LUXATIONS OUVERTES
Le traitement destiné à prévenir ou à combattre l’infection doit primer toute thérapeutique.
La luxation une fois réduite, il faut surtout lutter ici contre l’ankylose dont le risque est plus important que dans les luxations simples. Nous avons trouvé, en effet, en ce qui concerne les phalangines : 4 ankyloses sur 9 luxations ouvertes traitées et 3 ankyloses seulement sur 26 luxations fermées.
Toute raideur articulaire devra donc être traitée par le massage et la mobilisation précoce et si, malgré les précautions, l’ankylose s’installe, il faudra avoir recours aux méthodes sanglantes que nous allons exposer à propos des luxations anciennes.
. 3° LUXATIONS ANCIENNES ET LUXATIONS RÉCENTES IRRÉDUCTIBLES Méthode non sanglante :
Lorsqu’on se trouve en présence d’une luxation dite irréductible, il faut se souvenir que des manœuvres bien con-
He At ee duites permettent souvent d'obtenir la réduction du déplacement. L'observation 4 que nous avons déjà citée plus
haut en est un exemple frappant. Le blessé est adressé à
Bonneau comme étant atteint de luxation irréductible, et
celui-ci, par une manœuvre appropriée, réalise immédiate-
ment la réduction.
Ne doivent donc être vraiment considérées comme irréductibles d’emblée que les luxations qui ont résisté à des mouvements de réduction correctement exécutés,
Dans les luxations anciennes, la réduction par manœuvre externe doit être tentée avant toute autre manœuvre. Nous
avons vu que la luxation ancienne, avant de devenir invé-
térée, restait encore susceptible de réduction pendant un temps variable. Lefèvre réduit sans difficulté après une anesthésie locale une luxation méconnue qui remontait à plus d’un mois et qui passait pour être irréductible.
Méthodes sanglantes :
Si l’on n’a pas obtenu de résultat par des méthodes non sanglantes, et si l’on veut éviter l’ankylose de l’articulation, on est obligé d’arriver à l’intervention chirurgicale qui peut consister, soit simplement à remettre en place la tête luxée: c’est la reposition sanglante, soit à la réséquer.
Reposition sanglante. — Le but recherché est de remettre en place la tête luxée à la faveur d’une arthrotomie sue l’on complète au besoin par l’excision des parties qui s’opposent à la remise en place et au maintien des surfacés articulaires.
Cette opération, même quand elle est correctement exécutée, peut laisser une certaine raideur articulaire et parfois de tés pouvant nécessiter une résection secondaire.
Résection. — Dans les cas où la réduction sanglante ne peut être obtenue qu’au prix de grandes difficultés, il vaut
. Mieux avoir directement recours à la résection d’une extrémité osseuse.
Cette résection doit être de préférence réservée à l’adulte. Chez l'enfant, en supprimant une épiphyse, on arrête en partie le développement du doigt; d’autre part, l’ostéogénèse étant très active, l’ankylose sera particulièrement fréquente. Tandis que chez le vieillard le doigt peut rester ballant par défaut d’ostéogénèse,
La résection de ces têtes phalangiennes est en général facile, et les résultats fonctionnels, pour être bons, demandent des soins post-opératoires souvent longs et persévérants.
Les soins post-opératoires sont, là encore, le massage et la mobilisation précoce.
Dans notre observation 2 (personnelle), nous relatons le cas d’une malade que M. le Docteur Barroux a opérée au début de février 1945 pour une luxation irréductible de a phalangine du médius entraînant une déformation du doigt en crochet.
Avant l’opération, la blessée ne pouvait absolument pas mobiliser le doigt. Quand nous l’avons revue, le 2 mars, moins d’un mois après l’opération, une flexion de 30° était possible grâce aux massages et à la mobilisation progressive.
Le 15 mars, date d’un nouvel examen, l’état fonctionnel du doigt s’était encore amélioré; les mouvements de flexion et d’extension avaient une amplitude de 40° environ. La malade étant encore actuellement en cours de traitement, nous ne pouvons apporter le résultat définitif de cette intervention, mais d’ores et déjà nous pouvons affirmer que les possibilités fonctionnelles sont incomparablement meilleures qu'avant l’opération.
LUXATIONS DES PHALANGINES æLUXATIONS EN ARRIÈRE
Lefèvre. — Luxation en arrière de la phalangine du médius. (Journal de Médecine de Bordeaux, 1920, 101) (Résumé)
Homme. — Chute sur la main. Il existe une déchirure des
téguments à la face palmaire.
Quand j'ai vu le blessé, la luxation remontait à 1 mois et était irréductible. On sentait le relief de la tête de la phalange et la saillie dorsale de la base de la phalangine.
Réduction pratiquée après” anesthésie locale. Phalangine en hyperextension pendant qu’un aide propulse la base de la phalangine.
Après la réduction, les mouvements de flexion sont possibles,
alors qu'avant le doigt était impotent.
David. — Luxation en arrière de la phalange de l'index. (Journal des Sciences médicales de Lille, 1910, 11, 511-513) (Résumé)
Homme, 39 ans. — Luxation par arrachement incomplet du
Re
doigt; seul le segment dorsal de la capsule a résisté. La base
de la phalangine chevauche la face dorsale de la 1" phalange.
Plaie palmaire en communication avec l'articulation. La réduction s'opère sans trop de difficulté. Traction de l’axe et propulsion directe sur la base de la phalangine. La plaie est désinfectée et refermée. Les suites sont excellentes. Moins d’un mois après l’accident il ne subsiste qu’un peu d’empâtement articulaire et une diminution d'amplitude de flexion de Ja deuxième
phalange sur la première.
Cas personnel de M. le Professeur Loubat
Homme, 52 ans. — Chute en arrière par glissade. Luxation de la deuxième phalange sur la première de l’auriculaire de la main gauche.
Réduction immédiate, mais le doigt reste raide. Mobilisation
progressive. Progrès assez lents. Résultats fonctionnels éloignés,
très bon.