‹ Les Lys de minuitChapitre 17 sur 28 · I.I;S \.YS 1)1: MlinilT · texte numérisé non relu

I.I;S \.YS 1)1: MlinilT

Le palais rose et blanc sur la gloire des jccis, Songe vertigineux de lointains Pimr.èses, Profilait sa fierté sur l'ombre des mélèzes Où le soleil versait des lueurs de velours.

Et j'admirais tout bas ses vieilles armoiries, Ses grands blasons hautains ravinés par les rns, Dont les cigognes d'or et les larges besans Surgissaient dans l'orgueil de leurs allégories.

Puis, je revis le parc où les paons familiers Erraient dans la splendeur des longues avenues. Cependant que paissaient, près des Bacchantes nues. Les daims et les chevreuils sauvages des hr.lliers.

Tout un peuple de dieux taillés dans le carrare. Calmes dans la beauté de leur geste cterne', M'emplissait vrguemcnt du respect solenrel Oui flottait autour d'eux comme une essence rare.

Droite, portant au front le ercissant acéré Dressant dans des cheveux emperlés ses deux pointes, Diane chasseresse appuyait ses raains jointes Sur son arc et fixait vers moi son œil sacré.

LR.S I.VS D!- MinUl'I-

Mai3 voici que du ciel déserté par les brises. Pour fuir l'ardent soleil aux tcrrides baisers, Sur les socles neigeux posant ses pieds rosés. Descendit la tribu des tcor(ere!Ies grises.

Et leur roucoulement triste n:cnta drns l'air. Se mc'lant aux chai sons grêles et métalliques Des grands jets d'eau dont les gerbes mélancoliqces En joyaux irisés roulaient au bassin clair.

0 iête pour les yeux des genr.nr.es translucides! Chrysoprases, rubis, émcratc!e£, saphirs.

Belles à rayonner aux turbans des émirs, Ou bien au col neigeux des royales Vlrmides.

Je quittai lentement le jardin enchanté Et S23 r^trai^s troublants coir.me ceux des féeries, Pour franchir le pcrtr.il auxvausst rcs Hecries Dont un cher souvenir imprécis m'est re£té.

,i:.s i.v.s ni: Miniirr

Longtemps j'errai, craintif, et les salles sans nombre Dans leur luxe inouï s'offraient à mes regards, Tandis qu'à leurs plafonds de (rcs vieux éterc'r.rds Retombaient, pleins d'orgueil et de gloire, dr.r.s l'cmbre.

Mais soudain, entonnant un imn ense hosanna Dont le haut vol remplit les arceaux solitaires, Retentirent les voix graves d'orgues austères, Sur les plains-chants sacrés du vieux Palestrira.

Et mon coeur s'emplissait d'hymnes m.ystérieuics ; D'ineffables baisers d'ailes Irôlaicnt mon front; Et les jours que je vis en vain succéderont Vlux jours, j'entends la voix des orgues radiecscs!

J'allais, charmé par les accords religieux Et lents qui me guidaient comn.e un fil dVlriane, Vers d'uniques pourpris dont jamais nul profane We foula les parvis révélés à mes yeux.

0 mirage lointain et dont la so'jvenancc —

Telle une goutte d'eau glisse scr une fleur

Et tombe, — tremble encore en gardant ?a couleur.

Dans mon esprit qui sut fixer ra transparence!

L!:S LV>S \y,i MlIUIiT

Sous les clartés filtrant des dômes ajourés, Dss princesses d'amour aux toilettes exquises "A la messe de l'Vlrt ferventes et conquises, Fêtaient las virelais par leur grâce inspirés.

D'autres qu'embellissaient ce fines ferrcnnières Feuilletaient les vélins d'une Bible au fermail Fait d'un Christ byzantin d'or luisant et d'émail, "Aux longs yeux révulsés dans les affres dernières.

Et ce livre idéal où d'anciens ymaigiers "Avec leur foi robuste avaient mis leur génie, Resplendissait, chantant comme une litanie L'adorable beauté des mystiques rosiers.

Et d'autres évoquaient sur le clavier sonore L'âme subtile encor des vieux musiciens E<tatiqu2S, lai3s:vnt leurs doigts patriciens Magnifier longtemps Bradamante ou Lénore.

"Auprès d'elles rêvaient, en pourpoints violets, De hardis cavaliers aux mines dédaigneuses, Suivis de pages noirs dont les bandes joyeuses Pjrt^ient au p)in5 faucons affaités, tiercelets,

M-.s i.v.s ni- Niniirr

Et tous me saluivient d'un moi ou d'un sourire, , Comme un ami longtemps éloii<né qui revient, Mais dont le cœur resté fidèle se souvient; — Et cela d'un accent que je ne sr.urais dire!

Oh! pouvoir rassembler tous les chaînons épars Du souvenir obscur qui flotte en ma pensée, Frégate sans boussole à tous le^ vents bercée. Oui fuit devant le temps vers les pires hasards!

Or, un adolescent, sur la lourde tenture. Me désigna du doigt, dans i'ébène enchésré. Un fier portrait sur qui les ans avaient passé Sans graver leur profonde et noire signature.

Et c'était un portrait de femnr.e, songe blanc De poète, au front lisse et mat, casqué d'or rouge; Et ses cheveux, ainsi qu'une flamme qui bouge. Croulaient jusqu'aux talons dans un rythme sanglant.

ij-.s Lvs ni: Miinirr

L'apparition claire illuminait la toile; Ses yeux, pâles bluets sous l'or des cils voilés, Où pleuraient les regrets de bonheurs envolés, Samblaient verser sur moi des caresses d'étoile!

Mais je vis lentement tous ses traits se couvrir D'une angoisse infinie, et sa lèvre impuissante Chercher à formuler, malgré la vie absente. Un nom. cher et connu c.ui n'y vint pas fleurir.

Ce nom ! je l'attendais et je l'attends encore;

Ja l'attendrai toujours! — Spectre qui te souviefis,

Ramène-moi vers le passé, toi qui reviens

Me baigner aujourd'hui de tes clartés d'aurore!

Où donc t'ai-je connue, et quels philtres versés Par ta main de fantôme illuminent ma vie, 0 sœur qui fais pour m.oi chaque route suivie Moins dure, ai-js vécu de boaux jours effacés ?

Je ne sais; — nrvais avant qcc ne s'ouvrent les portes Du Néant où je dois descendre c;uelque jour. Ranime le foyer de notre ancien amour; Rallume les flambeaux éteints, les flrnomcs morte?.

LK.S LVS ni: MllUllT

Et comme on voit briller parmi l'ombre des soirs La lampe de vermeil au fond des basiliques. Et flamber sur la châsse où dorment les reliques. Luis sur mon cœur où sont enclos mes vieux Espoirs!

V\utomnale

your £éoqce î)epoqt, joaillier.

Voici ["Automne de l'année Sous son velours incarnadin; Et dans notre petit jardin La dernière fleur s'est fanée.

J'ai consulté mon cœur transi Derrière mes fenêtres closes; Mon rosier bianc n'a plus de roses; Je suis en proie au noir Souci.

1*2 LUS i.v.s ni-, Miniin-

Sous les ramures efteuillccs, Que vont devenir les oiseaux?

Si l'oiseleur tend ses reseaux, L'Hiver apporte ses gelées.

IMous reverrons leurs petits pas Étoiles sur la blanche neige; Us iront mourir sans cortège Daiis des coins qu'on ne connaît p^s.

Quand !a Nature était fleurie,

Us nous prodiguaient leurs chrrrons.

Ce furent les doux échansons

De plus d'une âme endolorie.

Et pour s'apitoyer sur eux.

Mon esprit de vieux romnnt!C,cc Choisit l'octosyllabe antique, Léger, mais pourtant douloureux.

Or, j'ai connu bien des poètes Semblables aux oiseaux du ciel.

Chaque fleur leur offrait son miel Fan les conviait à ses fêtes.

Comme les chanteurs attristés Que l'hiver martyrise et tue.

Lorsque leur belle voix s'est tue. Nul ne les avait écoutés.

J'en sais encor que notre monde Juge du haut de ses faux-cols, Oui n'ont pas subi les licols De notre bctisc profonde.

Us auront passé sans s'asseoir

Un instant au festin du Riche;

Mais, dans leur champ jamais en triche.

Germe le blé fort de l'Espoir.

Dieu leur donna ce qu'il refuse VI ces fantoches vaniteux Que sont les satisfaits honteux Dont l'aspect seul tait fuir la Muse!

De vos forêts, de vos halliers.

Ce sont les vrais propriétaires.

Pauvres riches; — pariétaires.

Oui serez si vite oubliés.

LKs i,v>s ni: Minuri'

Bourgeois, dans tes chasses gardées Où tes yeux ne savent rien voir, Ces braconniers, dans l'or du soir, Tendent leurs collets aux Idées.

C'est pour eux que ton ruisselet Jase ou chante une ode fleurie; Pour ojx que ta vaste prairie Revêt son camail violet.

Ils possèdent les digitales Promises au fer des faucheurs; Tes marguerites, ces blancheurs, Ont pour eux des voix idéales.

Les nids heureux qu'on aperçoit Causant entre eux sur leur passage, Se disent: — Chantons pour le sage •< Qui donne plus qu'il ne reçoit. ■•

Pour eux seuls le bluet s'agrafe Vlu manteau d'or de tes blés mûrs; Pour eux, au sommet de tes murs.

Ta vigne a vrillé son paraphe.

\s::. i.vs or, h::niirr

Et lorsque sur tes lourds sommeils Planent les cieux criblés d'étoiles, Leurs nefs naviguent sous des voiles Fières, vers les mondes vermeils.

Enfin, quand viendra — tout arrive!

L'heure de partir, sans remords.

Tu t'en iras parmi les morts.

Sans même un nom qui te survive;

Pour eux, tes fleurs se souviendront Des voix qui les avaient charmées; Et sur lours tombes parfumées.

Tes lys divins s'effeuilleront.

Les Désenchantés

JJu souvenir de Villiers de .£'Jsle -Jîdan].

J'ai revu, le jardin des tleors mélancoliques

Où s'érigent parmi les chrysanthèmes blancs

De grands lys ténébreux et droits, vases tremblants

Oui prodiguent aux soirs leurs parfums symboliques.

Vêtus de noir, coiffés de noir, gantés de noir, De vagues chevaliers errent par les allées; Ce sont des cœurs blessés et des ân.es troublées Pour qui ne s'ouvre plus l'aile du vieil Cspoir!

Lr;.S LVS Dl: Ml HUIT

Et ces naïfs vaincus aux faces amaigries

Vont, cachant leur souffrance, à la faveur des nuits;

Cruels voluptueux qui livrent aux Ennuis

Le sein martyrisé de leurs amours meurtries.

Ils passent lentement sous les faibles lueurs Oui tombent des cieux froids sur la terre attristée, Sans voir qu'une splendeur ineffable est restée "Aux calices remplis de torpides langueurs.

Tous ont chéri la Femme et connu le mensonge; Et tous se sont pâmés sous d'habiles baisers; Mais les lèvres trompaient, et voici qu'épuisés, Ils ont cherché le calme et fui l'amour, ce songe.

Vlh! ne leur parlez plus da serments éternels; — Comme un oiseau de nuit, sous chaque front candide, Us ont vu l'Intérêt veiller d'un œil sordide. Le néant de l'étreinte et des baisers charrelf.

Nulle voix juvénile, à leur voix grave et tendre. Dans la douceur des bois sacrés n'a répondu; Ils pleurent maintenant leur idéal perdu. Et leur cœur dévasté n'a plus rien à prétendre.

1» u;.s Lv.s ni; Minui-|-

Doux et fiers, ils offraici.t dans en geste ingénu Comnae une rose d'or leur jeunesse enchantée: Ils disaient les beautés de la femme vantée Dans un langage ailé, de la foule inconnu.

Mais les vierg3S passaient, dédaigneuses et vaines, •Accordant leur sourire et ne comprenant pas Quelle moisson divine effeuillaient sous leurs pas Tous ces tristes amants couronnés de verveines...

Et leur grand sacrifice est enfin consommé; Ils savent que leur ciel est vide et sans étoiles; Sur ces fronts la douleur laisse floter ses voiles De mort. — V\ tout jamais leur cœur s'est refermé.

Devant l'V\utel

your français Çadojfre .

Telle une vision mystique de Fiesole,

Grande, pâle et portant entre ses doigts divins

Le ciboire adorable où son:meillent les vins

Du Rêve, elle est l"Archange blanc qui nous console.

l\ou3 savons lui tailler dans l'orfroi de nos vers D2 lourds nirnteacx brodés c'e perles ébicuie?, Et pour son front de Reine aux splendeurs inouïes. Marier les joyaux aux feux rouges et verts.

20 i-i-s LVvS m: miiiuit

V\ son sein virginal les roses symboliques Penchent languissnmment leur flot ensanglanté; Et du bouquet vermeil qu'une heure elle a porté, Des poètes pieux recueillent les reliques.

Eux seuls à son autel se sont agenouillés; L'impur pharisien n'a peint souillé scn Temple; C'est l'unique Beauté que de loin on contemple, Foulant sous son orteil les myrtes effeuillés.

Mais ceux qu'elle a touchés de sa droite fleurie Sentent naître en leur âme un éternel amour; Et pour sculpter leur oeuvre au paisible contour, Ils s'exilent vers une idéale Patrie.

Réfractaires pensifs de ce monde banal, Us chevauchent, heureux, l'hippogrilfe des songes. Ivres à tout jamais de généreux mensonges. Très haut, loin de la foule au galop infernal.

Leur œil attristé suit la vile tourbe humaine Se ruant vers l'immonde et sinistre Veau d'or. Et dans la nuit splendide où leur Rêve s'endort. Ils planent bercés par le monstre qui les mène.

IJIS LY.S 151; M nui ri"

Ceux-là ne seront pas les flagorneurs repus Montrant aux affamés le pain de l'Espérance; Leur lèvre est douce et sait parler à la souffrance; Elle sait renouer tous les liens rompus.

C'est un cœur pur qui bat sous ces habits de serge; Mais nul orgueil, jamais, ne sut courber leur front. Et les fragiles dieux d'un jour s'effaceront Devant leur varbe clair comme le feu d'un cierge.

Us redisent pour tous la sainte loi d'amour. — Et souriant d'avance aux Justices futures. Ils vont, foulant aux pieds vos longues impostures, Louches tribuns d'argile aux serres de vautour.

Us ont flagellé la Bêtise triomphante.

Et craché leur mépris à ses adulateurr. Dédaigneux des périls que devant ces lutteurs Érige dans sa nuit l'oblique sycophante.

J'irai sous ton égide, et ton regard sacré Éloignera les coups de ma poitrine nue.

VI UiS l.V.S Di: Winill'l"

0 seule Souveraine aimante et méconnue.

Oui nous fais l'àme fière et le front inspiré.

Et je combattrai sous l'armure adamantine, •Ainsi que les très vieux et loyaux chevaliers, •Afin de conquérir pour l'or de tes colliers Quelque gemme superbe aux roseurs d'églantine.

Et ru me souriras, et de ton geste doux Tu récompenseras enfin ma longue attente. Heureuse de me voir, en ma ferveur constante. Malgré l'âge vainqueur, t'honorer à genoux.

Vision

Jlu maître graveur W. ^arbotiri

Je rêve d'un Enfant Royal en ce décor:

Dans le logis hautain, pas une flèche d'or Ne transperce la lourde et très large ienctre Où le lacis des bleus liserons enchevêtre Ses vrilles, sous ce jour ofcigeux de l'été; Et l'averse en tombant, chaude et drue, a jeté Ses joyaux irisés sur le bord des calices. Les lions affrontés, les licornes, les lices.

'U IJ'.S l.V.S 01: MinUIT

Sa livrent des combats elfmycnts sur les n urs De la salle, où de grands vieillards aux gcstcS durs Songent, tout imbriqués, à des choses de guerre: •Aux étendards flottants et frmeux que naguère Leurs gants de fer tenaient éployés dans le vent; De leurs panneaux de cèdre, ils suivent le nrxuvant Et farouche troupeau des soudards et des reîtres; Gens de taille et d'estoc qui se couchaient sans prêtres. Quelque soir de bataille, au revers d'un fossé; Gueux de Callot, dont le cadavre dépecé Par les corbeaux, restait toujours s^ns sépulture. — "Auprès des vieux héros, une étrange peinture Montre un dominicain terrible, dort les yeux Luisent comme une lame en un visage osseux. Sur ce front qu'Herrera peignit, la Pitié sainte W'aurait pas su graver son ineffable empreinte. Et ses longs doigts hideux tiennent un crucifix Comme une arme, et le doux Nazaréen, le Fils De Celle devant qui s'agenouillent les Mères, Samble être en proie encore aux tortures amères. Entre ces poings noueux d'Inquisiteur, séchés •A la flamme sinistre et rouge des bûchers. —

Or, cet adolescent qui songe dans la grâce

De ses quinze ans, issu de cette forte race

De guerroyeurs, est frêle et nerveux comme un lys;

Et ses cheveux cendrés sur son grand col sans plis

U-:vS LYS ni; MinillT 25

R-oulent en locrds anneaux comme une onde épandue...

L'Idéal a germé dans cette âme éperdue;

Elle appartient aux fleurs, aux doux nids des buissons,

'A votre loi d'amour, Seigneur! à vos chansons,

0 brises qui passez sur les forêts mouillées!

Elle vous appartient, aubes émerveillées

Oui baignez en riant le bout de vos pieds nus

Sur les bords onduleux des étangs inconnus.

Elle vous suit d'en-bas, voyageuses Étoiles,

Lampes d'or qui brûlez au tond des nuits sans voiles,

Et, paisibles, veillez de loin sur les berceaux,

Ces nefs timides où, pareils à des oiseaux

Prêts au prochain essor vers les mers de ce monde,

Dorment inconscients dans leur r.urorc blcr.de

Les tout petits enfants, roses scus les Laisers

Des "Anges, dévidant sur leurs frcnts cpaisés,

De leurs doigts enchanteurs, le luseau blanc des Roves! —

Et pour l'adolescent les heures coulent, brc\es,

Sous les rouvres massifs du parc seigi eurial.

Et dans le palais froid comm.e un Escurlal

Où cette âm2 subtile et grave s'est formée. —

11 revient mamtenant, à l'heure accoutumée,

S'accouder à la table immense, toujours seul; —

Et, pensif, il contemple, adorable linceul,

Le tulle opalisé d'un verre de Venise

0"i !a pou."pre des capucines a5onise.

Vieille Estampe

pour le poèfe Georges Sourdor] .

Une ville flamande avec ses clochers noirs Et ses beffrois carrés que l'estompe des soirs Frotte d'encre, et dont chaque arête s'attente; Toute flèche à présent va se fondre en la nue Fuyarde et que le vent déchiquette; Bresdin Rêva cette cité morne, où chaque gradin, Éclairé déjà de sinistres fanaux rouges. Entremêle au hasard les palais et les bouges. L'ombre vient d'envahir les grands porches obscurs;

LlùS LYS DI-; MlinilT 27

Des passants attardés vont, côtoyant les murs;

Et dans le port, après de longues traversées.

Les coques des trois-mâts sont faiblement bercées.

Elle domine sa ceinture de remparts Farouches, où l'on voit surgir de toutes parts Les bastions flanqués de lourdes échauguettes ; — Et tout là-bas, très loin, secouant leurs cliquettes, Des taureaux nonctialants s'en vont aux abreuvoirs. Les siècles ont passé leurs rudes polissoirs Sur cette Ville forte érigeant, triste et fiére. Dans ce reste de jour ses bastilles de pierre. Tandis qu'un long ruban de sinueux chemins Fuit vers un horizon d'ccres et de carmins.

iVIais sur la route passe un cavalier terrible: Son feutre délavé, gras, troué comme un crible Le décore; à sa ganse une penne de coq Met sa flamme qui tremble, ainsi que sur un roc Quelque bizarre fleur par la bise épargnée. La main du voyageur tient à pleine poignée Une faux, arme traître et louche de pandour. Reposant sur le col du cheval de labour Insensible — certain d'arriver à son heure — Vlux sagettes du vent et de la nuit qui pleure...

28 LliS LVS 01- MllUllT

Voici venir la Mort aux desseins ténébreux! Citadins, bourgsDis, clercs, truands et malingreux. C'est l'apparition du sépulcre vivante!

Le Faucheur chevauchant sa bête d'épouvante. Oui s'approche, fixant de ses yeux sans regards Sa proie habituelle et qui vous rend hagards, •Avares de Metzys caressant vos rixdalc-s. Ivrognes de Brauwer épandant sur les dalles Le fond des pots; drapiers, notables de Harlem, Vieux Juifs pareils à votre ancêtre Laquedem, Lansquenets de Goltzius, grasses prostituées! — 11 va, le noir rôdeur, prompt comme les nuées. Traînant ainsi qu'un Roi sa suite de corbeaux, Et sous ses pas creusant des villes de tombeaux!

Un Rêve du Christ

pour madarqe Xcuise Cessier .

Cette nuit là Jésus dormit à Béthnnie.

Or, c'était le triomphe; et la longue agonie

Que l'homme réservait à l'unique vainqueur

Du Monde, n'avait pas pénétré dans son cœur.

Certes, dans son sommeil heureux, les plus doux "Anges

Du ciel, qui redisaient à l'envi ses louanges.

Ceux que les Orcagna conçurent, les divins

Entançons que parmi les fends d'or byzantins

Ces peintres ont fixés pour les gloires futures,

Charmaient son rêve, et loin des louches impostures

30 U;S LY.S Di: MinilIT

Oui se tramaient autour de lui, Jésus dormait. La cîme la plus fière et le plus haut sommet W'eussent jamais atteint ce songe; la journée Précédente marquait dans cette unique année La gloire de Celui qui par tous les chemins Liait et déliait les âmes, dont les mains Bienfaisantes allaient, sur le bois des infâmes. Saigner éperdument, tandis que quelques femmes. Oh! que pour cet amour tout leur soit pardonné! ■ Pleuraient sous la Croix de Jésus abandonné...

11 dormait, contemplé des cieux criblés d'étoiles; Et la paix s'était faite partout; sous les voiles Transparents de la Nuit sombrait Jérusalem, Comme si l"Astre qui guida vers Bethléem Les Bergers, protégeait cette ville endormie. — H revoyait l'ânesse blanche, son amie.

Et la foule jetant des palmes; les buccins Triomphaux qui sonnaient bruyamment; ses desseins Étaient grands; et devant sa parole féconde Germaient l'amour et la fraternité du Monde!

Puis, sous le front du Maître et sous ses y3ux fermés,

Passa la vision des crimes consommés

Plus tard sur l'Être élu, par les foules serviles

Et lâches, et l'essaim des multitudes viles.

i-iis LYS ni: Minui'i"

iJurlant lorsque sa chair s'arrachait par lambeaux;

U vit Judas; il vit, ainsi que des corbeaux.

Les soldats partageant sa tunique de pourpre;

!1 eut l'ettroi du ciel sinistre qui s'empourpre

Et tulgure; — cruelle, il entendit la voix

De Pierre qu'il eûmait le renier trois fois...

Mais il revit aussi Joseph d'flrimalhie

Et son Père; il ouït le Verbe qui gracie;

"Alors vers l'Éternel son sourire monta

Tandis que grandissait peur lui le Golgotha...

Et voici que la Croix surgit du mont farouche! Formidable, il la vit se dresser, hrute et louche; Et l'horizon de cuivre ardent l'épouvantait. — Pour la grande "Agonie, un seul oiseau chantait: Le bouvreuil qui, suivant les paroles divines. Vint tacher de son sang la ccurcrne d'épines. Or, du sol profané, les grands bras éterdus De ce gibet vers qui se tordent, éperdus. Tant d'amers désespoirs et de mains implorantes, S'élançaient jusqu'au ciel; mais ces âmes pleurantes Que la foi seule aida dans l2 terrent ces jours. Du songe de Jésus détournèrent le cours. Wiors, ce fut à ce moment c.ue sa pensée N'entendit plus les cris c!e la plèbe insensée Et remonta le flot des dérclictions ; — ■Auguste, il pardonna leurs fauves passions

! LI-;>S LVS 151: MlinilT

"Aux ilotes hideux qui l'entouraient; unique, 11 te vit resplendir, voile dont Vércniqee Essuya son visage aimant et torturé Tandis que s'abîmait son esprit éploré.

Le ciel se fit plus pur, et plus resplendissantes Furent cette nuit-là les lampes bienfaisantes D'où viennent jusqu'à nous les lueurs de bonté, Et qui font qu'à jamais, durant les nuits d'été, L'Homme aspire en secret à son autre patrie...

Jésus dormait: — La Croix s'était toute fleurie!

V\pothéose

Sous l'inspiration de ])ésyr J^avon

qui fut un artiste superbe et méconnu,

4 peur sa mémoire.

Or, devant moi s'ouvrit le Temple de Lumière! — Mille cierges versaient leur clarté familière Sous les dômes géants et perdus dans la nuit; Et comme un albe vol de grands cygnes s'enfuit Dans les hauteurs du ciel où planent les nuées. Majestueusement vagues, diminuées Par l'espace, les voix des orgues s'épanc'aient. Tandis que sous mon front baigné d'ombre chantaient Mes songes, et qu'à l'immortelle et fastueuse Déesse je sculptais mon Ode somptueuse,

'i LUS LY.S n\[ Minill'l'

Qu'un jour, le plus rêvé, sur ton socle d'airain, 0 sainte Poésie! amante au cœur serein, Je veux graver pour toi qui m'apparais sans voiles, Sous ton resplendissant diadème d'étoiles!

Et je vis lentement passer et se mouvoir Parmi l'embrasement des flambeaux, dans le soir, La foule des dompteurs de rythmes, les Poètes Conviés par la Reine aux glorieuses têtes De l'esprit; les rêveurs couronnés de lauriers; Ceux qui jadis chantaient la gloire des guerriers. L'hymne des matelots sur les blanches trirèmes. L'amour des vieux héros et les charmes suprêmes Des vierges cerclant d'or leurs cheveux parlumés D'hyacinthe, et portant dans leurs bras enfermes Leurs tributs de beaux lys et de roses sanglantes. Ils passaient, doux et fiers, et les musiques lentes Emplissaient le parvis de magiques accords. Et je pus, prosterné sous d'inouïs décors. Un instant contempler le mendiant Homère I Puis, ce turent soudain, vision éphémère, Virgile qui passa, le trcnt ceint d'olivier, Horace, que suivait le pur Vlndré Chénier Lui confiant sa peine et ses mélancolies. — Villon, enfin repu, sur ses lèvres pâlies Par les jeûnes, croisait pour son Grand Testament Quelque strophe oubliée autrefois; noblement.

LES LVS 01; MinUlT 35

Ronsard donnait l'essor à sa chanson païenne;

Sa Pléiade entourait cette patricienne:

Christine de Pisan, qui broda de doux vers.

Tandis qu'au loin, hanté des archanges pervers,

Dante dressait sa maigre et hautaine stature. —

Pareil à quelque sombre et tragique peinture,

Shakspeare interrogeait le crâne d'Vorik;

Hugo l'olympien cherchait pour Frederick

Un drame où pût entrer son immense génie. —

Lamartine priait; des torrents d'harmonie

S'élançaient de sa lyre au frémissement pur.

Pour disparaître, épars, vers les plaines d'azur,

Éphèbe aux cheveux d'or, plein de grâce infinie,

Musset, beau comme un dieu, mêlait son ironie

VI ses larm.es, berçant des langueurs de ses Wuits

Sa désillusion et ses trop lourds ennuis.

Grand-prétrc des poisons et des fards, Baudelaire

Se grisait du parfum subtil et séculaire

Exhalé d'un coffret rempli de souvenirs.

Et d'où semblaient monter, comme autant de soupirs,

Les relents apaisés d'une amour trépassée. —

Triomphale, de pourpre et d'argent pavoisée,

La galère où Gautier, pilote souriant,

Levait l'ancre, cinglait vers le jaune Orient.

Banville, reprenant la lyre d'Hésiode,

Ciselait sa chanson lyrique; dans son Ode

Les Sylvains enlacés aux Nymphes des grands bois

Dansaient aux sons de la syrinx et des hautbois;

6 u:s i.r.s ni; Miinirr

Et Leconte de Lislc, en leurs rouges simarres,

Peignait les fiers bandits des Poèmes Barbares,

Et parfois, en des vers divins aux cliaînons d'or.

Exaltait la splendeur des roses de Lahor. —

Hégésippe Moreau, douloureux grabataire,

Célébrait la Voulzie, et Vigny, solitaire,

"Ainsi qu'à des oiseaux mystiques envolés.

Montrait le ciel à ses doux poèaies ailés;

D'autres passaient encor, méconnus mais illustres,

Verlaine, Mallarmé, que dédaignent les rustres,

Le pur Sully, Coppée encor adolescent

Redisant un refrain sur le lutfi du Pessant...

Mais j'aperçus enfin la pensive Immortelle,

La Déesse, la Muse impériale, telle

Que l'adorent tout-bas les poètes ctiaimés;

La bonne Inspiratrice aux sourires aim.és,

La Reine du palais aux glorieux pilastres

Oui porte au cœur l'amour, et sur son front les astres:

Celle qui de son doigt touche les seuls élus.

Les radieux vainqueurs à qui sont dévolus

Tes avares baisers, ô Gloire impérissable,

Pour qui tant de vaincus, bouclies pleines de sable.

Ont roulé dans la mort, sans cris, le cœur amer!

Vllors tu m'apparus comme la vaste Mer,

"Abîme d'infinis, comme elle éblouissante.

Toujours pure, toujours vierge, toujours puissante!

Et l'âme ivre de tes regards victorieux.

Tremblant, je m'abîmai sous tes pieds glorieux!

Pâques-Fleuries

pour le poète Xaurent Cailhade .

Un air très vieux, très doux, très bas, Un air des époques passées Vient de sonner sous mon front las La diane de mes pensées.

Et mon cœur, jadis endormi Par la chanson qui l'émerveille, Sous ses caresses a frémi Comme un enfant qui se réveille.

a« Lii.s i,r>s i")i: Miniii'i-

Vous la chantiez clmque matin En ouvrant vos persiennes vertes, 0 l'éblouissement lointain Des âmes qui se sont offertes!

Les premiers serments ingénus.

En avril, sous les pommiers roses, Et les baisers sur vos bras nus Le soir, quand se fermaient les roses!

Dites, vous souvient-il encor D'une aube do Pâques-Fleuries? — Les cloches mêlaient leurs voix d'or En d'éclatantes sonneries; —

La Terre avait mis ce jour-là

Sa belle robe des dimanches;

Les prés, leur habit de gala;

Vous, votre coiffe aux ailes blanches;

Et nous allions avec candeur, Vers la toute petite église Oui découpait dans la splendeur Du ciel sa silhouette grise.

LUS LV.S 01: MllUllT i>3

Rappelez-vous l'humble clocher Dressant son aiguille d'ardoises.

Que nous voyions se détacher Sur un tond de fines turquoises.

Rappelez-vous l'ofliciant.

Le vieux prêtre aux boucles tombantes;

Le beau groupe communiant

Des aïeules tristes et lentes.

Et le Christ, l'Homme des douleurs, Laissant de ses mains transpercées Tomber d'inexprimables fleurs De paix sur les âmes blessées. ..

Nous étions tous deux très tmus Quand nous revînmes par les sentes; Et nos yeux se cherchèrent, mus Par des lois vagues et puissantes.

Vou3 appuyâtes longuement Votre tête sur mon épaule...

Ce fut là tout votre serment. — Depuis, j'ai pleuré comme un saule!

^lO U;M LV.S Di: MinilIT

Vous m'avez dit pendant six mois La belle romance éternelle; VI présent les anciens émois Pour jamais ont iermé leur aile.

Les lauriers d'amour sont coupés, Nous n'irons plus au bois, ma chère; Nos jeunes cœurs s'étaient trompés; Nous chérissions une chimère.

Vous l'avez compris avant moi En me renvoyant à mes Eonges, Et vous hébergez sans Effroi Ces vilains hôtes: les mensonges.

Un gars tout en or est venu Oui vous a fait une cour béte.

V\dieu, notre amour ingénu ! . .

Vous eûtes une belle fête! —

Hier pleurant, aujourd'hui chantant.

Dédaigneux, j'ai suivi ma route.

Et mis à mon feutre éclatant Un rameau de l'arbre du Doute.

U->S U\S Dl: Min LUT 41

Mai3 voici que cette chanson D'autrefois frappe nion oreille.

Et que mon âme, à l'unisson.

Redit la romance très vieille.

Son charme est toujours caressant ; Mais où sont vos grâces légères ?

Où donc ce rythme languissant Pur comme un parfum de fougères?

Pourtant, cet air bas et voilé M'émeut comme un grave symbole, Et vers le printemps écoulé Je sens mon âme qui s'envole!

XVlll '" Siècle

pour C hérèse .

•Autour des Danses surannées, VagU3 comme le chant d'un cor.

Malgré le temps et les années Un parfum d'ambre rôde encor.

Un parfum si léger que l'aile Oui le porte n'a point pâli.

Et qui chante d'utie voix frêle Sur des musiques de LuUi.

LliS LVS Dl: Ml 1111 IT A3

11 évoque pour les poètes Les parcs des anciens Trianons Où rayonnaient au sein des fêtes Les Vlminthes et les l\inons.

Je vous vois parmi les quinconces, Temples dédiés à T'Amour, Que cachent maintenant les ronces.

Mais où venait la Pompadour.

Bois peignés par les architectes.

Jets d'eaux servis par des c'acphins.

Chéris des vertus incorrectes Passant aux bras des aigrefins.

Et parmi toutes ces rocailles.

Sous les verts berceaux de Lancret, Malgré l'Histoire et ses gricaiilcs.

J'entends plus c'en aveu discret.

Oui, les aveux, parmi les martres.

Des Dames qu'ainr.ait Fragonr.rd, Et qui gravaient au tronc des arbres Leur coeur transpercé d'un poignard.

Page 1