HENRY SE DEMASQUE
Cependant, la défiance de Picquarl à'ôtail éveillée. Plusieurs fois il avait constaté qu'avant de lui être remises, ses lettres étaient lues. Puis, cette mission qui ne Unissait jamais et qu'on semblait vouloir prolonger indéflniment était de nature à Justifler tous ses doutes.
—Je sentais si bien — a dit Picqaart à la Conr d'assises, pendant le procès Zola — qoe je n'étais plas en eommnoauté avec mes chef«, ' iti le
général Gonse, dans une lettre du , tvier,
de me faire passer entièrement dans la troape — il avait été attaché temporairement au 4* tirailleurs — et de ne plus me donner de miâsion. Le général GoDse n*y consentit pas.
Depuis le commencement de l'année 1897, le iieuten lol recevait un certain nombre de
lettres i. ..p, ... > de son service qui lui disaient : c Quand je vais au bureau, on me dit toujours que vous allez bientôt rentrer. » Il en conclut qu'on leur cachait la vérité. Sur une deces lettres, il épingle la note suivante pour Henry, et lui expédia le tout :
CONTRE Ll COLONEL PICQUART 19
Commandant Henry.
Que l'on dise donc one bonne foii aax gens qae j'ai élé relevé de mes fonctions, on que je ne m'occupe plas de mes fondions. Je n'ai aucune raison d'en rougir. Ce qui me fait rougir, ce sont les mystères et les mensonges auxquels ma situation Traie donne lieu depuis six mois.
Ceci se passait le 18 mai 1807. Cette fois Henry, approuvé par le g«': ' ' '" nse, se décida à loNor le nia:»qtje. II répoi .cquarl.son supérieur,
une lettre insolente qui, en bonne justice, eût suifl .^ r en conseil de guerre, h
leM»^- iivons les prodrdmes de i .»<-..., »
ti otre le colonel l'icquart.
Henry lui disait qu'après enquête, 11 expliquait le nior ^rt/</èrts par tes faits suivants :
1' <>u\erture d'une correspondance (celle rhaxy) pour des motifs étrangers au ser-
'.' Tentative de «obomer deux ofBciers du service («ic) — Lauth etOribelin — pour leur faire dire qu'un document clas^é au service (le « Petit filen i\-'-' l'une personnaHté dé-
i«riu.ii' f 'i'pen);
3* Ouverture d'un dossier secret, à la suite de ia<)u»Ml' <!p- iti-!!-« fiions s'étalent produites,
>rt se dessillèrent
tout à fait. Il adressa à Henry ane lettre de protestation indignée, puis, se sentant en sérieux danger, il partit pour l*aris.
LE COI.ONKf. PICOI'ART ET M* LEBLOIS
11 vint trouver son camarade de lycée, M* Leblois, avocat à la Cour d'appel. Pendant qu'il dirigeait le service des renseignements, il l'avait déjà consulté deux fois: dans TatTaire Boulot et dans celle des pigeons voyageurs. M» Leblois avait été consulté, au sujet de l'afTaire Boulot, par Henry lui-raôme, d'ailleurs, ce qui n'empôche qu'actuellement Picquart ne soit incriminé & cause de ces consultations.
Pour les besoins de sa défense, Picquart fut obligé — après avoir reçu l'approbation de plusieurs officiers supérieurs auxquels il avait demandé conseil — de révéler à M* Leblois qu'il avait eu à s'occuper d'Esterhazy et de l'alTaire Dreyfus. Mais il ne souftla mot du dossier secret, car il était lié par la discrétion professionnelle. Il remit à M' Leblois quatorze lettres du général Gonse, en le laissant maître absolu du moment où il aurait à intervenir et de l'usage qu'il aurait à faire de ces documents. C'est cette visite, très naturelle, d'un homme contre lequel d'implacables ennemis portaient les accusations les plus odieuses, & un