LA LEOBNDB DE LA FEMME AIMEE
Mais les journaux cherchent à savoir quel est rofficler désigné dans le Figaro. La Liberté nomme M. de Ilougemont. Alors, pour éviter que les soupçons ne s'égarent plus longtemps, MM. Scheurer-Kestner et .Mathieu Dreyfus, chacun de leur côlé, se décident à prendre la parole : M. Scheurer-Kestner pour dégager M. de Rougemont, M. Mathieu Dreyfus pour accuser Eslerhazy.
Aussitôt le Uhlan de courir les bureaux de rédaction pour répandre les Tables qu'il a imaginées, avec la collaboration de du Paty de Clam et^ de Henrv.
Le colonel Picquarl a toat conduit, répète-t-il à qai veut l'entendre. Il y a quinze mois il menait,
contui le colonil picquart 33
Mot mandat, one enquèle contra moi. Sa conduite fot Jagéa tellemont btàqaible qaa tes aapérieara l'enToy ilisgràco. Il' « »»
doaaiei mo, aidé par M , Ad-
eien directeur de la Sûreté (générale aa mini^tôre de l'intért<>M ' l'^I arait pris pour lleutemi' Maurice S • Du reste, les dé(>éches édt l-
géeê à celte époque, à propoi de cette campagne, doivent êtn 9iUre les mains du ministre de la guerre.
:ii vj'7un
.4erhazy se trahit comme
ir des télégrammes Ulanche et Speranza.
Kn elTet, c'est le 17 novembre qu'il fait cette dé-
[>oqae, nul à Paris oe peut
... jjQce de ces télégrammes.
1^ lettre du colonel Picquarl aa ministre,
■e le 15 de Tunis, n'arrivera à Paris que
Mais le Cblan peut tout se permettre. N')<
^e à mettre sa parole en doute.
Dès le 14 novembre, deux jours avant la dénon-
illon de )A. Madiit'u DreylU'i, il a restitué
■àtralemeulau ^en>^ral Billot le document libé-
eur, en disant qu'il le tenait de la « dame
iée a. l'Ariane qui l'a conduit dans le dédale
. il pouvait se perdre. Kt le général Billot l'a
1, nu a feint de le croire. Au lieu do faire em-
r cet homme qui promenait dans sa poohe
et les plus Mcrèlei du dossier lecrel ; au
!«> prescrire une enqoAte sur le vol com-
3 i LBS MACHINATIONS
rois, Billot a gravement accusé réception à Kslerhazy de son envoi par un garde municipal I L'histoire romanesque de la t dame voilée » est d'ailleurs accueillie sérieusement par la majeure partie des journaux, que 1 Klat-Majoir a fait <i travailler » en sous- main. On la sert toute chaude au naïf public, telle que la débite Esterhazy, identiQé avec 1' «honneur de l'armée».
Imaginez, dit-il, qa'un homme occupant une très haute situation (le bandit désignait ainsi Picquarl) ait été acheté par la famille et les amis du condamné des Iles du Silul. Pour innocenter son client, il faut qu'il en compromette on autre et qu'il Tasse disparaître la preuve de la culpabilité du vrai coupable. Il réussit en cette double besogne ; mais, au moment où il va commencer l'attaque, une circonstance qu'il ne pouvait prévoir réioigne et l'eropèrhe de diriger les opérations. Il lui faut un auxiliaire : ce sera une Temme aimée en qui il croit pouvoir se ner.
C'est elle qui sera son intermédiaire auprès des complices ; c'est elle qui aura en main le document à livrer aux amis du coupable contre gros salaire. Mais cette femme, peut-être par jalousie, refuse le rôle d'abord accepté et se retourne avec passion cuntre l'amant pour le perdre. Elle m'écrit alors, à moi, qu'elle sait la victime désignée, pour m'avertir d'être sur mes gardes. Elle accuse, elle accuse encore la personne qui s'est servie d'elle, et elle prouve sa véracité par la production d'un doca-
COMTm L6 COLOMEL PICQUART 35
ment formidable, qai me i iuto et perd celui qu'elle hait.
HaN^ri, ,:.. ..:, - - . -ibie
ftugrenue afec une cr^dulilô vraiment stupéfiante. L«> général de Pellieux se bornera à réclamer ik K-tf-' !'»8 billets de la myslérî*^" '*
inconnue. y, nullement embarras-
fera fabriquer pnr son cousin Christian.
I^ plan des faussaires est celui-ci : luire
admettre qu'en quittant le ministère de la guerre,
Picquarl a emporté des photographies du dossier
s'est livré aux pires manœuvres
i>i.i/y, victime de;; Juifs.
.0 admirahle qui. depuis un an. expie
crime d'avoir voulu servir la cause de la vérité
.dès lors, traîné sur la claie.
« vendu » et de « faussaire»
i son nom. On rtceuse de vol, de
, de corruption et de faux {IntranMi-
' -f' . On cherche la dame voilée
,^'e et, dans les romans qui
ient le Jour à cet égard, on reconnaît la fertilité
-inalioo de do Paty de Clam, car c'est lui
t.Ire tout. Les bureaux de la me Saint-
• sont devenus, pour la presse, uoe
able d'informations. Le Pactole des
iri- :.<.vivi.- coule à pleioi flots.
On imprime que, dans la mâme maison que le colonel Picquart, une femme aux « allures étranges », madame de B..., a longtemps habité; que cette femme, très jolie, était follement éprise de Téléganl officier; que, souvent, on la vit tenir les brides de son cheval quand 11 rentrait de la promenade ; qu'elle recevai' ' de gens
à nez crochu ; enfin — l'on in «up sur
ce point — quelle avait loujoun ster elle un portefeuille bowré (la billets de banque. Odieuse insinuation!
Elle avait l'habitude, ajoulc-Dti, d • i la
machine à écrire pour ses correspoïK. Or,
c'est une lettre écrite ainsi, à l'encre violette, qui fut remise par la c dame voilée» à M. Eslerhazy lettre accusant le colonel et que le commandant remit au ministre de la guerre.
Enfin il paraîtrait que madame de li... avait l'habitude de donner des rendez-vous en des endroits bizarres.
Ce qui donne lieu de croire «jn tnit- | nu irait être la V dame voilée •, c'est qu'elle a disparu depuis la dénonciation de M. Mathieu Dreyfus. On la dit à Londres.
Or, on sait que c'est à Londres que le commandant Esterhazy est allé chercher le document libérateur.
Tandis qu'il di ainsi caloniniL-, avili par une presse immondi'. le colonel Picquart. à. Tunis,
rOMTIIg LK COLONEL PICQUART 37
^>t contraint au silence. Il se dérobe à toute in- ^iew. sur l'ordre qui lui en a été donné. A son nt, il ne reçoit plus du tout de "- '''<l parce que, se méfiant à , il a demandé à ses pâli de mettre leurs lettres sous double enveet de gommer Tortemeul les lettres sur .1 surface, de sorte que, si on les oonait, l'y aurait plus moyen de les recacheter. Ne recacheler, le cabinet noir de la rue ..-^w>w. nique les a gardées.
UNS BNQUKTB KXTRAOROINàtBI
la suite d'une question posée le 16 novembre
' *' *" ' général Billot avait dè-
c l'auteur de la déooncia»
contre un orOcier français allait être mis en
)ure de produire ses Justifications ». Le gé-
de Pellieux, chargé de procéder à une
léte, entendit M. Mathieu Dreyfus, puis
Scheurer-Kestner, enfin M* Leblols, que
mrerKeslner lui avait désigné comme
à même de fournir des lodicatlons uUlet.
i^eblois, qui avait reçu de son client et am|
1 mandai illimité, Jugea le moment
^hmrger sa consdenoe. 11 crul parler à
un magistrat impartial, alors qu'it n'avait afT.iire qu'à UD suppôt de faussaires.
Le général de Pellieux, après avuir recueilli ces trois dépositions, estima superflu de pousser plus loin ses investigations, lienry était allé lui exhiber son faux et, devant cette « preuve absolue » de la culpabilité de Dreyfus, il s'était aussitét incliné.
Dans son /apport au gouverneur militaire de Paris, cet enquêteur extraordinaire conclut doublement : !• Contre Eslerhazy, aucune preuve; 2* Contre le colonel Picquart, une faute grave relevée au point de vue du service : la communication à M* Leblois des lettres du général lionse.
Ainsi, l'inculpé, c'était Picquart, toujours Pic quart. On le déclarait coupable sans l'avoir entendu. En ce qui concernait Eslerhazy, de Pel lieux était allé Jusqu'à se dispenser de soumeltrtson écriture à l'expertise, pour la comparer à celle du berdereau !
M. Scheurer-Keslner monta à la Iribuno du Sénat. Son intervention, àlaquelle se joignit celle de M. Trarieux, eut pour conséquence lenvoi par le ministre au brave de Pellieux, d'un ordre d'informer contre Esterha^y. A l'effet de donner à cet homme de guerre... civile la qualité d'olUcier de police judiciaire. Billot le nomma commandant de la place de Paris.
Quel fut son premier acte? Il fit saisir & la pos
' iNTRE LB COLONEL PICQDART 39 -
les lettres du colonel Picquari qui, au nombre de dix, venaient d'arriver par le courrier de Tunisie. Pu alion formelle de la loi, il fit opérer
en ..v;e du colonel Picquart, qui n'élail
même pas encore témoin, une perquisition au domicile que ce dernier avait conservé à Paris, 8, rue Yvon-Villarceau.
. Cette perquisition Tut faite par le coromissAire
de police Aymard. attaché à la place^de Paris, en
placable ennemi de Pic-
e mois, avait été promu
jionel.
prétexte hypocrite de chercher des
ontrebande, ces deux Gaspard»
iiison de fond en comliln iiisqu'au
étage.
* ocrent même p«:>n'Hrerchez une jeune liile, lerooiselle A..., qui était encore au lit, et cela e que son logement était voisin de la chambre i tonne dépendant de l'appartement do colonel quart
.1 raison de cette perquisition, c'est que do
I' y de Clam croyait que le colonel Picquart,
nt de quitter le ministère de la guerre, avait
' -■ ■ fr secrC't * - — ure de chêne
»errure>, «i très corn*
; ué, et que cette armoire. Il l'avait fait placer.
ruent, malt dans une
le était scellée ta mur.
La perquisition, nalurellement, n'aboutit h aucun résultat. L'armoire mystérieuse n'existait que dans l'imagination féconde du feuilletoniste du Paty de Clara. Et, dans l'apparleraenl du colonel Picquarl, Ayraardet Henry, en fait dedocuments détournés, ne trouvèrent que la collection des lettres de sa mère défunte, qu'il avait pieusement conservées.
rOMTR» LB COLONBL PICOPABT 41
Tout pour le Uhlan.
— M interdit
< roté tans
tiTOtr. — I. •. HaTarr. — Uoe oraffe de
I^ campagne de preste redooblait de violence
tart, à la suite des démarches quoU-
~ par Ksterhaxy auprès de certains
"3 conseils de du Paly de Clam et
Henry. M* Leblois se vit obligé d'envoyer à
« Haoaê le démenti suivant :
rer-KesiDer n'a jamaif ea da relations
iM oo* avec la colonel Pieqaart. Il ne le eoo*
i même |>as de voe et il n*a d'ailleura jaraab I de cet officier aocone commonicalion, ni di-
" "' '"••■'-...Me.
42 LC8 MACHINATIONS
M* Leblo» ne possède, tar cette affaire, aucun dossier personnel.
Enfin^ le colonel Picquart ne lui ^ j a*, ni au
ministère^ ni ailleurs, remis ni même montré ou lu aucune pièce du dossier Dreyfus.
Dans la Régence, où Picquart était très connu et, par conséquent, très estimé, on sétonnaildes liruits infâmes rais en circulation contre lui. Le correspondant du Temps télégraphia à son journal
On s'elonne ici que le commandant Eilerhazy ail dit que le colunel Picquart fût un ami de la famille Dreyfus, alors qu'il est de toute notoriété qu'il n'eut jamais de relations avec les israélites.
Unofflcier, arrivé de Tunis à Marseille, interviewé par M. Gaspard Galy, du Journal, lui fli cette déclaration, empreinte de la plus vive sympathie pour son camarade :
Jusqu'à ce qu'on nous ait mis le ntz dans les iiiiamies qu'on reproche au colonel Picquart, nou^ nous refusons à croire aux accusations dont il es* Tobjel. Je connais le colonel. Je l'ai va aux manœuvres et, toujours, j'ai apprécié son attitude < sa correction.