‹ Les lys noirsChapitre 28 sur 32 · OMBRE · texte numérisé non relu

OMBRE

Le jour tumultueux, le bavard s’est eufui,

Brillant, multiple et vain comme la vie humaine. Notre foi monte et Dieu descend, la nuit est pleine De notre prière et de Lui.

Tu t’arrêtes avec un sérieux sourire Sur un escarpement de granit et tous deux Nous nous abandonnons longtemps aux mêmes vœux, Les devinant sans nous les dire.

La Grande Ourse est penchante à l’horizon profond. Nous regardons tourner le ciel chargé d’étoiles,

Et le vent de la mer qui passe dans nos moelles A notre infini se confond.

Tes yeux sont plus royaux que Sirius, plus pâles Que la Lyre, selon leur rêve ardent ou las, .

Et ta douleur mugit ou sanglote tout bas,

Comme l’Océan plein de râles.

Tu n’as rien de commun, Esprit lucide et fier,

Avec la Terre esclave et que l’homme laboure.

Un magique halo de mystère t’entoure.

Tu viens du Ciel et de la mer.

Les arbres, les rochers font des blocs de ténèbres Dans l’ombre, sur le mont où nous sommes debout Et la plaine à nos pieds s’éloigne et se dissout En de basses brumes funèbres.

On ne voit que les grandes formes. Rien de clair, Rien d’isolé, sinon les astres. La pensée,

Seule vivante dans la nature effacée,

Reflète l’immuable étber.

Quel vol silencieux de l’âme dans l’abîme...

Le ciel de la nuit Où s’épanouit La lune,

Nymphœa candide,

Tes yeux font splendide Son onde brune.

Dans le haut des cieux Tu penches tes yeux De mage

Sur la nuit immense, En qui se balance Ta fi ère image.

Tes yeux demi-clos Laissent fuir des flots D’étoiles,

Et ton corps rayonne Comme un soir d’automne Sous tes longs voiles...

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