LI:S lliirs 1--L1;11K1I;S
Moi, je m'en irai quand viendra mon heure. Dernier rejeton du chêne lassé, Car le nom des miens doit être effacé De ce monde par l'Enfant qui les pleure.
Et tu connaîtras la nuit du tombeau.
Nous resterons l'une à l'autre fidèles.
Lorsque mon bon ange, entr'ouvrant ses ailes. M'emportera vers un monde nouveau.
Soudain, sur la bague patricienne.
Une larme roule, et, brillant trésor, Diamant du cœur, elle ajoute encor V\u pur éclat de l'Vlméthyste ancienne.
Cependant qu'au front de la calme nuit Renaît lentement la Ilore éternelle, Tandis qu'on entend l'humble Philomèle Dire ses douleurs au vent qui s'enfuit.
Veillée du Berceau
Sur tes yeux endormis voici l'essaim des Songes Oui va descendre avec des frissonnements d'ailes Et ton cœur, ô mon fils, va s'ouvrir à leurs grêles Mensonges.
Dors, cher innocent, dors; — et vous, moisson vermeille Des Roses, pour l'Enfant, refleurissez encore Dans les jardins du Rêve où rôde la sonore ■Abeille.
LES ni;FS in.EllRIES 215
Je vais te voir sourire aux larges fleurs de l'Ombre; Un souvenir contus de l'ancienne patrie Fera quelques instants ta paupière chérie Moins sombre.
Mais s'il est tout amour et suave tendresse. Ce pays d'où tu viens, petite âme exilée, R:\ppelle-toi l'espoir que ta mère troublée Caresse.
Elle veut qu'aucun rêve attristant ne t'eftleore; Que pour toi les nuits scient clémentes et paisibles, Et qu'aucun Vlnge blanc des mondes invisibles Ne pleure.
Pour bercer ton repos, \oici le choeur des Lyres Divines, qu'on entend; — comme le bruit des vagues, Leur chant monte, grandit, et s'apaise en de \agues Délires.
Tu verras la fontaine où renaissent les menthes, Ln forêt verte où les bouvreuils sont en querelles. Et les taillis discrets reaipiio de tourterelles "Aimantes.
216 Lr.S LV.S 131: MinUlT
"Afin qu'à ton réveil, unis pour les prières, Tes doigts frêles soient purs ainsi que des calices, Et que Dieu sur ton front verse un jour ses propices Lumières.
Vers pour être chantés
]?our le poète JJlexandre Vincent.
Rose, vous preniez le chemin des Roses Et le doux sentier des ajoncs en fleur Pour venir frapper aux fenêtres closes De la maison triste où s'éteint mon coeur. J'ai glané pour vous d'idéales choses.
Mais mon front penché garde ses pâleurs; Souriez encDr, princesse des Roses, Rose des Douleurs!
vj« LKS Lvs m. Miiuirr
Donnons-nous la main sans haine et sans plainte; Liguons-nous tous deux contre le Passé.
Si votre beauté me trouva sans feinte.
Je renferme en moi ce songe effacé.
Éros vous toucha de sa lèvre sainte, 11 gît à présent, timide et blessé.
Et pourtant notre âme a gardé l'empreinte Du bonheur passé.
Mais quoi! vous pleurez; votre lèvre tremble, Vous m'abandonnez vos lourds cheveux d'or; L'amour de jadis qui nous voit ensemble. Rose, voudrait-il reprendre l'essor?...
Ton être a frémi comme un jeune tremble, Et le ciel sur nous étend son décor; — Puisqu'un souvenir sacré nous rassemble, Vlimons-nous encor !
Ex-Voto
j/îu maître J. jyiassenet,
J'étais l'enfant songeur et seul, dont les pensées Par le flot et le vent furent longtemps bercées; Et j'écoutais en moi cet hymne intérieur Que parfois vous versez à notre esprit, Seigneur, Comme pour affirmer à la face du monde La Grâce et la Beauté ; l'impression profonde Du cfiant des brises dans les pins chargés le soir D'une lourde splendeur vermeille d'ostensoir Éveillait sous mon front d'adorables musiques; J'entendais les accords atténués, rythmiques
220 LES LVvS 0\: MIIUUT
Et graves des clochers; leurs poèmes cpars Venus des bourgs semés au loin, de toutes parts, SamblAient planer peur moi dans le brun crépuscule. 0 Temps anciens! — IVIon cœur avec amour recule Et cherche à retrouver dans notre air étouffant Cet orchestre de rêve c'couté par lEnfrnt!...
Ces éternelles voix parlant aux étendues. D'autres âmes en fleur, des âmes éperc'ués, Ont fixé pour jamais leurs magiques accords. Et j'élève pour vous, insignes et grands morts. L'autel où brûleront mes encens; si la vie Est sombre, vous savez, d'une large harmonie. Éloigner la Douleur humaine; vous chantez. Et voici qoe soudain les grands Lys enchantés Renaissent comme au ciel, quand la nuit est sans voiles. Par les beaux soirs d'été, des océans d'Étoiles! En des vers somptueux comme les lourds colliers Que forgeaient autrefois d'orgueilleux joailliers. J'eusse voulu sculpter votre hautain cortège. Ouvriers de la Lyre ardente ! — De In neige Des albes fleurs d'avril, j'aurais mis sous vos pas Les tapis odorants et purs; — pensez-vous pas Sous le marbre pieux de vos blanches statues, Inspirés dont les voix aimantes S3 sont tues. Pensez-vous dans votre ombre aux prolcndcs amours, "Aux sentiments exquis, beaux comme les beaux icurf.
LKS ni:r>s i-'iJuiRiiis 221
"Aux passions sans tin que vous avez semées?
Oui n'adora vos héroïnes acclamées } —
Et vous, Maîtres à qui l'héritage divin
Est enfin contié, ce ne tut pas en vain
Que votre heure venue, aux merveilles du Temple
Vous avez ajouté votre œuvre et votre exemple.
Et j'adore de loin le groupe familier
De ces joyaux humains dont je vois flamboyer
Les gemmes, à jamais si pures et si belles
Que leurs clartés, pour nous, demeurent immortelles.
Mignon, fragile fleur des pays du soleil. Passe auprès d'Ophélie, et le matin vermeil Dore pour le penseur cette alliance d'âmes. — Voici Carmen farouche et Lakmé que les flammes Des ciels fauves de l'Inde assaillent de leurs feux. Balcon des Capulets, quels mystiques aveux Montent chaque nuit vers la pâle Juliette l — Léonor, c'est pour toi que la ville est en tête. Dalila, quel poison va nous verser ta main ? — Et toi, myosotis qu'un jour sans lendemain Vit naître, bleu rameau de la terre allemande, Charlotte qui voulus taire l'atroce offrande Da ton être navré, qui n'a pleuré sur toi? — Marguerite, candeur, jeunesse, chaste toi.
ri'l Lr:S LYS Dl! KIllUl'l'
Innocence que le vieux Faust appelle encore, Comme tes soeurs, tu ne connaîtras qu'une aurore; Vers le néant, Haii.lct, prince funèbre et beau, Guide vos pas charmants vers le morne tombeau. — Mais la Musique avec ses splendeurs indicibles Vous embrase; elle a pris vos légendes pour cibles Et placé sur vos fronts ses bandeaux àz saphir. Les perles de Ceylan, de Galconde et d'Ophir VI l'inspiration des Poètes illustres Ont prêté leur éclat qu'exaspèrent les lustres. Cependant que tout bas, près des riches décors. Des pourpres, des forêts féeriques et des ors, Les grands Évocateurs et les Muses divines. Ceux qui portent, martyrs, la couronne d'épines De l"Arr, Baethoven, Gluck, Mozart, Berlioz, Wagner, Gounod, Bach, Meyerbser, Chopin au geste fier. Et Rossini, d'autres encor, âmes fleuries. Échangent pour eux seuls de longues rêveries. Et sur le clair écran de notre Souvenir, Marchent, calmes flambeaux, vers le sûr "Avenir.
Pour un Poète Enfant
Échataude en ton cœur le palais de tes rêves. Noble enfant; — sois pareil aux maçons de jadis, Pour qui les portes d'or d'un lointatn paradis S'ouvraient dans leurs sDnameils au fond de leur taudis, Et dont les aloires furent brèves.
Ils se sont endormis sur une oeuvre achevée. Un cartouche discret seul nous redit lecr nom; Mais dans chaque architrave éclate le renom De oes bons ouvriers; — suis de loin leur pennon; Que ton âme en soit captivée !
vni Ln>s Lv.s Bii Miniirr
Mais aime! — aime l'amour et sa chère souffrance; V\ime comme un bon fils les rplendeurs du Passé. Les résurrections sont saintes; l'air glacé De ce temps est mauvais; sois l'albe fiancé Des Lys; fleuris ton espérance.
Sois le vase divin où se fanent les Roses; Fixe ton idéal d'un calame fervent.
Sois l'être puéril et tendre; — être savant, C'est méconnaître la Beauté, le plus souvent; Peins surtout des apothéoses!
Pour la Mémoire
d'Vllbert Samain
l\on ! je ne te plains pas, toi qui t'es endormi Tout jeune encor, drapé du naanteau de ton rêve. Car tu n'auras connu dans nos luttes sans trêve Que l'homme bienveillant et le sourire ami»
Sur ton front d'exilé qu'avait touché la Gloire, Toujours refleuriront les Lys du Souvenir; — Ct combien parmi nous seront pour l'avenir Oubliés du farouche artisan de l'Histoire!
226 LKS LVeS Dl; MllUllT
Dors beoreox à jamais; la semence a germé Que tes mains ont jetée au Jardin de l'Infante. Oiseaux divins, tes vers, dans l'aube triomphante Ont atteint jusqu'au ciel pour tant d'autres fermé.
Je t'apporte de loin mes sombres Scabieuses; Mon cœur depuis toujours fut fidèle à ces fleurs. Que ton âme parmi leurs discrètes splendeurs Se mêle, au milieu des tombes silencieuses.
V\ V\uguin
Ceux qui marchent, les yeux fixés vers une étoile, Et d'une main pieuse ont soulevé le voile
De l'immarcessible Beauté, "Ainsi que des Voyants, errent parmi les foules, Sans peur et dédaigneux des clameurs et des houles
Oui naissent d'un siècle irrité.
Ils sont partis jadis, armés du viatique Do rv\rt pur; leur âme a pressenti le Portique Où passeront les seuls Élus; —
228 Lr.s Lv>s m: NinuiT
C'est pour eux seuls, pour eux qu'au Bois Sacré fleurissent Les grands lauriers divins, pour eux que s'accomplissent Les beaux mystères absolus.
0 Naturel c'est l'un de tes plus fiers lévites Que je salue; aucun ne les a jamais dites
Vivant toi, surtout comme toi, Les splendeurs de la dune et les mélancolies Des grèves et des mers par les aubes pâlies.
Maître, paysagiste-roi!
Millet, Rousseau, Corot, Français, frères illustres! Courbé par le labeur et sous le poids des lustres.
Suivant de radieux chemins.
Voici que Vient vers vous, drapé dans son génie, Le peintre des forêts et de leur harmonie;
Il vient et vous tend ses deux mains.
"Auguin ! ce nom connu de toute la Saintonge, Pour nous, affolés d'Vlrt, qui poursuivons un songe
Comme le bien le plus réel, Nous le portons très haut; glorieuse oriflamme, 11 met sous notre front sa chaleur et sa flamme
Vlinsi qu'un rythme essentiel.
1J:S ni;|-\S 1--LI;L1K11:.S 2ï9
Le ciel vide et les eaux paisibles; diligente, ^Ta brosse largement suit le flot qu'elle argenté
Sous l'azur lumineux et clair; Et voici qu'un chef-d'œuvre naît et la pensée Divine s'ennoblit, surprise, caressée.
Et s'embrase comme un éclair.
Tous, nous les revoyons, tes pages immortelles Où l'Inspiration a laissé de ses ailes
Choir ses vagues poussières d'or!
Quand le brun crépuscule au fond de nos musées Prodigue par degrés ses ombres apaisées.
Pensifs, nous t'admirons encor.
Nous saurons t'honorer du cœur et de la plume, 0 Poète! charmeur pour qui le soir allume
Mille aspects changeants et divers; Et si j'apporte ici quelques brins d'hyacinthe. C'est que, l'un des premiers, j'ai devant l'œuvre sainte
Voulu te consacrer mes vers.
o4 l'occasion d'unz des plus heureuses circonstances de la vie du peintre aujourd'hui disparu, c,uelques amis le fêtèrent, un soir. — C'est ce soir-là que furent écrits ces "vers .
Frontispice
clans Ici mcinière cle Théodore de Bcinville
"pour Qermaine.
Son sein a des blancheurs de lait; C'est rviurore divine, elle est
Douce et fantasque, •Aussi blonde que les moissons, Elle sait de foUes chansons,
Et porte un masque.
Mais ses yeux luisent au travers:
Deux pervenches d'amour qu'en vers
Je divinise ; Lacs transparents et clairs, miroirs Où l'ombre naissante des soirs
5'idéalise.
L):>s ni-:i-\s i'ij:iinii-:s
Sous la basquine de satin Son charme grise, clandestin;
C'est ma gitane "Aux cheveux lourds et tlavescents, ■Avec les gestes languissants D'une sultane.
Son esprit tourne à tous les vents, IVlais sous ses caprices mouvants
Se cache une âme ; Une âme douce, en vérité.
Où se meut le oonge enchanté:
Lumière et flamme!
Oh! les élans vers l'Infini!
Les opéras de R.ossini!
Le goût des lèvres !
Oh! fuir les correctes vertus, Les faux-cols blancs dec substituts.
Vivre ses fièvres!
Et ne plus voir! — Ct ne plus voir Tous ces épiciers en frac noir.
Tous ces ministres.
23'. l-l-.S l.V.S Dr. MlinilT
Et tous ces députés en bois Dressés à nous baver des lois.
Le tlot des cuistres!
Tourner son esprit et son cœur Vers ["Art magiiiUque et vainqueur.
VI l'Ode, au marbre, Donner la vie et la Beauté, Et rester droit dans sa fierté,
Conitiie un grand arbre!
C'est son lot; c'est le mien, aussi.
Nous gardons tous deux le souci.
L'orgueil farouche Des beaux verbes impérieux Que dans son vol mystérieux
La Muse touche.
Pourtant, malgré notre art subtil W verser dans chaque pistil
La perle amie.
Et malgré nos hymnes princiers.
Nous ne serons pas officiers
D'académie !
Soliloque du Désespéré
Jlu souveqir de J.-X. ^uysman^.
Le jour où tu t'es a(>erçu , Toi que la vie avait déçu
D'étrange sorte, Qu'il n'est rien de bon sous le ciel, Et qu'un bontieur essentiel Précède une peine plus forte,
Songeur, où trainas-tu tes pas?
Pauvre hère, ne vis tu pas.
Simple âme triste,
2iA LF.S LVS m: MinUlT
Qu'il sammeille, le vieil Espoir, Étendu dans son manteau noir Comme un vulgaire guitariste?
Va, tous les cœurs te sont fermés. - 11 n'est pour toi de bien-aimés
Que sous la terre; Mais ceux-ci, te sachant bien seul, Frissonnent sous leur lourd linceul Et pleurent leur fils solitaire.
S'il te reste pour le bénir Leur paisible et bon souvenir
Oui réconforte, Surtout pense à l'unique amour:
Celle qui t'a fait naître au jour...
Mon pauvre enfant, ta Mère est morte.
Vlutre Pensée de Minuit
Où vont de nos premiers matins Les oriflammes déployées i Où vont nos rêves incertains i Où vont nos peines oubliées?
L'âme s'endurcit à souffrir Le louche et laid contact des tiommcs.
■Aujourd'hui, mourir c'est guérir; — Nous savons le peu que nous sommes.
236 l^IiS LV>S ni; W in LUT
Si tu vis seul et délaissé, Estime-toi plus qu'r.ucun autre Heureux ainsi. — R,este effacé. Viprès le blé germe l'épcautre.
Et s'il faut qu'un bien précieux Te réconforte et t'aide à vivre.
Pauvre homme, regarde les cieux; Pour toi va s'ouvrir le grand Livre !
La Dernière Pensée de Weber
VERS WNCIENS
Tour homme ici-bas porte en lui Les épaves de quelque rêve; Et notre cœur, comme une grève, Inhume chaque espoir enfui.
L'un, dans le riche reliquaire Qu'un futur Cellini sculpta, Près des rubis qu'elle porta Conserve un vieil antiphonaire.
î)3« i.i-s i.v>s nr. Kiniiri'
D'autres plus heureux, ont encor Lc\ tresse blonde et parfumée Oui décorait leur bien-aimée Comme la Belle aux cheveux d'cr.
J'en sais qui baignent de leurs larmes Des chiffons de lettres froissés, Dont les mots par place effacés Sont encor pleins d'amoureux charmes.
Sur un lit d'hermine et de lys.
Un aède à la voix exquise Garde le brodequin cerise De la rieus? "Amaryllis.
Woi, je n'ai que le souvenir D'un air si triste, qu'à l'entendre On sent son âme se détendre.
Et l'on ne sait plus que bénir.
On bénit les heures tombées Dans un lointain et morne oubli; Tout ce qui fut enseveli Ouand nos têtes se sont courbées.
LUS ni-r>s l'ijuiRiiis 239
C'est avec le sang de ton cœur Que tu notas cet air funèbre, Pauvre grand Inspiré, doux Wcber Oui trouvas le rythme vainqueur.
J'entends ta Dernière Pensée Da,ns la solitude où je suis; Je trouve moins longues les nuits; Wla triste<sse s'en est bercée.
Car jamais plus l'yinge endormi Dont je garderai la mémoire.
Sur le vibrant clavier d'ivoire IN'éveiUera le chant ami.
Fêtes-Dieu
^ /-élix QuUlarà.
Blanches comme on en volt, sous le ciel calme et hleu, Rmplir rie leur lenteur les lointains des triptyques.
G, "^odenbach
Les vieilles Fêtes-Dieu des jours que j'étais jeune S'enlisent p^ur jamais dans l'insondable oubli; Et voici le Progrès tout puissant; naais non jeûne D'Idéal rêve encor de leur temps aboli.
Vous étiez pour mon cœur haït et catholique. Saintes processions de vieillards et d'enfants, Comme un ressouvenir de ce passé biblique Où Jésus et les Saints surgissaient, triomphants.
2«2 Lli.S LVS Dl- MinilIT
0 les petits! les tout petits et leurs bannières, "Agenouillés parmi d'agrestes reposoirs; Et les hommes pieux que de simples lumières Consolaient doucement dans la candeur des soirs!
On choisissait au tond d'ancestrales armoires Les grands draps les plus purs et les lins les plus blancs Pour y fixer des fleurs croyantes, dont les moires Frissonnaient comme un vol de papillons tremblants.
Les lévites du chœur passaient, surplis de neige Sur fond de pourpre, qui portaient de lourds épis; Les Vierges, des deux mains, sur les pas du cortège Jetaient des lys; — ainsi, sur de royaux tapis.
Les symboles divins suivaient les avenues; Rien qu'à ces souvenirs mon âme chante encor. J'évoque tristement ces splendeurs ingénues: Le vieux prêtre drapé de ca chasuble d'or.
Dressant très haut malgré sa marche appesantie Le lourd Saint-Sacrement où, parmi les rayons De vermeil, toute blanche, apparaissait l'hostie, Fleur pâle du jardin des Dominations.
1,1:S ni:l-\S l'LKUl'aES 2a;
Telles, dcins les vitraux des hautes cathédrales. Les Reines élevant leurs cœurs incendiés S'avancent au-devant des croix d'or pastorales Qu'adorent les enfants du peuple agenouillés.
Mais les cires brûlaient comme les âmes pures Oui, n'ayant pas souffert, ne savaient pas haïr, Près des clairs encensoirs aux gothiques guipures. Oiseaux blancs balancés vers les cieux de saphir.
Et lorsque fleurissaient les premières étoiles, Vos encens, au-dessus de l'ancienne cité. Blanches processions si pures sous vos voiles. Planaient en parfumant la douce nuit d'été.
•ll,i, LF.S LV>S Dl: MinUlT
.Sciuf tlo rares cxc-^pilons. on voli :iu l'cirlemcnt ii râl7iit du pays, le mécl^cin sans clientèle, l'avocat sans caïuv, le vétérinaire dont se méfient les aniniaii.x . . . mais ne se méfient pas les électeurs.
Alphonse 1>dudei
Ces têtes ont vécu... mais nous en avons d'autres; D'autres Dieux sont venus dont nous touchons les mains. Le Christ se démodait, et ses rudes Vlpôtres Jouaient par trop les gueux qui hantent les cheonins.
Ce n'est plus Jean, l'ascète aux gestes prophétiques Que nourrissaient les sauterelles du désert; Moïse sous le front de qui le Lévitique Germa, non plus Saint Paul, éloquent et disert.
Jérôme et ses lions, Daniel, le vieil Osée,
l\i tous ceux qui marchaient, pareils à des flambeaux
Illuminant la nuit, et dont l'âme embrasée
Troublaient les os des morts au fond de leurs tombeaux.
LUS niii\s njiiipaiLs 2^,3
L'Homme, qui respectait ces tarouches ministres D'en-haut, tête aujourd'hui les ministres d'en-bas; L'heure est aux aboyeurs véhéments et sinistres; il n'est plus de lauriers que pwur les Barabas.
Sénateurs engraissés, députes faméliques.
Dieux modernes des malheureux qu'on a trompés. Oui vont, gesticulant par les places publiques. Offrant aux meurt-de-faim d'illusoires Tempes:
Menteurs falots! chacun se rue à la Curée. — De leur vague triomphe eux mêmes étonnés, S'ils croisent en chemin la Justice sacrée. Leur trogn? s'élargit en lui riant au nez.
Mais nous les recevons aux portes de nos villes. Drapeaux flottants, discours, fanfares des pompiers, Banquets auxquels, de loin, les multitudes viles •Assistent sans penser à mal; — en ces clapiers
On bénit le Progrés et l'on chérit la France, Ut l'on boit lentement, une main sur son cœur, V\ux grands déshérités, qui n'ont que l'Espérance, Un Champagne subtil ou quelque alcool vainqueur!
246 LH.S LY>S Dli MiniUT
Hier c'était Sabot; aujourd'hui c'est Pantoufle, Et certes, si l'illustre Chausson n'en est pas Demain, apparemment, c'est qu'un autre maroufle Saurait accumuler les pièges sous ses pas.
Vastes cieux assombris qui contemplez ces choses Et gardez votre fière impassibilité.
Merci, d'avoir choisi pour célébrer les Roses Mon âme en qui survit l'amour de la Beauté!
Province. -Joies dominicales
Jî Jules cCemalfre.
Onze heures du matin. — Les fanfares du Comte
Un Tel, — font au sortir de la messe le tour
Des places, malaxant le cuivre avec amour.
Suivent tous > ces Messieurs ■ du monde ... où l'on se compte.
Deux fleures. — Syndicats et musiques françaises. Le drapeaw tricolore au sortir de l'étui Frissonne; l'on croirait qu'un jour de gloire a lui; L'air est plein d'approximatives Marseillaises.