VI
L'Infamie suprême.
L'iostracliou Fabre. — Témoios suspects. — Nouvel etroodrenient de l'accusatioD. — Le suicide d Ileary. — Déroule des persécut'urs. — La di-roière ressource. — Le colonel Picquarl Ivre à la justice de Ravary. — La prote&talion des coosciences.
Pendant que tous ces événements se déroulaient, l'instruction de la plainte de Cavaignac contre MM. Picquarl et Leblois se poursuivait devant le juge Fabre. Dans lecabinetde ce magistrat déniaient les généraux Gunse, de Boisdeiïre. de Pellieux, et le trio Henry, Lauth, Gribolin, qui tous renouvelaient contre le prisonnier, en les enjolivant pou r les besoins de la cause, leurs réquisitoires de la Cour d'assises. Deux autres officiers du 2« bureau, qui n'avaient point paru jusque-là, les capitaines lunlc et Valdant, étaient
CONmi LB COLONIL PICQOâftT 91
>nuâ Joindre leurs témoignages à ceux des irèn^s et des amis.
Le nombre grandissait de plus en plus, dans les bureaux de la guerre, de ceux qui s'étaient subitement aperrti^, lor»que la revision du procès Dreyfu.s avait été mise en question, que le colonel Picquart avait commis tous les forfaiU.
Les griefs les plus saugrenus furent articulés contre le prisonnier. C'est ainsi qu'on alla Jusqu'à voir en lui l'auteur des articles de l'Eclair i du Matin, dirigés contre son enquête, el à la >t itf> desquels furent prises les mesures de suspi 'Mi l'eussent fait partir sur la frontière tr ae où il eût trouvé la mort, si le général ^>clere avait aveuglément suivi les ordres qu'on lui avait transmis.
A la demande du colonel Picquart, les direeleurs de VEclair et du Matin furent entendus par le Juge, et il fallut abandonner l'accusation sur
tiel Picquart, assisté par le vaillant et (ifatigable Labori, démolit ainsi, les unes après les autres, toutes les prétaoduet charges for lesquelles on voul ilt 6tay«r Aon procès.
TEMOINS SU8PBCTS
Quand la fragilité de l'inculpation devint par trop évidente, de nouveaux témoins surgirent tout à coup.
L'n nommé Caillaux, concierge au ministère de la guerre, à la porte du boulevard Saint- Germain par laquelle entrent les visiteurs pour le bureau des renseignements, vint déclarer au juge Fabre que, du 18 août 1896, date de son entrée en fonctions, jusqu'au t5 septembre, il avait vu plusieurs fois M* Leblois pénétrer dans le bureau du colonel Picquart. Corroborant la fausse déposition d'Henry, le nommé Caillaux ajouta qu'un jour, toujours en êejUemhre, lui aussi il avait vu. LA POIITE DU BUREAU ÉTANT OUVEllTE, le colonel Picquart et son ami Leblois « compulsant >> un dossier. Au lieu de s'enfermer à clef, le colonel Picquart avait sans doute ouvert sa porte toute grande, exprès pour que le nommé Caillau x ne pût rien ignorer de la divulgation de papiers secrets à M* Leblois...
Malheureusement pour le nommé Caillaux et pour Henry, M« Leblois démontra par des lettres, des notes de voiturier, des notes d'hôtel et des témoignages irréfutables, qu'il avait quitté Paris le 5 août pour n'y rentrer que le 7 novembre, et qu'au moment où l'excellent pipelet le voyait tri-
CONTRI Ll COLONIL riCODART 93
P' «locumenU provenant de la fameuse
ar :er, il parcourait, avec sa ramille,
rAl>ace et le grand-duché de Bade.
L'accusation s'effondranl sur ce second point encore, il ne fol plu- qii " lue de la viijiite faite en Juin 1S'.»T p.ir le m, quart à M« Le-
lois, lorsqu'ayant reçu du misérable Henry une 1< '»*, il avait cru prudent de se mettre
à . < .^ machinations.
Sou» l'inspiration des hommes de l'État-MaJor, le Juge Fabre chercha à établir que le colonel IMcquart ne s'était pas contenté de communiquer à «^on avocat les lettres du général Oonse — com-
unication qui, d'ailleurs, lui était également reprochée pour la seconde fois — mais qu'il lui avait en môme temps donné connaissance du eontenu det dossiers Dreyfus et Esterhazy et,
•tamment, du ■ petit bleu • révélateur.
Dès lors, la thèse devenait celle-ci : En poneslioo de ces documents. M* Leblois était allé ?olr U. Scheurer-Kestner pour les lai montrer et, dès lors, un concert s'était établi entre le colonel pir-tMiri M*I-«blois et M. Scheurer Kestner pour p< rhazy et rehabiliter Dreyfus.
Le colonel Picquart affirma hautement qu'il •> était borné, en Juin 1807, — et parce que le •oucl de sa défense éventuelle l'y contraignait de la façon la plus absolue » à signaler à M* Leblois, d'une façon vague et générale, l'enquèle à laquelle
il s'était livré l'année précédente au sujet d'Eslerhazy. Il contesta, naturellement, le caractère délictueux de cette communication verbale. De son côté, M* Leblois répéta que le colonel Picquart ne lui avait montré, remis ni lu aucune pièce du dossier Dreyfus ni aucunr ' ' ' sier Esterbazy. EnQn, M. Scbeurei clara qu'il s'était trouvé, pour la première foi.^, en relations avec le colonel Picquarl, au Conseil de guerre devant lequel Esterbazy avait comparu, c'est-à-dire en janvier 1898.
Cette afQrmation de M. Scheurer-Kestner fui contestée par un témoin du môme aca! * N' nommé Caillaux, un sieur Souligaud, a:. m
tassin au 4* tirailleurs algériens, que Laulb était allé relancer tout exprès à .\uban par Mirebeau, au fond de la Vienne, le village où il s'était rendu en quittant le régiment.
Le 20 juillet, Souligaud seprésentaà M. Fabre. Il lui déclara être arrivé à Sousse le 8 février 1897. Il n'ajouta pas qu'il était cbargé là-bas de la surveillance occulte du colonel Picquart pour le compte du service des renseignements, t Tout d'abord, dit-il, il ne remarqua rien d'anormal dans les allures de son supérieur, si ce n'est qu'un jour, il vit un commerçant juif du nom de Dreyfus, qu'on disait cousin du prisonnier de l'Ile du Diable, le saluer obséquieusement en l'apprlani M. Picquart. »
CONTRE Ll COLONSI. PtCQUAlIT 95
Mais, vers la fin de mai, comme U servait de i..aatuo au colonel Picquarl pendant les manœuvres qui avaient lieu au camp de SidielIIarri, Savignaud, chargé de porter sa correspondance à la poste, avait remarqué que la plupart des enveloppes dont il ne manquait Jamais de lire les suscriptions étaient adressées à M* Leblois, à mademoiselle Blanche de Comminges ou à M. Scheurer-Kestner. Ce dernier nom surtout, disait-il, l'avait frappé. La presse de l'état-major fut avisée de cette déposition et la relata. M. Scheurer-Kestner s'éleva, dans une lettre au Ttmps, contre les assertions de Sa \ignaud. A cette lettre, Ia Libre Parole répondit en ces termes :
Sooligmad, Taocien ordonnance de M. Picqoart en Tanitie, noos prie d'insérer la lettre Boivante en
ré\ "-x iojores qoe Ini avait adressées l'iropo-
di rer-Kestner dans différenls joamauz da
Syndical de trahison :
« Monsieur le Rédacteor,
• Oo me dit qa'an nommé Scbeorer-Kestner a éeritdans le joarnal le Tempe qoe j'ai menti en disant ao joge qoe le colonel Picqoart, dont j'étais ordonnance, m'a donné des lettres à N>n adresse avant le 1" janvier 1897. Je n'ai pas été ao>devant do joge, comme beaucoup d'autres; mais, appelé parlai, j'ai cru de muu devoir de lui r^iiondre ta vérité que j'afflrme encore.
• Entre l'humble ordonnance et le sénateur ins<
trument du Syndical de la trahison, dirigé parles étrangers qui sont les pires ennemis de la France, et les Juifs qui la dépouillent pour vivre, personne n'hésitera. »
Cette lettre ne pouvait avoir été écrite par Savignaud, puisqu'elle était signée « Souligaud ». Elle était conçue dans le style ordinaire de la Libre Parole^ et contenait des erreurs matérielles flagrantes. Son auteur avait bien mal interprété les indications qu'on lui avait fournies rue Saint- Dominique. Mais Savignaud ne protesta pas, car il était de « mèche. »
Le témoignage de ce dénonciateur fut réduit & sa juste valeur par le colonel Picquart, auquel il su f&t de demander pour cela qu'on voulût bien prendre des informations sur sa personne.
Le juge Fabre rendit son ordonnance le 25 août. D'une façon générale, il se déclarait incompétent à l'égard du colonel Picquart sur les trois premiers points : dossier Boulot, dossier des pigeons voyageurs, dossier secret Dreyfus. Au sujet de M* Leblois, il prononçait que « de l'information, il n'était pas résulté contre lui des charges surflsantes de s'ôtre, à Paris, depuis moins de trois ans, rendu complice par aide e assistance des délits de communication de documents secrets intéressant la défense du territoire et la sûreté extérieure de 1 Éiat, imputés au colonel Picquart. »
C0N1RB LS COLONEL MCQCAltT 97
Déjà Cavaignac, d'accord avec les Bertrand et les Keuilloley, socgeait à livrer Picquart au Conseil <î ••. Par malheur, pour éliminer- M* LeL - - ii prévention, il avait fallu amoindrir celle ci au point qu'il n'en subsistait plus rien contre le colonel lui-même.
Le juge d'instruction, pour essayer de justiOer U prévention de »ix semaines qu'il avait infligée à l'ancien chef du service des renseignements, en étai expédients. Il ne retenait que
je quai :.: communication du dossier
de l'enquête suivie contre Esterhazy et des lettres du général Gonse relatives à cette alTaire. Et gjji" -« n. .- vi« Leblois, il ne s'agissait plus 'le Co: as de documents, mais de ren.sei-
gnementê eouienu^ dans des documents.
î le colonel Picquart et M* Le-
bl . yôs devant le tribunal correctionnel, en vertu de It loi sur l'espionnage. Espion, c«lui dont les recherches patientes et
laborieuses avaient d<^" -' un traître qui
livrait à l'Allemagne, m .1 une subvention
deux mille francs par mois, les secrets de la lie ! Espion pour s'être prémuni.
— un avocat, contre les odieuses
ivres de bandits, d'abjects faussaires ! Une •' accnsatioD devait s'écrouler au premier
i uc la délense publique.
98 Lss Machinations
LE SUICIDF. D'HBNRY
L'ordonnance du juge Fabre était rendue depuis cinq jours, lorsque la nouvelle de l'arreslalion du lieulenanl-colonel Henry éclata comme un coup de foudre. Le lendemaiD, le généra! Roget, chef du cabinet de Cavaignac, annonçait en pleurant aux reporters qu'Henry venait de se suicider au Mont-Valérien.
Le misérable s'était recnnini i .luunu uu idux commis en novembre Is-'t. a la suite d'une enquête qui n'avait pas été spontanément provoquée par Cavaignac, comme osa le prétendre cet effronté menteur, mais qui avait été exigée parle comte Tornielii, Ambassadeur d'Italie, le jour môme où Cavaignac s'était permis, malgré les engagements antérieurs pris par Hanotaux et Méline, de produire ce faux à la tribune de la Chambre.
Le 30 août, le lieutenant-colonel Henry, de retour de Berck- sur-Mer, déjeunait avec sa femme dans un restaurant de l'avenue de laTour-Maubourg. Vers le milieu du repas, un monsieur en civil, décoré, était entré et lui avait fait signe de le rejoindre. Ils étaient sortis un instant. Henry était rentré quelques minutes après, très pâle ; il avait soldé la note, après avoir échangé avec sa femme quelques mots à voix basse; puis, il était parti en donnant les marques de la plus vive agi-
CONTRE LE COLONIL PICQCART 99
'! y avait là plus qu'une coïncidence et lient, suivant les conclasions du Cri d« Paris, laquel nous empruntons ces détails, l'homme décoré avait mh le lieutenant-colonel Henry au courant de ce qui se passait au ministère.
Henry, qui se considérait comme assuré de l'impunité, ne s'en étnit pa<: moins rendu à son bureau. Le général Gonse l'avait alors mindé. puis il l'avait introduit dans le bureau du ministre, qui l'attendait...
Le premier moment d'affolement passé, CaTai-
se préoccupa d'empêcher que le colonel
lari ne bénéOclAl de ces événements tra-
• s, et voici la déclaration qui, sur ses indi-
catioDs, fut faite à la presse :
Il faot qoMI soit bien entendu que l'ex-colonel Picqaart n'est poor rien dans celte affaire. Le ministre n'a eo aacan rapport avec cet individa. Il n'a tena aucun compte de ses dénonciation*, et ne lui a envoyé p«rtonne, ni à la Santé, ni aillrurt.
L opinion du minUtre êur la culpabilité de /fr«yfu» rêête entière. Sa conviction ê'ft fortifiéa (ê l'itud» du dotêier.
Vn agtnt inintelligent et maladroit a voulu faire du zèle. Il a eommiê une fauta. Voilà tout.
Celait pourtant bien pour avoir dénoncé et offert de prouver le faux dès le 0 juillet, que le lieutenant-colonel Picquart avait été arrêté trois
Jours après Par d'audacieux déraentis, Cavai-
gnac s'iraaginait pouvoir anéantir l'histoire!
L'arrestation et le suicide de Henry avaient jeté le désarroi dans le clan nationaliste. La Patrie qui, plus tard, s'associa au projet de monument & élever au faussaire n?tional, déplora € qu'un officier français ait pu s'abaisser à de tels moyens pour surprendre la conflance de ses chefs ». Le Soir, de Pollonnais, exécuta une charge virulente contre Cavaignac :
AioAi, pour obtenir un vote de confiance, le ministère n'a pas craint de certifier à la légère l'au- Ihenticité d'un faux , et c'est deux mois après la lecture à la tribune de ce faux que le gouvernemenl s'est préoccupé de savoir si la pièce qu'il avait certifiée vraie n'était qu'un chifTon de papier plus ou moins habilement maquillé par la main d'un faussaire. La Chambre a donc été entraînée, par la coupable impéritie du gouvernement, dans une lamentable aventure, et c'est à la Cbambre que ce gouvernement doit des comptes sévères de son imprévoyance et de sa légèreté.
Le Jour fut seul pour mélancoliser sur le sort du lieutenant-colonel Henry, « ce type parfait du sous-officier et de l'honneur militaire (sic) ».
Le suicide du martyr de Vervoort eul des con-
CONTRE L« COLONEL PICQUART tui
liâtes. Le général de BoisdefTre <i :iii< ton. Moins diinie. de Pellieox
te crampon na à son poste.
', madame iJi- : i- ' i!t»>sa au gu...^ wc. .,.v..-<. Sarrien une reqaîiic eu révision du proeès de son mari, basée sur le fait nouveau onsititué par les a\eux d'Henry.
Iy> r. * jouT^ Cavaignac abandonnait son port*' o »e trouvant, dhAÏi'U, en désaccord
avec $eê collègues^ et décidé à combattre la révision du procèê ». Il était remplacé par Zurlinden et la revision était décidée en principe.
Esterhaiy, mi^ en réforme après sa traduction
!e«ant un conseil d'enquête et craignant une nou*
-^talion pour ses escroqueries envers son
^•renail la Tuite.
La dame voilée du Paty de Clam éUit mis en
non -activité par décision du conseil des roi«
oi&tres.
Mais le lieutenant-colonel Picquart restait en prison...
LE COLOrCBL PICQUART UVRB A LA JC8T1CE ItE RAVABY
M* Labori introduisit, en sa faveur, une demande de mise en liberté provisoire. Cette de-
mande Tut soumise & la 0* chambre correction- Délie, qui refusa de Tadmetlre :
Attendu, disait l'arrêt, que le tribunal ne peut examiner le fond, et qu'à part l'aveu d'un faux commis par le lieutenant-colonel Henry, faux qui a entraîné son suicide, et qui peut avoir les conséquences les plus sérieuses en ce qui concerne les faits reprochés au lieutenant-colonel Picquart, il n*y a pas d'éléments sunisanti) permettant à la 9* chambre d'ordonner cette mise en liberté, alors surtout que la 8* chambre procédera à un très bref délai à l'examen de cette afifaire ao fond ;
Le lieutenant-colonel Picquart était ciié à comparaître devant la 8* chambre le 21 septembre.
Le président de celle chambre, M. Paul Bernard, manifesta hautement son intention de ne pas juger ce procès à huis clos. Le parquet de Bertrand et de Feuilloley, complices ordinaires de l'Elat-Major, sentit que le colonel Picquart allait échapper à ses ennemis.
La veille du Jour où le prisonnier allait enfin être jugé, M. Paul Bernard, —qui, disons-le à son honneur, fut en cette scandaleuse affaire une dupe et non un complice, — avait annoncé qu'il remettrait l'alTaire au premier jour, après la revision.
— Si le délit est établi, disait le magistrat, pour le réprimer, il faut que le tribunal sache à
CONTHK LB COLONEL PICQUAHT 103
qw ' '■'' a obéi M. Picqaart. S'il a voulu sau-
ver i venl, le délit esl bien véniel. S'il a
voulu sauver un traître, c'est un crimiDel digne de toutes les sévérités de la loi.
El, en même temps, M. Bernard indiquait qu'une demande de mise en liberté pro>isoire «erait sans doute favorablement accueillie par le tribunal.
Picqiiart libre! Picquart — qui avait assigné l'Éclair en diffamation pour l'avoir accusé d'être 1 - du p^itit bleu — Picquart se lavant
] : .-ment des insinuations et des calomnies a!<> irits dirigées contre lui ! On ne pouvait pas permettre cela.
Puisque le lril)unal Mnilail renv(»yfr l'afTaire aux caien«ies, l'airaire s».Tail reruise, soii î tuais Picquart ne serait pas libre. Picqaart espion, c'HaH irrotesque. On allait essayer de faire croire à IM'vjMart faussaire.
I)i{)iii!i deux ou trois Jours, les feuilles de l'Eiat-MaJor publiaient des articles à tendance sur le nouveau « coup de IhéAtre • qui se préparait dans l'ombre.
duo» le mioistare Helioe. (lisait la Librt Parole^
(le* recbercbM très lérieatas avaiaat été ordoonéas
:' , lîude et les inan<Bavr«s de Pieqoart, dit < la
• rgette ».
De précieux renteignemeoti avaient été recoelllis
•or lea actes de forfaitore de eeloi qae Reioacb
s'obsline à appeler « colonel », on n'a jamais su pourquoi.
A ce moment-là, on voulut le poursuivre. Mai* Méline et Billot s'y opposèrent, dans la crainte de passionner les polémiques.
Pour une idée, ce fut une bonne idée I
Ce qui est curieux, c'est que le général de Boi$deiïre lui-même partagea l'avis de Méline et de Billot.
M. Gavaignac, lui, lorsqu'il eut pris connaissance du dossier, avait dénulé qiK; I;i iusl'ce suivrait Aon cours.
Cesl - .1 tl |iaiL qui fui cau&e que les poursuites n'eurtnt jjas lieu plus lot.
Quant au général Zurlinden, il n'eut pas le temps de faire entrer l'afTaire Picquart dans une phase active.
Toutefois, il prit connaissance des conclusions du dossier, et provotjua un vif mécontentement chez l'austère fripuuilie qui préside le conseil des ministres, ainsi que chez Bourgeois, l'amant de la nouvelle Kaulla, en déclarant que des poursuites d>:vaient être ordonnées sur l'heure contre Picquart , pour forfaiture et trahison.
L'Intransigeant insérait des « révélalions sur le petit bleu du sieur Picquart», et les autres Journaux de tolérance faisaient chorus. L'un •' allait jusqu'à certifier que « Picquart avait l . . complice de Dreyfus, et qu'on en avait la preuve».
On sait ce qui passa à l'audience du 21 septembre
CONTRE LB COLONBL PICQUaRT IU5
dernier : le substilut Siben annonçant que, la veille, le Procureur général avait reçu du ministre de re une lettre l'avii^ant que l'autorité lUi. ...... u-clamait le colonel Picquart pour
faux et u»age de Taux.
Ce petit bleu, qu'on avait tenu pour authentique devant le conseil d'enquèle qui avait mis Picquart en r^^forme ; ce petit bleu, qu'on avait teno pour authentique au conseil de guerre lors de rae> 'rhazy; ce petit bleu, tenu pour j..' w^iiuis deux mois et demi par -, qui en avait fait la (mm de ton instruction contre Picquart; ce petit bleu, Zurlinden — r lonipte personnel les diva-
- lienry —le déclarait faux, et
1 ouvrait une instruction contre Picquart, faus-
.^<>us assistions à cette audience historique et
nous nou!i rappellerons tiujuurs l'émotion qui
étreignit les magistratâ eux-mêmes, lorsque le
aprèé l'éloquente plaidoirie de
sa pour faire celle déclaration :
Jv <oiicJi«rai p«at-ètr« ce soir au Ctercbe-Midl. C est U dwalèr» foU saa« doot« qiM J« poli pail«r
.•n t.tiht.,^- «Taat ttB* iastructioa qu'on va Uir« à huU
Eii bien, J« U«na à !• dlr* : il j* trouv* ojui* oui «Uttl* la lae*t âm L«DM«tor-Ploard oo !• rMoIr d« !(«Bry, J0 M m'«n Mnrirttl p«s Je n'ai pas llataatioa ,o me tuidder. Ce «era ua aMe*ftin«t
lOt) LES MACHINATIONS
Je suis prât à répondre le front haut à toutes les accusations. Je n'en crains aucune.
Le lendemain malin, le colonel Picquart, vielime de la faiblesse de Brisson et de lacanaillerie de Znrlinden et de Chanoine, était transféré de la Santé au Cherche- Midi et mis au secret. El Judet-la-Honle se permettait d'écrire que « Picquart retrouverait peut-être le courage qui fll, d^ la fin de Henry^ un hkros ». Et la l'atrie disail : € On le tient, votre Picquarl! Celui-là est trop lâche pour se tuer. » Le testament de haine laissé par Henry avait été fidèlement exécuté.
LA JUSTICK DE ZURLINDEN
Zurlinden sut choisir les officiers auxquei;» il confia l'instruction contre le lieutenant-colonel Picquarl.
De Marseille, il fll venir le capitaine Tavernier qui ne faisait pas partie des parquets militaires, parce que cet officier était réputé pour être un clérical endurci, fermement résolu h venger, sur le colonel Picquarl, le fameux « honneur de l'armée » tant compromis.
Le colonel Foulon, désigné pour compléUT l'œuvre de Tavernier, élail l'homme qui avail présidé leConseil de guerre du malheureux soldat Jannin, condamné à mort pour avoir exercé le