luxation

pathologique. La tête fémorale semble à demi amputée par le sourcil cotyloïdien. La moitié inférieure du cotyle est désertée. Ce qui reste de la tête est en subluxation en haut et en arrière.Les choses se passent comme si le rebord cotyloïdien, à la façon d'un instrument tranchant, tranchait, réséquait cette tête poreuse dont la première radiographie montrait la décalcification aiguë.

Je fais supprimer la gouttière plâtrée et appliquer l’extension continue.

La malade en éprouve un grand soulagement. De ce jour les phénomènes douloureux cessent. Le lipogon est continué pendant quinze jours encore ; l'état général de la malade s'améliore. Elle mange, dort et ne redoute plus le pansement de l’escarre.

Une nouvelle radiographie le 15 mars montre que l’extension n’a pas corrigé la subluxation. Par crainte d’une ankylose en attitude tout à fait vicieuse, je n’ose pas placer cette cuisse en flexion, rotation externe et abduction qui favoriserait le retour de la tête. Je fais faire un appareil plâtré par le Dr Robert Ducroquet. La malade le gardera deux mois. Elle ne souffre plus, engraisse et répare vite son escarre.

Le 15 mai, l'appareil est enlevé. La malade a une cuisse gauche fort atrophiée, un raccourcissement de 4 centimètres, une hanche incomplètement ankylosée en subluxation.

Il faut souligner et publier ce déplorable résultat orthopédique. Voici une jeune fille de 20 ans, dont la mono-arthrite aiguë coxo-fémorale, diagnostiquée au vingtième jour et malgré trois examens bactériologiques négatifs justement

étiquetée gonococcique et traitée par des vaccins thérapeu-

Page 1