‹ Les Lys de minuitChapitre 24 sur 28 · P"AI\TOUM · texte numérisé non relu

P"AI\TOUM

;fîu maître relieur Ctiarles jyieunier.

Le Soleil orange est monté Dans le bleu des cieux implacables; Pour dire mon rêve enchanté J'ai serti de rares vocables.

Dans le bleu des cieux implacables Je vois surgir des tlècheo d'or.

J'ai serti de rares vocables Pour peindre un idéal décor.

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Je vois surgir des flèches d'or Sur le fleuve aux jonques fleuries^ Pour peindre un idéal décor J'ai conçu de claires féeries.

Sur le fleuve aux jonques fleuries Voltigent les papillons blancs; J'ai conçu de claires féeries En des essaims de vers tremblants.

Voltigent les papillons blrncs ■Avec les libellules frêles; En des essaims de vers tremblants Mon âme a déployé ses ailes.

Vlvec les libellules frêles Le chrysanthème est fiancé.

Mon âme a déployé ses ailes ; Je veux vivre avec le Passé.

Le chrysanthème est fiancé.

Triste fleur de mélancolie; Je veux vivre avec le Passé; J'évoque une image pâlie.

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Triste Heur de mélancolie!

Ce tut la fleur de notre amour.

J'évoque une image pâlie...

Le Temps est un Icuche vautour!

Ce fut la fleur de notre amour.

Par les cieux glisss un flamant rose; Le Temps est un louche vautour! — Sous les cèdres sa tombe est close..

Par les cieux glisse un tinmant rose; H essore vers le plein ciel.

Sous les cèdres sa tombe est close; Son souvenir est éternel.

Jl essore vers le plein ciel, ivre de lumière et d'espace; Son souvenir est éternel, Dans l'azur où son omb^ passe.

Ivre de lumière et d'espace.

11 disparaît dans la clarté.

Dans l'azur où son ombre passe Le Soleil orange est monté.

Églantines, Primevères, premiers Sourires d'une Renaissance éternelle

peur le paysagiste pau! JYÎorcIjain.

Eglantines et primevères, Étoilez les petits chenîins Des bois, vierges de pas humains.

Dans l'omb*? des rouvres sévères.

Les poètes et les oiseaux Connaissant seuls votre retraite Foulent parfois l'herbe discrète Que protègent leurs grands arceaux.

LliS ni:l-\S l'LlUll'aUS 195

Églantines, fleurs idéales, Roses comme un baiser d'enfant.

Très loin de notre air étouffant, Chantez vos hymnes triomphales!

Je veux partager les frissons De vos pâles fleurs délicates; Oublieux des noires Hécates, Je vous dédierai mes chansons.

Comme toutes les belles choses Vous n'êtes que fragilité; Votre passagère beauté .

Précède la splendeur des Roses.

Clairs bouquets si vite effrangés.

Fugaces comme nos chimères.

J'adore les deuils éphémères Oui suivent vos spectres légers. -

Et vous, Primevères timides Qu'un souffle tue et qui passez Sans orgueil, mais qui nous laissez Le remords de vos morts candides,

loe u->s Lv.s Di; Miiuiri'

V\nnoncic\tnces des Printemps, Vous êtes les hérauts de grâce.

Chères frileuses, dont la trace Disparaît aux moindres autans.

Primevères ensevelies Vlvec les soleils oubliés, "Ah ! combien de cœurs déliés Et combien d'amours abolies

V\vez-vous fleuri sans savoir Que pour une heure de jeunesse, ■Au fil des jours, notre tendresse Sans retour, s'en va vers le soir.

Et c'en est fait de tout; — sévères.

Nos Rêves, les mains dans les mains, 3'effacent; tels vos lendemains, Églantines et Primevères!

Roses noires

V\u tond d'un bais silencieux Où se complaît l*âme apaisée.

Sur sa gaîne à demi brisée Rêve un "Amour mystérieux.

Le dieu sonçe, un doigt sur sa bouche, •Aux grands cœurs que Don fer blessa; 11 pense aux larmes que versa Plus d'une victime farouche.

19« i.r.s Lv.s m- Minurr

Ut po(jrtant nous aimons souffrir ; Nous adorons notre blessure, Vlmour! devant ta meurtrissure INous pleurons sans vouloir guérir.

Que l'œil des Beautés idéales Se repose un instaivt sur nous, Ou que les reines aux yeux doux Passent aux portes triomphales,

Poètes épris d'Vlrt divin, Nous cherchons pour les bien-aimées Des Odes saintes, innommées, Pleines d'un accent surhun.ain.

Nos âmes sont autant de lyres Où vos doigts fuselés, et forts, 0 Femmes! ciierchent les accords Passionnés de vos délires!

Parfois l'instrument éperdu Dans un sanglot puissant se brise; ■Autour de votre main surprise 5'enroule son archal tordu.

1J;S 11I;1-\S I-LIUIRIIÙS

Mais sans pitié pour l'âme ardente Oui s'abinaait dans votre amour.

Pour un luth joyeux, quelque jour, Vous changez la lyre constante.

Et le Poète inconsolé S'en va tristement sous les palmes.

Dans le silence des nuits calmes.

Rêver au bonheur envolé.

Hiver

Si ton pas sonne seul cette nuit sur la route Où la brume d'hiver qui monte lentement Enveloppe les bois d'un suaire charmant Et clisse sur les eaux silencieusement, Ton âme s'iliumine toute!

Elle perçoit très loin, là-bas, vers les casernes. L'appel atténué d'un clairon dans le soir. Voici l'heure où frileuse, à t:s pieds va s'asseoir La passante fleurie ainsi qu'un reposoir Et devant qui tu te prosternes.

20V, Lr..s Lv.s Di; Miinnr

Telle elle t'apparut aux jours de ton enlance. Lorsqu'elle prit ta main, telle elle reste encor, Le front ceint de bluets, la fée aux cheveux d'or Oui chaquo soir pour toi crie un nouveau décor Et fait surgir une espérance.

Si ton cœur put vibrer ccmme vibre la Lyre Vlo temps qu'on la bafoue, et si tu l'assumas De l'aube de ta vie à l'heure où les frimas Ont tait plus déserté ton chemin de Damas, Renferme en toi le saint délire.

Et reste fièrement la légendaire proie De l'anonyme flot que mènent les instincts; Ignore! grise-toi des plaisirs clandestins Des crépuscules bleus, des rougeoyants matins; ■Avare ! cache lui ta joie.

Pour le Tombeau du peintre Frédéric Bayle

11 fait nuit sur la terre et dans mon cœur; j'écoute En moi ton souvenir chanter comma la irjcr. Ta pauvre c'ime d'enfant ne connut rien d'amer, Et tu suivis avec confiance ta route.

Ta prière montait vers la pensive Étoile O'J'honorent de très loin les quêteurs d'absolu; Tu dédiais ta vie à TVlrt, qui n'a voulu Soulever à tes yeux qu'un lambeau de son voile.

'io:, iv.f> i.vs m- Minuri"

IVIais ce que tu fixas de tios ciels de Saintonge Nous deviendra plus cher et ne saurait mourir. — Pour ceux qui la niaient ton œuvre va lleurir Maintenant que tu dors, — à l'abri du mensonge.

Vois, l'hiver va finir et vont naître les Roses; Ton âme est immortelle et va chérir ces fleurs, Et parmi les parfums loyaux et les couleurs, Se mêler à l'éclat de leurs apothéoses.

Si l'Inspiration t'a touché de son aile,

Si ton cœur puéril adora la Beauté,

11 suffit qu'un jour ton hymne fût écouté; —

Sois heureux à jamais dans la paix éternelle.

Palmes aux Morts

^u vice-amiral JYÎarqui^.

Grandes voix de la Mer qui parlez aux ténèbres. Que leur racontez-vous durant les nuits funèbres Où les vaisseaux errants courent vers les écueils? 0 voix qui rugissez quand des mains implorantes 5e dressent vers les cieux au sein des épouvantes. Sombres orchestres de nos deuils!

INul ne saura jc-nmais quelles dures misères

Nous disent vos clameurs, ni le nombre des mères

Dont vous êtes l'effroi, ni les marins noyés,

Tandis que vous hurlez clans vos buccins terribles, Scandant le rude assaut des Ccéans horribles Comme un troupeau de noirs béliers.

Et pourtant, ils s'en vont un jour, cerveaux en fête Leur net sourit dans le soleil, à chaque faîte De ses mâts flotte au vent un pavillon d'espoir; Us partent, confiants, la vague se fait douce Et leur quille, sans bruit, semble sur de la mousse Glisser dans la splendeur du soir.

Leurs naïves chansons ressemblent aux prières Des enfants; ils ont les croyances coutumiéres Des simples, et ces cœurs n'aiment rien que la Mer. Leurs yeux, à contempler les vastes étendues. S'imprègnent d'infinis; leurs âmes confondues •Avec les flots, n'ont rien d'amer.

Leur proue ainsi qu'un soc creuse un sillon et passe; L'humanité toujours en quête, jamais lasse. Fait de ces humbles les pionniers de l'avenir. Dédaigneux des caprices du Vent, des colères Dos Eaux, ils restent les ouvriers sans salaires... L'Oubli couvre leur souvenir.

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Et pourtant, par les nuits sans lune et sans étoile Le bateau sombre; quelque hune avec sa voile Les recueille et les mène, et ces infortunés. Ces hommes, ces virils, ces êtres de mystère. Pressentant qu'à jamais ils vont quitter la terre, Lèvent leurs yeux d'abandonnés

Vers la Vicrç,e des mers, la grande Notre-Dame, Vers celle que jadis, en paroles de flamme. Célébraient les Vinciens et les femmes en noir; Et s'ils n'abordeiit pas sur quelque roc farouche l\us et désemparés, s'ils r:.eurent, de leur bouche Monte un cri: c'est pour le Devoir!

lis la voient resplendir comme une belle icône Et leur ouvrir ses bras divins ; sous sa couronne

Toute en filigrane d'argent.

C'est elle qui pour eex surgissait aux Icmières •Alors que moussaillons, des paisibles chaumières

Us sortaient d'un pas diligent.

Us sortaient pour revoir dans leur petite église. Entre les quatre murs de pierre brute et grise Les ex-voto pieux des marins d'autrefois.

,(•, Lf.s LYS Di: Kinurr

Leur enfance en était tcute reccnsoléc. . . 0 toi des clairvoyants, étcs-\cus envolée.

Vous qui les courbiez sous vos lois ?

Et c'est la tin! Là-bas, les lugubres complaintes Des sirènes remplissent l'espace; leurs plaintes Disent qu'au large, encor bien d'autres vont périr ; Le gouffre est assez grand pour toutes les victimes ; IVIais ils n'entendent plus et roulent aux abîmes... L'i'xeure a sonné de bien mourir.

11 ne reste plus rien que la houle en démence; Puis l'aube naît, sinistre, et l'horizon immense Où flottent des vapeurs d'or, de cuivre et de fiel, S'apaise lentement; au fond des étendues Du Zénith au Wadir, quelques lueurs perdues Illuminent pour eux le ciel.

Naufrage de Lci Vienne, au large de Chiissiron .

Les Grèves

Regarde ! La plage rutile, Et sous les premiers feux du jour S'abandonne sans nul détour Comme une maîtresse docile.

Sur sa traîne, de tins micas Scintillent comme autant d'étoiles; Elle apparaît nue — et sans voiles Cachant ses sables délicats.

110 u:5 Lv>s ni- miiiuit

Suis en rêvant sa courbe heureuse. — Ne caresse pas le dessein De jamais découvrir son sein Baigné de la vague amoureuse.

Elle dérobe à tous les yeux Des deuils dont nul ne sait le nombre, Et garde enfouis dans son ombre Des désastres mystérieux.

Combien de cœurs brillants comme elle, Hautains et pavés de splendeurs.

Comme elle cachent des douleurs Dont la plus humble est éternelle!

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