‹ Les lys noirsChapitre 31 sur 32 · CANTIQUE · texte numérisé non relu

CANTIQUE

Dans l’oasis brûlante où dort notre Palais,

Les palmiers, enlacés de géantes lianes,

Au torride souffle des solitudes planes Bercent, sans se mouvoir, leur radieuse paix.

En terrasses d’orgueil et de magnificence,

Dans l’immuable ciel où fume le désert,

En tours de diamant noir, d’or rouge, et d’or vert, Se dresse l’éternité du Palais immense.

Le soir, sur les balcons de jade et de saphir,

Je vois, en ton regard où ma prière plonge,

Beau comme la douleur, le silence et le songe, Fleurir la blanche lune et le soleil mourir.

Puis la volupté spirituelle, attendrie,

D’enlacer doucement ton corps et de sentir Avec lenteur et sans baisers s’anéantir Ma pensée aux profondeurs de ta rêverie...

Triste majesté des vœux anciens,

Chers drapeaux troués des souvenirs, Êtres oubliés qui restez miens, Confondus à mes nouveaux désirs.

Vous hantez cés grandes solitudes,

Mais sans désespoir,, regret ni haine, Vieux amours, pâle chair humaine, Passion passée, incertitudes.

Vous le comprenez, j’aimais en vous Ce que j’ai conquis, notre Idéal.

Vous étiez encor trop lourds de mal ^ Pour me suivre en mon bonheur jaloux.

L'amour infini n’est impossible

Que pour celui-là dont le cœur doute.

Vous avez aimé comme on écoute Le chaut d’une étoile inaccessible.

Vous avez douté, vous êtes morts,

Et je suis parti cherchant toujours Ce qui semblait vague à vos cœurs lourds, Cruellement noble à vos remords.

Brûlons des parfums aux vapeurs sombres Devant l’ostensoir de la victoire,

En qui j’ai cru, vous qui n’osiez croire, Amours oubliés, lunaires ombres.

Hors toi dont les regards sont d’un Mage et brûlants, Non de pensée humaine et de clarté solaire,

Mais retiennent captifs au lac de leur lumière Le Dragon de flamme et les basilics sanglants.

Nulle n’avait compris mon âme en ses élans Vers l’àbîme suprême et ténébreux qu’éclaire Obscurément le sang d’un Dieu blême en prière,

A flots désespérés ruisselant sur les flancs.

Mais toi, qu’un signe occulte a comme moi scellée, Nuit sans étoiles et richement étoilée,

Derrière tes vapeurs, de soleils et de Dieux.

Tes angoisses, je sais qu’elles aiment les miennes,

Et quand tu m’as tendu ton cœur mystérieux,

Ton cœur morne était plein de mes douleurs anciennes.

Un Dieu jeune et morose au fond d’un temple noir, Berce en ses bras voilés la reine qui l’enlace. Languide, elle semble en sa délicate grâce Un grand lys pâle aux mains pensives d’un beau soir.

Leur visage qu’altère un douloureux espoir,

Souffre, obscurci de doute et lumineux d’audace.

Le sépulcre inconnu les tente et les menace;

Leurs yeux resplendissants se regardent sans voir.

C’est l’heure de mourir pour monter aux étoiles. Lentement, ramenant ses mains sous ses longs voiles, Le Dieu s’est renversé sur les sombres coussins.

Tous deux meurent, lui morne en sa joie extatique, Elle tendre, appuyant doucement sur ses seins Le front pur et glacé de son époux mystique.

Page 1