SOIRS D’AQUILON
O mon amour, viens dans le bois obscur.
Les lourds rameaux et les feuilles s’agitent Au vent profond venu du glauque azur Où les rayons du soir glacé palpitent.
Nous descendons sous les arbres plaintifs.
Les gouttes d’eau de l’étang qu’au passage Le vent emporte, en ses souffles plus vifs, Comme des pleurs nous mouillent le visage-
Les arbres noirs meuvent avec lenteur Leur grand feuillage en larges ondes sombres, Comme absorbés au rêve intérieur Qu’attriste en eux la caresse des ombres.
La mer là-bas, blanche et grise, âprement Couvre d’embruns les dents des roches dures A l’horizon solitaire et dormant,
Deux barques dont frissonnent les voilures.
O mon amour, mon immortalité!
A respirer la profondeur sauvage De ce beau soir désert et tourmenté A voir flotter ce ténébreux feuillage,
Je crois entendre un chant de Beethoven Plein des sanglots de nos âmes blessées,
Qui, par un chaste et douloureux hymen, Confond en lui nos cœurs et nos pensées.
Ton regard dit : Je l’entends avec toi.
Et dans la nuit de la froide étendue,
Notre sanglot de désespoir, de foi,
Monte et sc meurt en prière éperdue.
Tes yeux en pleurs et troublés me sont doux.
En leur beauté souffre une flamme intime.
Mon âme chante et tu grondes en nous, Sombre infini de notre amour sublime.
aspiration
A l’aube, nous parlions de tes nobles douleurs,
Ame divine, tendre, et que ce monde étonne,
Deux regrets t’attristaient dans ce matin d’automne Qui teignait ton beau front de pensives couleurs.
L’un était que le bras des foules, les fureurs Des peuples révoltés ou l’œuvre monotone,
Le vain calcul des rois que le hasard leur donne Servent toujours le mal et ne croient qu’aux erreurs.
L’autre que les vaincus de la guerre éternelle,
Les poètes, amants d’un art étrange et frêle,
Sans forces pour lutter, n’offrent au Bien qu’un vœu.
Puissé-je, confident de ta pitié profonde,
Être ici-bas la force au service de Dieu Et l’Idéal armé qui dédaigne le monde.