OBSERVATION N° I
Mlle T... Anaïs, 33 ans, cuisinière.
Antécédents héréditaires : parents ayant une vue normale. Son grand-père avait une mauvaise vue de cause indéterminée. Son frère, très myope, aurait également une vue défectueuse, Il ne nous a pas été possible de l’examiner.
En 1911, Mile T... fut prise de violentes douleurs dans les deux yeux. A la suite de cette crise douloureuse, sur laquelle nous n’avons pu obtenir de renseignements précis, et qui se serait produite busquement, sans cause apparente, la vision déjà réduite de l’enfant baissa considérablement, surtout du côté droit. Les douleurs cessèrent d’elles-mêmes et Mile T... ne fut pas examinée par un ocu liste.
En 1927, la réapparition subite, sans aucun choc, ni ef fort, de douleurs extrêmement pénibles dans l’œil droit la décidèrent à venir consulter pour la première fois.
M. le Professeur Cosse constate l’existence d’une myopie de 10 dioptries aux deux yeux, ainsi qu’une luxation totale du cristallin droit, basculé dans la chambre antérieure, à cheval sur l'iris, le bord supérieur occupant la partie supérieure de l’angle irido cornéen, tandis que le bord inférieur restait placé derrière la portion inférieure du diaphragme irien. Cette luxation en avant avait déterminé une brusque poussée d’hypertension avec dou-
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leurs glaucomateuses. La vision de cet œil était nulle.
Le cristallin gauche était subluxé en haut et en dedans, les limites inféro externes de la lentille étant visibles au
ras du cercle pupillaire. Cet œil avait une tension normale, une acuité de 2/10° et n’occasionnait aucune douleur.
La malade fut hospitalisée dans le service d’ophtalmologie de l'hôpital de Tours et une tentative d’extraction du cristallin luxé de l’œil droit dut être faite le 8 mars 1927. Une issue abondante de vitré s’étant produite dès l’entrebâillement de la plaie, il fallut renoncer à faire sortir la lentille, de crainte de voir l’œil se vider. Comme les douleurs avaient cédé à la suite de cette intervention et que l’œil droit avait récupéré une vision de 1/10, toute autre intervention fut différée. L'examen du sang et des urines avait donné des résultats négatifs.
L’indolence de l’œil droit et la conservation d’une vision réduite persistèrent jusqu’en 1932. De nouvelles poussées d’hypertension se manifestèrent alors, tandis que la vision retombait à zéro. La malade ayant refusé l’énucléation, fut soignée par des myotiques qui atténuèrent les douleurs, mais ne purent empêcher la constitution d’un volumineux staphylone antérieur, auquel Mlle T... est habituée et qu’elle déclare vouloir conserver tant que son œil restera indolore.
La subluxation de l’œil gauche, déjà constatée lors du premier examen en 1927, s'était maintenue stationnaire. La vision était égale à 2/10°. L’œil était indolore et non hypertendu.
En 1938, les deux yeux étaient dans le même état.
Il est permis de supposer que Mile T..., myope de nais sance, n’avait pas de déplacement congénital des cristallins et que la première crise douloureuse survenue en 1911. alors qu’elle était âgée de 6 ans, correspondait à la subluxation qui se produisit alors des deux côtés. En
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1927, la subluxation de l’œil droit, dont la zonule est la plus altérée, se transforme brusquement en luxation to tale s’accompagnant d’une crise de glaucome aigu qui fut calmée par l'issue du vitré.
Mlle T... n'est-elle pas menacée de voir un semblable accident se produire un jour dans son œil gauche? Son refus de laisser pratiquer l’extraction du cristallin subluxé avant qu’il ne perde la totalité de ses attaches, et pendant que l’œil possède une tension normale, ne nous a pas permis de la mettre à l’abri de la luxation totale dont elle a pu cependant vérifier par elle même, sur son œil droit, les dangereuses conséquences.