‹ Les machinations contre le colonel PicquartChapitre 9 sur 21 · CONTRE LB COLONBL PICQUART · texte numérisé non relu

CONTRE LB COLONBL PICQUART

.i>Mcai, son ami, auquel il confiait la défense de son honneur, qu'on voulut transformer en une violation de la loi de 1886 sur l'espionnage, au lendemain du fameax discours de Cavaignac.

MISSION TROP PERILLKUSB

Picquarl retourna à Sousse et il y Jouit d'un certain répit pendant quelque temps. Mais, vers le 14 juillet, le bruit se répandit, à Paris, que M. Scbeurer-Keslner, sur certains indices, était arrivé à douter de la culpabilité de Dreyfus.

Cette nouvelle fut, pour le lieutenant-colonel, la cause de nouvelles persécutions. Cette fois on tenta, me S&lnt-Domlnique, de se débarrasser de lui pour tout de bon, car on le rendait responsable de ce qui se passait

Ordre lut envoyé au général Leclerc, dont dépendait Picquarl, de le faire partir immédiatement pour Gat)è8 et la frontière tripolitaine.

Fort étonné, le général Leclerc flt appeler le lieutenant-colonel :

~ Qu'est-ce que cela signifie 7 i*écria-t-il. On me dit de tous envoyer dans le Sud, sous le prétexte de quelques cavaliers qu'on a vus sur la frontière... Cela n'existe plus. Cela vient d'être démenti. Tout cela ne tient pas debout et je ne veux pas que vous alliei plus loin que Gabès.

Sar ce, le général Leclerc écrivit à Paris pour signaler rinuUlilé et surtout le danger d'une semblable expédition. Les faussaires, devenus des assassins, n'osèrent insister...

Ne pouvant arriver à le faire disparaître physiquement, les misérables qui avaient juré sa perte se préparèrent du moins à l'achever moralelupnl.

LES MANNF.rrVRBS D KSTPRUa/V

Cependant, à Paris, les événements marchaient. M. Scheurer-Keslner continuait ses recherches. Et celles-ci n'étaient point ignorées du ministère de la guerre, puisqu'elles avaient provoqué le ?8 septembre l'étrange démarche du conlrôleu r lie 1 armée Martinie, se rendant auprès de M. Mathieu Ureytus, au nom du général Uiilot, pour lui demander a quels étaient les éléments dont dispo.salenl les sénateurs qui s'occupaient de Tairaire Dreyfus ». On craignait que Picquarl n'eût parlé.

De son côté, Esterhazy, tenu au courant par Henry et du Paly de Clam, se sent menacé. 11 rédige un pamphlet contre le lieutenant-colonel Picquart avec les renseignements qu'on lui a obligeamment fournis rue Saint-Dominique. Ce pamphlet, il le lait porter par Marguerite Pays à

uu:hIi\b le colonel i'ici,itA:«r 23

r — '■- ' ', Croix. Il veut le f.ti ter,

i lucraux journaux. Mai> if direc-

teur de l'imprimerie se méOe d'autanl plus que la ^ ise obsliDômeut de se nommer. Elle

. davantage nommer celui qui l'en-

— ii.itis ces conditions, il nous est impossible fî ■ - ler voire manuscrit, lui répond-on.

-vous à un jotimal, à la Libre Parole, par exemple.

A r -, elle se récrie vivement.

— A e Parole? Celui qui m'envoie y est

bien connu, mais il ne veut pas s'y adresser.

El Marguerite Pays se relire.

A rf • •■■' lans le public ne ï.«\ait >nr

qui - s soupçons de .M. Scheurer-

Kolner. Mais Eslerbazy, lui, n'avait nul doute.

Le 7 nr>vembrc, il écrit au colonel Picqtiart un»' l.iir»' \i.,!(>nte. La dame voilée va cnlrer en

J'ai reça eet tempi demien, dit-il au lieutenant-

olonel Picqoart, une lettre dans laquelle vous êtes

' r mellemeot d'avoir toodoyé des «ons-offi-

;r vou* prucurer de mon écriture. J'ai

■ éritlé If fait, il est exact. Ou m'a iotornié auMi da

if suivant: voot avez ditlrtil des docameoti de

iiu ienric« pour en faire on doaaier contre moL

I 0 fait du dutiier est vrai. J'en pouède une pièce

*n ce moment ci.

24 LBS MACHINATIONS

Quelques Jours auparavant, le général Leclerc avait reçu du ministère de la guerre un télégramme chiffré dans lequel on lui ordonnait de demander au colonel Picquart» s'il ne s'était pas laissé voler un document secret par une femme ».

Picquart n'avait rien compris à cette question, naturellement. II s'était borné à répondre qu'on n'avait pu lui dérober de document de cette nature, par la bonne raison qu'il n'en avait jamais possédé aucun depuis son départ du ministère.

La lettre d'Esterhazy fut pour lui une révéla- Uon. D'autant plus qu'en même temps que cette lettre deux télégrammes lui parvinrent le môme Jour.

Le premier, signé Sperarua, était ainsi libellé : «Arrêtez demi-dieu, tout est découvert. Affaire très grave. » Quelques jours plus tard F y

allait apprendre aux reporters que «bi »

était le nom de la dame voilée. Suprême maladresse!

Le second était signé Blanche, du prénom de mademoiselle de Comminges, dont du I^aty de Clam avait jadis fréquenté la maison comme Picquart. Il était conçu en ces termes : « On a des preuves que le petit bleu a été fabriqué par Georges ».Pour la première fois était lancée, par les faussaires de l'État^Major, la calomnie qui allait, contre le loyal Picquart, être tant exploitée dans l'avenir.

CONTAi LB COLONtL PICQUART 25

L'instruction ll^rlulus a fait la lumière cora-

"•■• -"- celle i.tlifiise manœuvre, d'»'''"" h

icr » Picquart. Les deux tel 'S

lai oDl été envoyés sar le conseil de du l'aty de

Clam. Cela n'sulie neliement de la déposition de

M. Christian E&terhazy :

Le premier, celui de SperamOt a été dicté par le •looel, écrit par madame Pays, mis à la poste par commandant Esterhaiy.

Mai*, dans la même joarnée, le colonel da Paly

0 Clam fait part au commandant Esterhaiy de ses

craintes qoe le télégramme transmis n'arrive point à

deatination par suite d'une erreur d'orthographe

faite an nom da colonel Picquart, et dont il s'est

aperçu trop tard en consultant l'annuaire militaire.

On avait oublié le c. Et, comme il était nécessaire

•■ poursuivre l'aventure, qu'il ne fallait point aban~

desaein pour une cause si futile, on décida

r un second télégramme. Le colonel du

'tty de Clam l'écrivit ou le dicta — mea aouvenirs

ina précis — et le commandant

Igné blanche.

Cet faox télégrammes eipédiét, Eslerhazy, •ur teeréer un alibi, envoyait, par l'interméiaire de l'agence postale du paisage de l'Opéra,

• '• "^ ' 'Time, au ch&teau de '- ir-

. en faisant passer c .e

»r. Londres.

Le t'blao et ses protecteurs, par ces maehiot-

lions diverses, s'étaient mis ainsi à l'abri du coup de tonnerre qu'ils avaient eu la clairvoyance de prévoir et qui n'allait pas tarder, en effet, à éclater.

CONTAI Ll COLONIL PICQUART 27

Le sauvetage d'Esterhazy.

L bomme deTEut-Major. — NooTelle lettre aaoojine.

— Oa Joae terré contre Picqaart. — Le Ublao joarna-

liate. — La lëg eode de la femme aimée. — La credo*

lité da frénéral de Pellieux. — Une fable taugreoue.

i'i''l<iirt - ie. — On laifit sea lettres. —

Goaune U le déclare dans les J/dmofrea, Bslerhaxy était devenu V « homme de l'Etat-Major ».

* traître SOU- lis

;iie leur œuvre criraiDelle s'était trouvée com-

juéle du irt. Et

... , .. Lcrhaxy lu. , qu'il

1 a rien fait, ri(*n dit, pis fait un pa«. pas dit un lot qui ne lui ait été prescrit, commandé •. ''tir le sauver, oo était décidé k ne reculer lit rien.

En possession de la lellre d'Eslerhazy et des deux dépèches signées Speranza et Blanche, le colonel Picquarl n'hésile pas une seconde. Il télégraphie à Tunis. Il sollicite l'autorisation d'aller voir le général Leclerc et lui porte la copie des trois pièces avec une lettre au ministre lui disant: « Voilà ce que je viens de recevoir. Cela Tient du commandant Esterhazy ou de son entourage. Je demande une enquête. »

LES PRÉCAUTIONS dVsTERHAZY

Mais, dès le 23 octobre, Esterhazy a pris ses précautions. A cette date, il a demandé en ces termes une audience au général Billot :

Le chef de bataillon Eêlerhazy^ en non-activité pour infirmité temporaire^ à monsieur le miiiiêtre de la guerre.

Monsieur le ministre, J'ai l'honneur de vous rendre compte que je suis certain qu'un grand scandale, auquel mon nom fera mêlé, va éclater. Je viens vous demander de vouloir bien m'accorder une audience; dix minutes suffiront... Vous êtes le gardien de l'honneur de vos ofOciers. Permettez-moi, en toute confiance, de venir mettre le mien entre vos mains.

Le ministre n'a pas reçu Esterhazy, qui n'a vu

CONTRB Ll COtONIL PICOUART «9

que le >;éDéral Millot, directeur de l'infanterie. Sur le • ce dernier, il a rédigé un mé-

niuin' jw W.....ÙI" dans lequel " • nconlé cette f.i».!." :

j > V I > < m, .iiicMuiii chez moi à la campagne, |iir$.{u il y a cki.] joarfl j'ai reçu la lettre anonyme er-joinle. Mon premier mouvement a été de chercher ce colonel Picqoart, dont je lisais le nom pour la première (ois, el, si je le trouvais, de le toer ; il n'était réellement pat à Paris.

la lettre anonyme qu*Bsterbazy prétendait avoir n- ' naturellement ôlô fabriquée par

lui ••' ' ' '" «»''v de Clara.

i rhazy s'est exprimé

comme suit sur tous ces Incidents :

Le colonel du Paty de Clam m'assura que le général Billot et le président du conseil, M. Méline, avaient en d'abord des sentiments favorables à la cause de Dreyfus (à la suite des démarche* de M. S. Ii.>(irer-Kestner), mais qu'ils s'en étaient délivr* > cl iiue maintenant ils étaient décidés à s'oppo- •*r 1.' toutes leurs forces à la révision du procès •]•■ (H'i^ Le plus dangereux adversaire était le lientett.iii! colonel Picqoart. II était néeetsaire de le .i<Miii4,|i]or. Mais il fallait jouer aerré avec loi. C'est I le colonel du Paty, madame Pays et Bs- ;*....*., lUi ftv»:-'.! (««ndu le piège de4 Tni» i.îiI^. grammes.

àO LBH MACHINATIONS

Cependant le dossier constitué par M. Scheur*"! r b'étail enlr'ouvert pour /« Fi.7rtro, qui

nii^..,... ,...c campagne ardente sous la signature Vidi. Un article de Vidi désigna l'olllcier que l'honorable sénateur considérait comme le véritable traître: « Une personne ap nt à l'armée, dont on dut la faire soti: i se de ses allures singulières, de ses relations louches. »

LK URLAN JOURNALISTE

Kslerliazy répondu a cei ariicie i qui parut dans la Libre Parole du 1 - ,

sous la signature « Dixi n. Dans ses Mémoires, il prétend que l'article signé « Dixi » lui fut a apporté, rerais tout entier écrit d'un bouta l'autre et qu'il n'avait été que le véhicule chargé de le porter au Journal de M. Drumont». Mais, à son cousin Christian, il confia € que c'était 11 ■ * qui avait écrit sur le conseil de du Paty et sur les documents qu'il en avait reçus ».

C'était un \iolcnt réquisitoire dirigé contre le colonel PIcquart, qui s'y trouvait désigné sous les initiales -Y. Y. L'article était intitulé le Com^ plot. Un lieutenant-colonel en disgrâce, disait « Dixi », vendu à la famille Dre\' ' '" i ' •

ce complot, destiné à la fois ai 1

Dreyfus et à perdre un officier honorable.

des faussaires de l'l::Ul-MaJor et dont plusieurs

ce; 1 la base de l'inculpation actuelle.

Il . ootamment, allusion au petit bleu,

ibriqué avec un art merveilleux, si merveilleux

> X. Y. eut le tort sans doute d'en rêver tout

r II V -, ,1... .>.«;ii,.. .: Indiscrète^'' - •

Ah i j'oubiiais — ajoatait « Dtxi • — il y avait

>-p «}in« 1 ■ » --- .•:• • "~- V Y.aveci'aide

1' 'il'" *, une, entre

re«, comprutnellante poor Dreyfus; cette der» .. a ..!.. r«t,p^c depuis; elle se retrouvera peul-

.reusement être compalsé par -, — i asMcié de bonne foi d'abord . e, et qui, écœaré enfin de tant d'igno- .i«, prtiviol la victime.

!.i pièce « compromettante pour Dreyfus»,

du Paty de Clam venait de voler

.. . secret pour la remettre à Ester-

-1 il avait donné rendez-vous aux In-

Ca document libérateur — dont, disait

Parole du 'JO novembre, les € initiés ne

qu'en rri^duunant, car, vous disenl-ils,

éUlt publié, demain 11 y aurait sli cent

iiDds en FraQC« » — c'était tout slm-

• pbotofn^pble de la pièce : « ce ca-

naille de D... > qui, on le sul pendant le procès Zola, par un aveu échappé au raUérable Henry, ne s'appliquait nullement à Dreyfus t

En môme temps qu'il publie cet article, Esterhazy envoie au colonel Picquart une nouvelle lettre anonyme, constituée avec des caractères d'imprimerie et ainsi conçue .

A craindre toat. L'œuvre découverte. Retirez - Yoas doucement. N'écrivez rien.

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