PREFACE XXI
les aspects multiples des horizons prochains, la gravité mélancolique du couchant, les tristesses de la mer, les œillets sur la dune, les « bouquets aux fentes des rochers », « la lune (( d'août, versant des lueurs d'améthyste », les (( processions dont le cortège se déroule parmi « les draps et les lins blancs, choisis au fond (( d'ancestrales armoires », « la lampe de vermeil (( au fond des basiliques », « les grands jets d'eau « roulant en joyaux irisés, parmi les bassins « clairs des demeures patriciennes », les « hori- ({ zons lactés », où les rêves se balancent, les crépuscules où « flottent des vols de goélands », les saintes de Memling : Ursule, Agnès, Marthe, « tressant leurs chev^eux blonds de leurs doigts (( puérils ». Nul ne réalise avec des mots plus adéquats une eau-forte de Callot, une gravure de Barbolin. une céramique de Prosper Jouneau.
Mais, ce don éminent de voir et d'exprimer, de perpétuer en images les impressions les plus fugaces, n'est rien auprès de la sensibilité continue et pénétrante qu'il épanche dans ses vers. Car en ce don réside le principe même de la poésie et la faculté — si rare — d'émouvoir. C'est\e /léhilc n('s<-i<) </ui(/. Ovide en a paré la tête d'Orpheus mourant ; chaque poète, digne d'un tel nom, imprime dans ses œuvres un peu de cette vague et profonde tristesse qui prête à la
XXII PKKFACE
Lyre qucUiiK' cliosii de plus doux que l'iiainionie elle-mênic, le ihyllinie béni des pleurs.
Il ne saurait (M re question d'analyser, ici, l'œuvre complexe, rd-uvie multiple et savante de Mériot . l^sl-il pire tialiison que de commenter un poëte. de r('duire en abstractions froides ces miraë'es que la divine sorcellerie évoqua pour lémerveilh^ment de nos cerveaux ?
Mais en écoutant sonner, gémir u les clo- (( elles mélancoliques d'octobre », il m'est doux au seuil de la belle architecture où Mériot, ce probe travailleur, a fixé le plus pur de sa pensée et légué à ceux qui viendront le meilleur de luimôme, il m'est doux et glorieux dadicssec au poète, à l'ami, au lutteur sans dét'aillance ni reproche, un salut fraternel, communion d'enthousiasme pour l'Art sacré des vers, qui console et ne meurt pas.
Entrez donc, Henry Mériot, entrez dans \c\ (juildc plébéienne des artisans maitres-chanteurs. Elle n'a pour tout blason que les notes du musicien et les paroles du dichter. H ans Sachs vous eût accueilli parmi les siens. Il vous eût imparti la chaîne d'or et concédé la victoire, non pour l'orgueil des armes ou le faste de la richesse, mais pour le don qui brille en vous. Car à lui seul, poète ! ce don uiiiiiue (''le\-e au premier rang (|niconque l'a reçu. Imitiez dans la ijuiUJc ri'ina-
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nente où le travail des mains se rehausse par les œuvres de l'intelligence, entrez dans la corporation éternelle, digne de monter aussi à la Warthburg, parmi les bardes patriciens, les nobles 7>imjiesingers, de célébrer, entre Wolfram d'Eschenbach et Tannhaûser, le conflit des passions et des amours humaines, la lutte sans fin de la Vie et du Rêve, de la vScience et de l'Idéal, du Renoncement et de la Volupté, d'Elisabeth la Sainte et de l'Omnipotente Vénus.
Laurent TAILHADE.
Dinard, Saint-Brîac, Aon (Septembre 1911.
Vie antérieure
yî J^oberf de la Villehervé, en amitié profonde.
Nos âmes ont parfois l'étrange souvenir, L'obscure vision d'un rêve d'cutre-vie.
Que nous fixons, tremblants, et d'une nr.ain ravie Pour vous, grands cœurs airr.ants, poètes à venir.
Voici, — je me souviens... les sveltes colonnades Érigeaient leurs frontons lumineux dans l'azur Commo une floraison de marbre, et le vol str D23 ra-niers frémissait sous les hautes arcades.
Vie antérieure
77 J^oberf de la Villehervé, en amiiié profonde.
No3 âmes ont parfois l'étrange souvenir. L'obscure vision d'un rêve d'cutre-vie, Que nous tixcns, tremblants, et d'une main ravie Pour vous, grands cœurs aimants, poètes à venir.
Voici, — je me souviens... les sveltes colonnades Érigeaient leurs Irontcns Ium,incux dans l'azcr Comme ur.e t'.oraison de m.arbre, et le vol str D23 ramiers frémissait sous les hautes arcades.