‹ Les Machabées de la Nouvelle-FranceChapitre 25 sur 34 · JA QE · texte numérisé non relu

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s'empare sans perdre un seul homme.

__ Les deux autres ayant réussi à s’échap-.

. . per à la faveur de la brune, d’Iberville

relâche quelque temps à Pentagoët pour

réparer des avaries, et le quatorze d'août jette l'ancre devant Pemquid avec l’'En-

vieux, le Profond et le Newport. Re-

joint là par deux cent quatre Abénaquis, sous les ordres du fameux baron de Saint-Castin que ces sauvages avaient . adopté pour chef, et par vingt-cinq sol-

dats, dont M. de Vilieu était capitaine,

et M. de Montigny lieutenant, d’Iber-

ville fait sommer le commandant Chubb de capituler. Celui-ci répond d’abord avec la plus grande arrogance qu’il ne se rendait pas quand même la mer serait

| couverte de vaisseaux français. D’Iberville descend à terre pendant la nuit,

fait dresser une batterie de deux pièces

d'artillerie et de deux mortiers, et ouvre

le feu sur le fort. A peine a-t-on tiré

| quelques bombes que le commandant

Chubb fait hisser le pavillon blanc et ca- pitule avec une garnison de quatre-vingt-

douze hommes.

En parlant de cette capitulation peu honorable, Cotton Mather blâme verte-

ment son compatriote Chubb et dit que Pemquid, bien pourvu comme il l'était, pouvait se défendre longtemps contre neuf fois autant d’assiégeants qu’il (One de défenseurs.

Après avoir fait dénaateler Ja ee d'Iberville s’empressa de faire voile pour Terreneuve avec ses trois vaisseaux.

Mais à peine avait-il doublé les îles de Pentagoët, qu’il aperçut une escadre anglaise forte de sept navires. Se trouvant en nombre trop inférieur, et ne voulant pas risquer de manquer à ses instructions qui lui ordonnaient de se porter sur Terreneuve, immédiatement après la prise de Pemquid, d'Iberville serra de près la côte aux abords de laquelle les vaisseaux erne-

. mis n’osèrent point se hasarder, et leur è échappa malgré tout ce qu’ils purent faire pour lui barrer le passage. Le douze septembre il jetait l'ancre dans la rade de Plaisance qui était la seule place de 0 quelque importance que les Français

eussent alors à Terreneuve. “

Quoique’ située dans un des plus beaux ports de l'Amérique, la colonie de Plai o sance, dit Charlevoix, ne valait pas le plus médiocre des nombreux établisse- :

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à DE LA NOUVELLE-FRANCE #07

ments que les Anglais possédaient sur la côte orientale de Terreneuve, et ses quelques habitants subsistaient misérablement. Les Anglais au contraire y vivaient dans l’aisance, et tiraient des profits considérables de la pêche à la morue ; d'après leur aveu même ce trafic leur valait sept ou huit cent mille livres sterling par an. Telle était la situation de Terreneuve, lorsque d Iberville y arriva pour relever les affaires de la France, et mettre l’île toute entière sous l’obéissance de Louis XIV.

M. de Brouillan, gouverneur de Plaisance, avait recu instruction d'attendre d’Iberville jusqu’à la fin d'août, afin de se joindre à lui pour enlever les postes x anglais. Mais la première semaine de : septembre étant écoulée, il perdit patience — ce qui lui était assez naturel, comme nous le verrons bientôt — et partit seul, avec le Pélican et huit bâtiments malouins, pour aller attaquer Saint- Jean qui était le principal établissement des Anglais à Terreneuve. Il y avait trois jours que le gouverneur en était parti quand d’Iberville arriva à Plaisance.

Cette expédition ne réussit guère à M.

de Brouillan qui s'était hâté de l’entre-

prendre afin d’en avoir seul toute la

gloire, s’il venait à la conduire à bonne fin. Repoussé constamment par des vents contraires, il ne put s ‘approcher

de Saint- -Jean, se querella avec ses malouins qui lui faussèrent compagnie, et

revint assez mortifié à Plaisance le 17

octobre, après avoir cependant capturé trente navires marchands et dévasté quel-

ques petits postes de peu d'importance.

M. de Brouillan était un brave et

habile officier, mais d’un caractère dif-

ficile et jaloux. La renommée de d’Iberville lui portait ombrage, et loin de vouloir partager avec lui les succès de la campagne qu’ils devaient tous deux mener de concert, il aurait voulu en ob-

tenir la plus belle part. Aussi, quand :

il trouva d’Iberville qui se disposait à

quitter Plaisance pour aller attaquer la

Carbonnière, poste anglais le plus avancé au nord, voulut-il l'en empêcher en commandant aux canadiens de rester. M. de

Brouillan s’adressait mal : d’Iberville était l'idole de ses compatriotes. «Ces braves

canadiens, » dit Charlevoix, « étaient la dixième légion, qui ne combattait que

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sous la conduite de César, et à la tête de laquelle César était invincible ». Ils signifièrent si nettement à M. de Brouil- ‘Jan qu’ils ne reconnaissaient point son autorité et qu’ils suivraient d’Iberville ou se retireraient dans les bois, que M. le gouverneur de Plaisance dut renoncer aussitôt à ses prétentions. Et il lui fallut déclarer qu 11 désirait seulement contribuer à la prise de Saint- Jean, avec les habitants de son gouvernement, et qu'il ne prétendait réclamer autre chose que sa part de péril et d'honneur dans cette entreprise. Après cette déclaration for- melle, d’Iberville parvint à calmer ses canadiens et à s'entendre avec l’ombrageux gouverneur. Il fut convenu entre eux que d'Iberville prendrait la route de terre avec cent vingt-quatre hommes, tandis que M. de Brouillan s’embarquerait sur le Profond que commandait toujours M. de Bonaventure, pour se rendre à Rognouse qui était le lieu du rendez-vous.

Partis de Plaisance le jour de ‘ Toussaint, d’Iberville et ses hommes ne parvinrent au Forillon que dix jours plus tard, après une marche des plus

fatigantes à travers un pays humide et couvert de mousse dans laquelle ils enfonçaient souvent jusqu'à mi-jambe, après avoir cassé la glace avec leurs

pieds. D’Iberville se rendit seul en chaloupe à Rognouse où l’on convint de

renvoyer le Profond en France avec un certain nombre de prisonniers dont on ne

savait que faire. A peine ce vaisseau fut-il parti, que M. de Brouillan leva le

masque et déclara que tous les canadiens eussent à lui obéir et que M. d’Iberville pouvait aller où bon lui semblait. Celui- Ci, «naturellement modéré, » remarque Charlevoix, «ne fit rien pour attiser le feu ; mais, M. de Brouillan affichant les plus absurdes prétentions, d’Iberville ne put s’empêcher d'écrire à M. de Pontchartrain qu'il avait affaire à un homme à qui

il ne pouvait plus parler sans être exposé à se battre avec lui ».

L’attitude des de pourtant bientôt au gouverneur de Plai- Sance qu'il y allait même de sa vie sil

persistait à vouloir imposer ses volontés à des gens qu n ’entendaient pas voir

bafouer ainsi leur chef, et il lui fallut

bien écouter la voix du bon sens et se

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réconcilier avec d'Iberville. Après tous

ces démêlés, l’armée se mit enfin en marche, d’Iberville avec ses cent vingtquatre canadiens et M. de Brouillan avec cent hommes sous ses ordres. A trois lieues de la Baie-Boulle, éloignée de six lieues du Forillon, d’'Iberville, qui était à l'avant-garde avec quelques-uns de ses hommes, aperçut un petit corps d’ennemis à distance. Se mettre à leurs trousses, traverser, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, une rivière très rapide et très froide à cette saison de l’année — on touchait à la fin de novembre — mener les Anglais battant jusqu’à un petit havre où ils s'étaient fortifñiés, forcer leurs retranchements, passer trente-six hommes au fil

de l'épée et rester maître de la place, fut

pour d'Iberville l'affaire de quelques instants.

Ce fut là que l’armée le D init, Le vingt-huit novembre au matin, l’expédition se remit en marche au complet.

M. de Montigny, le même que nous avons déjà vu à Corlar, commandait l'avant-garde à la tête de trente canadiens. Ce brave gentilhomme qui, au dire de Charlevoix, prenait les devants,

taque. MM. d Iberville et de Brouillan

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