‹ Les lys noirsChapitre 13 sur 32 · L’INVISIBLE · texte numérisé non relu

L’INVISIBLE

Jod Héva, Tzébaoth, Elohim, Shaddaï,

Face Noire dans la splendeur et Face Blanche Dans les ténèbres, mont solitaire, avalanche,

Abba, Ruacb, Daber, Gibor, Adonaï;

C’est l’heure de mêler à mon âme ta force.

Voyageur dans le monde et Justicier de Dieu, L’Archange m’a donné la Tiare de feu Et le glaive tordant au vent sa flamme torse.

Je veille pour bénir, mon Père, et pour frapper.

Les astres lentement marchent dans l’Empyrée Comme tes volontés en leur lenteur sacrée Qu’on ne peut attendrir et qu’on ne peut tromper.

Voici qu’autour de moi le cercle s’illumine,

La myrrhe fume avec d’étranges tournoiements,

Et, de la profondeur, l’Ame des Eléments En milliers d’éclairs monte à moi, qui la domine.

La terre tremble — et des Titans aux grands yeux clos En sortent à demi, dans la pâle clairière.

D’une roche jaillit un fleuve de lumière Et les Esprits du feu palpitent sur ses flots.

Près du lac noir que la forêt prochaine ombrage Les Ondins onduleux glissent dans les roseaux,

Un palais d’émeraude apparaît sur les eaux Et dans le bois s’éloigne un immense mirage.

L’air s’est peuplé. J’entends le chant délicieux Des Sylphes déployant leurs ailes écarlates.

Ils mêlent à l’odeur des riches aromates La fraîcheur de leur corps et le parfum des cieux.

Et les Esprits des sept Planètes apparaissent, Chevauchant des dragons, des cerfs et des lions; Géants sombres avec des halos de rayons Et de hauts sceptres d’or qui devant moi s’abaissent.

Ce n’est pas devant moi mais devant toi, Seigneur, Que les Rois de l’éther inclinent leur empire.

Dans mon injonction la vérité respire

Et c’est ton sang qui bat dans la chair de mon cœur.

Puisque Jod Hévauhé s’incarne dans mon être, Puisque son Unité couronne mon cerveau Et puisque j’ai dormi trois jours dans le Tombeau De sa terreur avant de croire et de renaître,

Je sais la Loi qui crée et la Loi qui détruit;

Quelle contraction d’Aour forme les astres,

Et les germes de la victoire et des désastres Par ma main infaillible ensemencent la nuit.

Du haut de mon silence et du fond de mes voiles Je fais vivre et mourir qui j’ordonne et mes yeux, Opposant leur regard à la splendeur des Dieux,

Font rebrousser chemin aux flammes des étoiles.

Seigneur, que les Esprits de l’espace dompté Selon la Règle et ma Parole m’obéissent Et que, fidèlement, sur l’heure, ils accomplissent Le Verbe de ma force et de ma volonté.

Oui, que cet homme, à qui je pense, qui t’honore Soit guéri de ses maux, sauvé dans sa douleur,

Que ses os soient baignés d’une saine chaleur, Arrache de ses flancs la Stryge qui dévore.

Que son mal, à ma voix, s’envole dans le ciel!

Que ses péchés anciens et ses remords moroses Soient comme des cyprès enguirlandés de roses... Recueille ton extase en son cœur immortel.

Oui, que cet homme qui te hait, à qui je pense,

Qui couche dans le lit de Satan et qui rit Dans les bras du Démon soit tout à coup flétri Par la fièvre putride et par la pestilence.

Que sa bouche en lambeaux tombe, que ses remords Fleurissent sur son corps en affreuse sanie,

Puis, sans voir qui le tue et seul dans l’agonie,

Qu’il meure déchiré par les ongles des morts.

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