‹ Les Lys de minuitChapitre 3 sur 28 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

tion d'Art ». Il rend visible à tous et présente l'inspiration des maîtres.

Sur le maroquin grenu, la basane fauve, sur les brocarts, les moires, lestabis, sur le vélin aux reflets soyeux, il empreint des reliefs, incruste des émaux, gaufre des ors. Avec ces choses vulgaires : funin, cuir, papiers moirés, teints à la cuve, suscitant des merveilles égales aux chefsd'œuvre somptueux du joaillier, du ciseleur et de l'orfèvre, il objective en de purs symboles, en de riches et fiers simulacres, l'àme de Baudelaire ou de Chénier.

Du plus beau don, la Muse a rétribué ce culte rendu a ses fils aînés. Promu au rang d'artiste, l'ouvrier d'art, sans quitter ni ralentir, un seul instant, la besogne de ses mains, a parallèlement édifié les architectures de son cerveau.

Et voici que les heures nocturnes tombent dans le silence de la maison endormie. Une ombre flotte sur l'atelier du père, estompant les formes, les cartons, les ais, les presses, les volumes décousus, les outils chers témoins de l'etfort quotidien. Mais lui, à présent délié de toute autre cure, n'ayant plus souci que de paroles harmonieuses, incliné sous la lampe, jusqu au premier matin, accorde aux silences de la nui! le nombre de sa pensée et dans le calme propice d'une longue vigile, entend sonner les rime.s d'or. Gomme

Vi PREFACE

il a le j^oût dos vocablos iiia^iiill(iuc.s,d('s parures, de l'or, des étolïes iini)érialos, des gemmes coruscantcs, des (leurs, des aromates et des chaudes lumières, il s<'>vade. Loin de la demeure obseure, du logis modes|(3 et laborieux, par les chemins que prirent Faustus, le typographe, el Toiraioce, le maitre d'école, par la Via Sacra de la poésie et du rêve, il aborde aux pays inconnus. Il prend part à la nuit du Walpurgiss, au sabbat classique des ^gypans et des Sirènes, à la chasse d'IIérodias et de la fée Ilalionde. Il assiste aux nobles fêtes de la Renaissance italienne, aux cortèges, aux passes d'armes, aux décanK'i'ons. 11 moule à la lofjfjia des Laudi. Sous les voûtes blanc et or, les voûtes en mosaïque, à Santa Maria Oei Jîori, il écoute les anges patriciens de Léonard ou de Botticelli entonner le Magnificat. Sous les nobles cyprès de la Toscane et de l'Ombrie, il entrevoit la robe transparente de Béatrice, le froc lumineux du jxidre Franccsco. Il se phiit aux gestes de Chevalerie, à îa haute prouesse des Amadis et des Lancelot . Il adore le Graal propitiatoire sous la coupole du Montsalvat ; il fait sienne la (( leçon de Bayreutli » (''. Mais il ne se délecte pas moins aux contes pralinés delà Régence. Il goûte, il com|)rend: il exécute aussi, par la force omni-

(i) Péladan. La Science Je VAmoui-.

PREFACE YTI

potente du Verbe, les prodiges superbes deTémailleur et du verrier. Ses poëmes abondent en rosaces lumineuses, en émaux champlevés. Ce qui ne l'empêche aucunement, dexalter Watteau, l'Ecole Française du XVII I" siècle, d'aimer Latour et la Rosalba, de décrire leurs talents avec des mots appropriés. Les soupers de la Muette n'ont rien qui lui déplaise. Et s'il allume au reliquaire des Madones espagnoles une cire pieuse, il ne déconsidère point les torches et les girandoles profanes, les feux de toute sorte dont reluit ce « corbeau noir ». la Parabère, faisant carrousse avec Phi lippe d'Orléans.

Au milieu de cet apparat, de ce faste, de ce luxe verbal, irradiations et chatoiements, le fidèle ouvrier ne perd point de vue, il n'abjure en aucune circonstance l'art manuel dont il s'honore. G(Hîii)ulsez le recueil où ses poëmes sont inscrits. Parmi les enluminures, sur les fonds d'outremer, de cinabre et dor où les vierges préraphaélites, issant comme un pislil. des calices des fleurs, où les jeunes dieux, pareils au Méléagre de la Villa Médici érigent leurs silhouettes délicates, apparaît, dans le modeste arroi de son labeur professionnel et cette pauvreté que dore un souci g(''néreux du Beau, le maître relieur. « Chacun sait parmi nous qu'il « ne faut pas déchoir ». dil-il : car la iiolilcs.-c ihi

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