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CHAPITRE CINQUIEME

Les enfants de Charles LeMoyne. — Intérieur d’une famille canadienne il y a deux cents ans. — Education des frères LeMoyne. — Leurs premiers faits d'armes à la Baie d'Hudson ; un canot d'écorce contre un navire de guerre. — Expédition contre les Tsonnontouans. — Beaux témoignages rendus aux frères LeMoyne

HARLES LeMoyne laissa onze fils et

deux filles. Dix d’entre les premiers méritèrent, par un courage et un dévouement admirables, l'honneur de marquer au premier rang parmi les grands citoyens de leur pays. Plusieurs d’entre eux acquirent même une réputation européenne, et la France est fière de compter d'Iberville au nombre de ses plus célèbres marins. Trois moururent au champ d'honneur, et quatre devinrent gouverneurs de villes ou de provinces. Voici leurs noms : Charles, baron de Longueuil

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60 MUDES MACHABÉES

et chevalier de l’ordre de Sante Louis, né en 1656 et décédé à Montréal en

1729; Jacques, sieur de Saint-Hélène, capitaine dans une compagnie de marine, né en 1659, et blessé mortellement sous

les murs de Québec en 1690 ; Pierre, sieur

d’'Iberville, capitaine de vaisseau du Roi, né en 1661 et mort de la fièvre

‘jaune à la Havane en 1706; Paul, sieur

de Maricourt, capitaine d’une compagnie de la marine, né en 1653 et mort à Montréal en 1704; François, sieur de Bienville, rer officier dans les troupes de la marine, né en 1666, et tué par les Iroquois à à Repentigny en 160$. Joseph, sieur de Sérigny, né en 16068, qui fut le compagnon digne et fidèle d’Iberville, devint

capitaine de vaisseau et mourut gouverneur de Rochefort en 1734; Louis, sieur de Chateauguay, garde de marine, né en

1676, tué à 18 ans par les Anglais à la

| Baie d'Hudson au siège du fort Nelson,

en 1694; Jean-Baptiste, sieur de Bienville IT, qui prit ce titre après la mort de son frère François, né en 1680, gouverneur de la Louisiane, de 1723 à 1726, mort à

Paris à quatre-vingt huit ans en 1768,

sans Jaisser de postérité; Gabriel, sieur

d'Assigny, né en 1681, mort des fièvres jaunes à Saint-Domingue en 1701 ; Antoine, sieur de Chateauguay IT, capitaine dans une compagnie de la marine à la Louisiane, Lieutenant du roi, chevalier

de Saint-Louis et enfin gouverneur de

l'Ile royale, mort à Rochefort en 1747.

Catherine-Jeanne, née en 1673, épousa en 1694, à Québec, M. Pierre Payau, Seigneur de Noyan, capitaine dans les troupes de la marine et chevalier de Saint-

Tous. Marie-Anne, née,\en 1078,5se.

maria, en 1699, avec le capitaine Jean Bouillet, sieur de la Chassaigne, qui devint gouverneur des Trois-Rivières et de Montréal.

Notre intention n’est pas d'écrire 1c1

la biographie séparée de chacun des

frères LeMoyne; nous nous contenterons de suivre, par ordre de dates, la

marche des événements auxquels ils prirent une part si active. Nous évite-

rons ainsi beaucoup de confusion et de redites. D'ailleurs, comme leur histoi-

re est intimement liée à celle de la

Nouvelle-France, pendant cinquante ans

après 1680, et que leur ambition était

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de se trouver partout où il y avait de glo-. |

rieuses estocades à donner ou à rece-

voir, nous aurons souvent l’occasion de.

rencontrer plusieurs d’entre eux dans les mêmes expéditions et les mêmes combats. |

En lisant l’histoire de leur temps, que de fois il nous est arrivé de songer aux mâles impressions qui durent frapper l’âme des jeunes LeMoyne, dès leur plus tendre jeunesse. C'était à l’époque des luttes et les plus acharnées que la barbarie aux abois livrait à la civilisation dans l'Amérique du Nord. Chaque colon était alors tenu d’être brave et soldat, et devait rivaliser d'adresse, de . ruse et d’intrépidité avec les ennemis implacables qu'il avait De jour à combattre.

Au lieu des contes bleus, des ineptes.

commérages et des cancans de notre fade vie bourgeoise qui, la plupart du temps, frappent l'oreille de nos enfants, les récits vrais de combats récents, les exemples les plus nobles et les plus propres à développer le courage, bercèrent Fentance des jeunes LeMoyne. se

Il me semble assister à une réunion

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des membres de cette famille, le soir, dans l’une des rares maisons de la ville naissante de Montréal. M. LeMoyne, au milieu de ses onze fils et de ses deux filles, comme un patriarche des temps bibliques

domine, par sa haute taille et par son

altitude fière, cette jeune famille pleine de sève qui l'entoure avec respect. Il vient d’arriver d’une expédition guerrière ou d’une ambassade, non moins dangereuse, chez les Iroquois. Il tient son

dernier fils sur ses genoux, tandis que les aînés sont assis à quelque distance, à côté

de leur mère, imposante comme une dame romaine ; et tous écoutent cette voix fer-

me, habituée au commandement dans la

bataille, et qui roule sonore sous les hauts plafonds de la chambre. Il raconte les péripéties du voyage, la longue marche à

travers les bois sans fin, les fatigues, les dangers de la route, les tiraillements de

la faim, quelque course furibonde à la

‘poursuite d’un orignal, des surexcitations,

des misères de toutes sortes. Soudain, son œil s’animé, sa voix devient plus brève et ses paroles plus précipitées et plus vibrantes ; il expose les préliminaires du combat, les émotions de l’engage-

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