‹ Les lys noirsChapitre 29 sur 32 · LES DEUX AIGLES · texte numérisé non relu

LES DEUX AIGLES

De profonds sentiments croissent avec lenteur.

Et souvent les esprits qui hantent la hauteur Des plus sombres déserts de la nuit glaciale,

Ouvrent malaisément leur aile impériale.

Le suprême Génie et l’éternel Amour Ne se dérangent pas aux voyages d’un jour.

L’Amour unique hésite à chercher son abîme Tant il s’ouvre au profond des cieux et du sublime, Et le Génie a peur de ce qu’il porte en lui.

Et tous deux, maladroits, chargés d’un vaste ennui, Se traînent n’osant pas espérer qu’il existe,

L’idéal, et fouettant des plumes le roc triste.

Mais ils montent enfin, lentement, l’un plus fier Que l’Aigle noir qui crie enivré de la mer,

L’autre, l’Amour, plus beau que l’Aigle d’or qui pose Sa serre sur la neige inaccessible et rose Du Kichanyunga vierge ou du Gaurisankar.

Ils s’en vont tous les deux hors du monde, à l’écart. Ils n’ont pas soif ainsi qu’un aigle de matière Seulement de l’aurore et d’un flot de lumière.

Où l’on peut désirer l'âme n’a pas assez :

Eux ne s’arrêteront que les cieux dépassés.

Ils poursuivent l’éther sans borne et sans pilastres Et dont la nuit sereine est au delà des astres.

Ils sont à l’aise maintenant. Oh! tour à tour Voir s’envoler ainsi le Génie et l’Amour Eternels du rocher de son âme immobile Oh! quelle destinée idéale et tranquille...

Celui qui la vivra rira de la douleur*.

Qu’on le torture il chante et garde la pâleur,

De l’heure où, loin du sol et des hommes vulgaires, 11 a vu s’envoler les deux superbes frèrès,

Le géant Aigle noir et le grand Aigle d’or.

Quhmportent le malheur, la défaite, la mort?

Ils sont là-haut jetant leur ombre sur les mondes.

Ils planent à jamais dans les hauteurs profondes Où leur regard n’aura fatigue ni sommeil Et ne descendront plus, même sur un soleil.

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