‹ Les machinations contre le colonel PicquartChapitre 17 sur 21 · CONTRE LB COLONEL PICQUART · texte numérisé non relu

CONTRE LB COLONEL PICQUART

oyageurs, et non le dossier secret dit des • ' voyageurs »• ;

i l'époque où Gribelin et Henry plaçaient la communication, par le colonel Picquart à M' I^bloi!<!, de It photographie de la pièce : - '" ' canaille de D... », M* Leblois. parli en va- > au moi* d'août. N ÉTAIT PAS ENCORE HENTHÉ A PARIS.

Au sujet de cette dernière imputation, le colonoi Pirquart ajouta que la photographie dont il -lit était très obscure, très brouillée; qu'il [Allait mettre le nez dessus pour la lire. Par conséquent, en arlmettant môme la version de Henry qu'il serait tnlré dans le bureau du colonel

icquarl au moment où celui-ci aurait eu celte pièce devint lui, il n'aurait pu la reconnaître.

Ainsi confondu, tremblant de Tureur, le misé-

tile Henry chercha une échappatoire dans la que, quelques instants aupa- ......... . ..,u.% laii cette déclaration :

■T m'a été remifl par le colonel Sandberr !>êpui$je nêCai jamaiê rr^xi que tur /• ireau du colonel Picquart.

11 (lit :

I , '-. iir iH je la recoanalirau a dix pas.

Il <ui i>aif êurtout lorêqu'on a Vhûbi'

('■ <(■ oir une piéee^ ot fai vu eeUê^ pluê

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d'une fois. Je le maintiens formellement et je le di» encore : le colonel Picquart en a menti.

Sous cet outrage, le colonel Picquart se redresse , lÀcbanl de la main droite la barre des témoins qu'il tenait. Sa main s'écarte. Mais il se ra\ise :

— Nous verrons cela ailleurs, dit-il, à mi-voix

— Je suis à votre disposition, répond Uenry sur le môme ton.

Alors, la voix légèrement altérée par la colère, le colonel Picquart fait entendre la vibrante protestation qui est restée gravée dans nos mémoires. Il explique aux jurés les motifs de ce> haines qui le poursuivent avec acharnement.

J'ai Toala m'éclairer, dit-il, et j'ai cra qu'il y avait une meilleure manière de défendre une cause que de se renfermer dans une foi aveo^le et souvent peu justifiée.

Pendant des mois, je ^uis ^t:^le dans la situalion la plus horrible pour un officier, car je me trouvais attaqué dans mon honneur sans ponvoii me défendre! Demain, peut-être, Je serai chassé d*^ cette armée que j'aime et à laquelle j'ai donii' vingt-cinq ans de ma vie ! Cela ne m'a pas arréh lorsque j'ai pensé que je devais rechercher la vérit. et la justice. Je l'ai fait et j'ai cru rendre en cela un plus grand service à mon pays et à l'armée I Ce t ainsi que j'ai cru qu'il fallait faire mon devoir d'honnête homme!

Voyant s'écrouler l'édifice des accusations qu'il

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a perlées contre le colonel Picquart, Henry retient au « petit bleu >. Il s'écrie :

Quand le eolonel Picqaart Tient noai dire qa'il a troDvé on c petit blea » dans les papiers que j'ai reçus, je pois vous afQrmer, moi, sur tout ce que j'ai de pins sacré ao monde, que je n'ai Jamais m ce « petit bleu ■ ; jamais ce « petit bien » n'a été rfc.u par moi et j'étais le seul à recevoir les papiers.

•ilà ce qne j'avais à vous dire.

La veille, Lanlh avait déclaré que son digne

lef, le colonel Henry, ne « se rappelait plus »

il avait trouvé les fragments du petit bleu dans

,v.rn..t. î I niémoire était subii'^fi'-nt revenue à

liant phénomène

C'est dans ces contradictions entre L«auth, Gri-

' ot Henry; dans ces mensonges et ces faux

ignages que les Cavaignac, les Chanoine et

■■■i Zurlinden sont allés ramasser les éléments de

vpQ de laquelle ces

,.,, ..li -, ww ...^..i-Valérien espèrent

partir prorhainement le colonel Pirquarl >ur le bagno

Le 17 février, le gênerai «n- èVii; li

itaHIe perdue. Le eolonel Picqu m i >^ ■-

ndu les calomniateurs. Il avait victorieusement

qu'Esterbazy avait pu se procurer

•<:» pièces énumérées dans le bordereau ;

les généraux avaient indiqué de faotset

dates pour le bordereau, pour la noie sur Madagascar; qu'enOn Dreyfus n'avait jamais eu entre les mains au moins un des documents livrés & l'Allemagne puisque, d'après le général de Pellieux, le traître devait ôlre un ofûcier ayant passé par les l'S 3* et i* bureaux et que Dreyfus n'avait pas encore fait un stage au 3* bureau. D'autre part, les dépositions empreintes d'ardent patriotisme de MM. Grimaux et Havet paraissaient avoir produit une profonde impression sur Ip- inn's.

LE COUP DE LA l'ILCE FAUSSE

Le général de Pellieux, avocat de l'État-Major, résolut de trapper un grand coup. La veille, il avait évoqué le spectre de la guerre prochaine. Ce jour-là, après un long conciliabule avec Gonse, il demanda spontanément à être rappelé à la barre. Le brave général apportait, aux jurés, la fausse pièce de Henry :

Aa moment de rinterpeliation Castelin, dit-il, on a eu au ministère de la guerre la preuve de la culpabilité DB Dkbyfus (on ne l'avait donc pas eue avant?) ABSOLUE, bt, cbttb preuve, jb l'ai vuk, JE L'AFFIRME SUR MON IKjSNEUIî, et j'en appelle à M. le général de Boi«deUre puur appuyer ma déposition.

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î .^ e/ii.^râl de Uoisdeffre vint, le 18 février,

la déposition de Pellieux comme exacU-

tiide ei comme aulhenticilé. Pui«. avant de se

r ' - " " suprême manœuvre, il Jeta son

b >er d'État-Major dans la balance

de la Justice. Se tournant vers les Jorés, il fit elle déclaralion .

», voatètes le jnry, vooi êtes la oatloo;

^..■>a n'a pas connaoce dans les chefs de son

: mée, dans ceax qui ont la responsabililé de la défense nationale, ils sont prêts à laisser à d'antret celte lourde làebe. Yods n'avez qu'a parler.

C'était là le « coup de massue • annoncé le aalin dans les feuilles cocardières...

Le lieutenant-colonel Picquart intervint, celte •is encore, dans rintérêt de la vérité. Il souli-

• !• l'opportuniti^ - ■•'=Are de cette pièce.

ée ai À point à . .ijor dans rintérêt

! Esterbazy ; 2* Tin vraisemblance du texte ; i* l'absence d*origlne.

— Celle pièce, ajoula-t-il, on ne roe l'a Jamais lontrée, mais souvent on m'en a parlé. C'est an

lUX.

Le général de Pellieu\ riposta en appelant, l'un ton de souverain mt^pris. le colonel Picquart : " Un monsitfur qui porte encof* l'uniforme d'ofQcier... • Nuus étions loin du propos tenu pir Tfon»*» :iti tUhni du procès, que le colonel

Picquarl élail susceptible « de Taire encore très bien son service dans 1 avenir, s'il le voulait. »

Pour avoir enfreint la consigne du mensonge ; pour avoir osé, selon son serment, dire toute la vérité, le colonel Picquart serait rayé de l'armée. Le général de Pellieux l'en prévenait.

Ces débats scandaleux se terminèrent par la condamnation d'Emile Zola à un an de prison, tandis que le Uhian national, confondu avec « l'honneur de l'armée », fut l'objet de monstrueuses apothéoses, embrassé par un prince d'Orléans, et porté en triomphe par les bandes nationalistes et antisémites.

CONTBB LI COLONIL FICQUART

La Revanche de l'État Major.

le colooel Piequart mit en rèrorme.— Son dod «tm

tieory. — Prétention grotetqae d'Eiterfaaxy. — Un

nouveau coup des fauttairM : la photographia dt

r^rUrubo. — La justice de Cavaignac. — SecoiMU

n dn colonel Picquarl. — Un caenoMlage

Cinq Joan aprèi le verdict des jarét de laSeioe,

le colooel Picquarl. qui élail détenu au Modi-

'' ilérien depuis quarantê^êix jourg^ reçut dans

casemate la notiflcatlon de sa miie en ré-

'. (•■ri.iM- h il!' r.i :,!i.i''im»nl la »é-

iievoir, 4|ui vu^ail briser

leux ans.

..-ra sans bruit son modeste logement

ta rue i von-VUlarceau. Uo groupe d'étudiants

lui adressa une adresse de sympathie. Il lit, à ces Jeunes gens, la noble réponse suivante :

On n'arrête pas la marche de la vérité, et si quelqoes-oos tombent meurtris en lui frayant un passage aa milieu d'une foule aveugle, que voulezvous? Je crois que leurs blessures valent bien celles du champ de bataille.

Lh. ULKL

Sa première préoccupation, étant libre, fut d'obliger Henry à lui accorder une réparation. Le lieutenant-colonel Picquart envoya, à Henry, MM. Ranc et Gast; mais Henry commença pir répondre qu'il ne constituerait ses témoins que quand les conditions suivantes seraient remplies : « !• Lorsqu'on aurait fait la lumière sur l'origine du petit bleu dont s'était servi le lieutenant-colonel Picquart pour accuser le commandant Ëterhazy du crime de haute trahison; 2* lorsque l'instruction, actuellement en cours, aurait élucidé certains faits, qualiflés de faux et qui étaient relatifs à deux dépêches connues du colonel Picquart. » Le misérable faussaire mettait le comble à son impudence.

MM. Ranc et Gast ripostèrent, dans une lettre adressée à leur client, qu'ils ne jugeaient digne

CONTRE Ll LOLOML PICQCAIIT

ni de lui, ni d'eux, d'engager une discussion sur

'' réponse d'Hi*nry. Alors, celui-ci se ra-

. ;ls mandataires, les lieulenants-coloneis

- et Boissonnet, se mirent en rapport avec

ux du lieutenant-colonel Picquart. Avant tout

1 ■ ■: " ■ *ÎM. lUn * '' t exigèrent que la

D' ie, que i; ar avait fait tenir

précédemment, serait retirée et considérée comme

h quoi la partie adverse consentit.

^..ns ces conditions que la rencontre fut

''-cidée. m. Ranc a raconté que, le matin du Jour il elle eut lieu. Il alla chercher le colonel Pic- .... ..V. . I..: Deijoyi^ sur son piano, le colonel

. les lignes qu'il remit à M. tiast en li disant : c En cas de malheur. » Puis, il vint à >. de ce tun Himple, naturel, qip

- ion, et que connaissent bien i^

it l'ont approché, il prononça ces paroles :

r, si Je ne revenais pas, sachez bien

I <ji( la vérité, et rien que la vérité ; n'atian-

z pas la cause du malheureux qui est 1.-

iS. • Malgré sa complète inexpérience des arme».

Picqnarl. qui,» on l'avait espéré et

..i à rÉtat-MaJor, devait être tué par

! nry, — Picquart blessa deux fols son adver-

ire.

'- rès Henry. Esterhaiy émit la grotesque pré-

Il de croiser contre la loyale épée du colo-

I Picquart ta lance de uhlan. Dans set .W<^-

moireê, \\ confesse que celle iniliative lui fui dicl6e parrÉtat-Major, qui alla jusqu'à lui choisir ses témoins : le lieutenant-colonel Berpouignan et le commandant Rapine de Sainte-Marie. Le colonel Picquarl repoussa du pied le cartel du bandit. Esterhazy, alors, le menaça d'une agrèssion :

Je suis au-des808 des injures et des provocations d'Esterbazy, prononça à cette occasion le colonel Picquart. Je kuIs parfaitement décidé, si je tombe dans un guet-apens, à user pleinement du droit qu'a tout citoyen en cas de légitime défense. A/ats je n'oublierai pas que j'ai le devoir de respecter la vie de cet homme-, car il appartient d la justice du pays et je serais coupable de l'y soustraire.

On sait que l'agression, si tapageusement annoncée par Esterhazy, eut lieu le dimanche 3 juillet, à 4 heures et demie du soir, place Victor- Hugo. Elle tourna, d'ailleurs, au désavantage du sacripant, qui fui roué de coups de canne.

RBAPPARITION DBS FAUSSAIRES

Depuis sa mise en réforme, le colonel Picquart vivait en repos, dans le silence. Les deux mille francs de sa retraite, joints à ses deux mille francs de rente, suffisaient à son existence simple et rangée. 11 attendait avec confiance l'issue de

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l'eaquôte Bertulus et les éYéaements qu'il prévoyait devoir en être la conséqaeDce.

MiU les calomniatears et les faussaires n'avaient pas désarmé. Un beau Jour, on apprit que le colonel Picquarl venait de se rendre à CarUruhe • t •!«> s'y rencontrer avec M. de Schwankoppen • I* \ irtitudedece voyage était du moins arOrmée pif i i: ho de Paris et le GauluU de l'aTreux Arthur Mayer. Le Jour précisa en disant que fKt il -Major possédait une photographie de l'entrevue, et Vervoorl demanda « l'arrestation immédiate du nouveau traître. » La photographie existait, en elTet. Elle avait été fabriquée rue s \\\.' '' "• = ■='••''. suivant un procédé bienconna. L. i.jnel Picquart, qui pouvait dé-

montrer, par des témoignages irrécusables, qu'il n\\\ Paris un seul Jour depuis son

rciuu. ». I ^.e. déposa une plainte contre le

Jour. Sur cette plainte, il n'a pas encore été statué.

U»» élection >■ *Mir<^nt lieu. Le premier soin de la nouvel!** Ch linlM. Tut de renverser le ministère Méline, que le roini»tère Brisson remplaça. Dans la n ombinai^on, latneeestion du géné-

r , .aut à Cavaignac, le cousin de du Paly

. e'est-à-dire de l'aKiian diabolique de l'erreur Judiciaire de 1804 qui, par des artiflcet coupables, avait provoqué le scandaleux tcquIU tement d'Balerhazy.

« Il D'y a pas d'affaire Dreyfus », avait dit Méline. « Dreyfus a été Justement et légalement condamné », avait répété Uillot, tel un perroquet auquel on a appris une leçon. Chaque fois qu'une interpellation s'était produite, les deux compères s'étaient conflnés dans ces deux formules mensongères, pour éviter d'entrer jamais dans aucune explication. L'attitude de Cavaignac, mû comme un pantin par Déroulède, par Rochefort et par Drumont, allait sensiblement différer de celle de son prédécesseur.

Qui ne se souvient de la mémorable séance du 7 juillet, où Cavaignac flt à la tribune, ' propre autorité, la revision du procès Dn ; se transformant à la fois en accusateur et en Juge, et concluant à la culpabilité du « traître »? Son discours, préparé par du Paty de Clam sur les documents du dossier secret. — nous l'avons su depuis — fut affiché sur les murs de toutes les communes de Trance, à la suite d'un vote unanime de cette Chambre dont la platitude et la veulerie n'ont d'égale que la stupidité.

Ce Jour-là, Cavaignac justifia le portrait peu flatteur qu'a tracé de lui Ësterhazy dans ses Mémoires, Il se montra « une bourrique à mine austère, qui prit son entêtement pour de l'énergie; un sectaire en carton, ambitieux, haineux, sans courage, qui, à la première occasion, avait perdu la tête ». il n'osa même pas invoquer le

CONTRE Ll COLONEL PICOOART SI

bordereau, tant, pour tout le monde, il était manireste que celte piècetètait de la roaïD du Uhian. Il se rabattit sur des pièces extra-Juridiques, et personne ne se leva pour constater qu'il reconnaissait implicitement ainsi rillégalitû du jugement pro> nonce par le rnnseil de guerre. La principale de re^ pièces, poilérieure à la condamnation de I)reyru!i, était celle arrivée si juste à point au ministère de la guerre pour arrêter, en novembre 1806, l'enquête du colonel Picquart, et que le général de PeUieux, avec la sanction et l'appui du Kén<''ral de BoisdcfTre, avait apportée à la cour <!'assises pour vaincre les hét^itatiuns du jury.

Depuis longtemps on savait au ministère que cette pièce était un faux ridicule, dénoncé comme tel à U. Hanotaux parle comte TornieUl, ambasaadeur d'Italie, un faux dont ni Méline, ni llaooUax n'avaient osé se servir. C*e»t sur cette pièce que la « bourrique à mine austère • appuyait n » de la culpabilité de Dr 'n

m ...I ^ gn démontrer l..w .lé-

\ t était conçue cette lettre,

-érieusement attribuée à un attaché militaire ' Iraoger, dont les fonctions eUe»>mèmei devaient pourtant exiger une connalsMoee parfaite de notre langue :

J'ai lu qu'un dépidé inltrpêlle êur brwy/uê.

'■'■. dit Cavat;---- ■• ^-"» -« d« phrase qsa

■ ■> lire))« , aoaU des ra/a-

ft.

tionê avec ce juif. C'est entendu. Si on vous demande^ dileê comme ça, car il faut pas que on iache jamais personne c« qui est arrivé avec lui. J'ai pesé, déclara Cavaignac, raulhenlicilé matérielle et l'authenticité morale de ce document.

La Chambre écouta celte lecture sans sourciller.

— C'est clair ! s'écria Alphonse Humbert, l'ancien forçat repenti, maintenant acquis à l'Elat-Major, et qui résumait ainsi In .sentiment unanime de ses collègues.

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