‹ Les machinesChapitre 2 sur 36 · HISTOIRE SOMMAIRE DES MACHINES · texte numérisé non relu

HISTOIRE SOMMAIRE DES MACHINES

On a donné bien des preuves de la supériorité de l'homme sur les animaux : le sentiment religieux, la conscience morale, la parole articulée, l'opposition ^ da pouce aux autres doigts de la main, la puissance " "fe capitaliser, et le progrès qu\ en esV\îx, swWç,, sqtA

autant d'avantages exclusivement accordés par Dieu à l'espèce humaine. A cette liste déjà longue nous ajouterons la faculté que possède Thomme de se servir d'outils. Qu'on observe les animaux : on verra certaines espèces travailler, dans le sens propre du mot; elles se construisent des abris, elles s'approvisionnent pour un hiver. Mais dans ces diverses opérations l'animal se sert uniquement de ses organes, et le secours des outils lui demeure tout à fait étranger. Chez l'homme, au contraire, l'outil est devenu depuis un temps immémorial le compagnon inséparable du travailleur. Faut-il, avec la Genèse, rapporter à Tubal-Gaïn, fils de Sella S la gloire d'avoir le premier forgé le fer et l'airain, et d'avoir inventé les arts utiles ? Doit-on plutôt, avec la science moderne, admettre un âge de pierre, pendant lequel la hache de silex était la principale arme de nos aïeux ? Toujours est-il que l'histoire, dès les plus anciennes époques dont elle ait conservé le souvenir, nous montre l'homme en possession de l'outil et des machines les plus simples. Nulle part on n'a trouvé une peuplade tellement arriérée et tellement sauvage, qu'elle fût complèterhent dépourvue de ces utiles auxiliaires. Ainsi le veut la faiblesse du corps humain. Réduit aux seules ressources de son organisation naturelle, l'homme serait resté sans défense exposé à l'injure des intempéries et à la dent des bêtes féroces. L'outil lui a permis de soutenir cette double lutte, dont il est sorti vainqueur. C'est Vinchcstrie, en un mot, qui a permis au genre humain de vivre, de se développer,

/. Genèse, IV, 22,

de conquérir le globe et d'exercer sur toutes les autres espèces une suprématie absolue.

Au premier rang parmi ces outils auxquels l'humanité est redevable de tous les progrès accomplis nous devons placer les armes. Elles ont été les outils du chasseur avant d'être ceux de l'homme de guerre. Le perfectionnement de cette classe spéciale d'instruments ne s'est pas fait attendre. Si loin que nous remontions la série des monuments antiques, nous trouvons l'image de l'homme armé, occupé d'attaque et de défense, imaginant les armes défensives pour se garantir des coups de l'ennemi, inventant les armes de main et de jet pour lui en rendre de plus sûrs et de plus rapides. Il n'est guère question dans les historiens des premiers âges que de guerres et de batailles. La plupart des auteurs s'étendent avec complaisance sur les descriptions de l'armement du soldat. Bien peu s'intéressent au même degré au travail réellement productif, qui était alors le lot des esclaves. Aussi, lorsque, beaucoup plus tard, on songea à transmettre à la postérité les procédés mécaniques suivis par les anciens ingénieurs et les anciens architectes, un grand nombre de ces procédés étaient déjà tombés dans l'oubli. L'histoire des arts offre donc bien des lacunes. Personne ne sait, par exemple, comment s'y prenaient les anciens Égyptiens pour porter à une hauteur prodigieuse les pierres qui couronnent leurs pyramides; nous ne savons pas davantage de quels engins s'aidaient les anciens Celtes pour remuer les énormes blocs de leurs dolmens, pour dresser debout leurs pierres-levées j et pour répandre à profus/on^ à travers les landes sauvages, c^s Y^txvqvw^

encore subsistants de leur foi et de leur gran-

Mk deur.

^ L'antiquité, en fait de mécanique, nous présente un nom seulement *, mais ce nom est assez grand . pour illustrer toute une époque. Archimède, le premier de tous les géomètres, a la gloire d'avoir fondé la science des forces, au troisième siècle avant Jésus-Christ. Le plus grand mérite dans les sciences ne consiste pas à savoir beaucoup : l'érudition pure ne fait pas plus un mathématicien qu'elle ne fait un poète ou un philosophe. La gloire s'attache de préférence aux noms de ceux qui ouvrent de nouveaux horizons à l'esprit humain, et qui préparent un travail fécond aux efforts

p^des générations futures. A cet égard, Archimède

p domine tous les autres. Il n'est presque pas de branches des mathématiques modernes, géométrie, calcul intégral, calcul différentiel, dont le germe ne se retrouve dans ses méditations déjà vieilles de plus de vingt siècles. Mais c'est dans la mécanique surtout qu'il a devancé son temps. Si la géométrie, enrichie par ses méthodes, est parvenue dès l'antiquité à un haut degré de perfection, la mécanique devait longtemps sommeiller après lui, et ne se réveiller que dix-huit cents ans plus tard, pleine d'ardeur et brillante de jeunesse, entre les mains de Galilée.

Les principaux traits de l'histoire d' Archimède

1. Disons, pour tempérer ce que ce jugement peut avoir de trop exclusif; que Ctetibius et son disciple Héron d'Alexandrie sont inventeurs des pompes, du siphon et de diveva ^^^^t^\\% V\v rauliques ingénieux, dont Us ont du reste iguoTè cjovïi^\^V.evx3kK^V Ja théorie.

sont connus de tout le monde. On sait à quel con- I trôle il soumit la conduite peu scrupuleuse de l'or-fl fèvre du roi Hiéron. On sait aussi qu'en bon citoyen il coopéra de tout son pouvoir à la défense de Syracuse, sa ville natale, contre les Romains qui étaient venus Fassiéger. Les historiens ont voulu sans doute donner une haute idée de sa puissance. A les croire, Archimôde aurait, avec des lentilles, incendié à distance les vaisseaux des ennemis ; ses machines auraient enlevé les trirèmes et, les laissant retomber dans la mer, en auraient noyé les équipages. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au bout de trois années de siège la ville fut prise, et qu'Archimède périt dans le pillage qui suivit l'entrée des troupes romaines. Évidemment la jactance grecqucH a exagéré l'influence du grand géomètre sur la^ durée de la résistance de la ville. L'histoire des sièges n'en doit pas moins signaler cette première intervention de la science dans la défense des places fortes. D'autres géomètres distingués ont été, dans les temps modernes, appelés à subir de semblables épreuves : Meusnier à Mayence, en 1793, Garnot à Anvers, en 1814, pour ne citer que des noms français, se sont montrés de dignes héritiers de l'antique défenseur de Syracuse.

Un mot malheureux, rapporté par Pappus et devenu classique, fait peser sur la mémoire d'Archimède une hérésie mécanique dont il n'est certainement pas coupable : « Donnez-moi un levier et un point d'appui, aurait-il dit, et je soulèverai le monde. » Archimède, l'inventeur de la théorie cjM^ levier, savait mieux que persouue qu'un levier nW rrée pas de force; il savait qviftVa îotç,^ ^xv^tvYvaTosùfe

a une limite, et qu'appliquée au globe terrestre , P avec ou sans le secours d'un levier, elle n'y pourrait produire qu'un déplacement imperceptible. Disons mieux, le mot attribué à Archimède n'a aucun sens, et c'est lui faire injure que dé croire qu'il l'ait jamais prononcé.

Le moyen âge a, laissé de nombreux monuments de l'habileté et de la persévérance de ses architectes. Pendant cette période, on travaillait lentement. On mettait cent ans à élever une belle cathédrale, qu'on ne finissait pas toujours. Un caractère commun à tous les travaux de cette époque, c'est l'emploi d'un grand nombre d'ouvriers, aidés par des machines rudimentaires. Et cependant le }> moyen âge n'a pas été entièrement dépourvu de génie mécanique. C'est une belle découverte, par exemple, que les horloges à poids, qui plus tard ont permis d'apporter tant de précision aux observations astronomiques. L'idée en a été empruntée à l'Orient, et c'est au moyen âge qu'elles ont com- • mencé chez nous à détrôner les gnomons, sabliers et clepsydres. La première qu'on vit en France date du règne de Charles V, et est l'œuvre d'un artiste allemand. C'est aussi le moyen âge qui introduisit en Europe le moulin à vent, autre appareil rapporté de l'Orient et destiné â rendre les plus grands services à l'agriculture ; les premiers essais de cette machine dans l'Europe occidentale remontent au temps des croisades. Enfin, l'invention capitale du moyen âge est celle de la poudre à canon, qui mit au service de l'homme un moteur ewiv^t^- ' ment nouveau. Sans doute, le mè\aivgfe Ôl^ ^^\&t^., de charbon et de salpêtre, qu'on a Tvoxattvfe ^wvôx^-»

était connu des Chinois depuis plusieurs siècles; ' les Romains, dans quelques pièces d'artifîceSy lesJJ Grecs de Constantinople, dans leur feu grégeois^ employaient des compositions à peu près semblables. Mais ce n'est que vers le treizième siècle qu'on a commencé à se servir de la poudre, non comme d'un simple produit détonant ou incendiaire, mais comme d'un moteur particulier, propre à communiquer de grandes vitesses aux projectiles. Cette découverte a eu, au point de vue politique, d'incalculables conséquences. Au point de vue technique, elle a ouvert la voie à une foule de recherches importantes. On peut même y rattacher l'invention mécanique qui a acconlÇ)li dans le monde industriel la révolution la plus radicale et! la plus bienfaisante : c'est, en effet, après avoir ^ cherché à utiliser la poudre à canon pour mettre en mouvement un piston dans un corps de pompe, que Denis Papin a été conduit à construire la première machine à vapeur.

Nous étudierons avec quelque détail cette dernière machine, la plus belle création des temps modernes, qui a transformé les conditions d'existence de tous les peuples civilisés, et qui a enrichi la science de tant de notions précieuses sur la constitution intime des corps et sur la mécanique de l'univers. Quant à présent, bornons-nous à citer les hommes les plus marquants dans cette glorieuse histoire. Watt, le plus célèbre de tous, semble posséder l'intelligence complète de la perfection de la machine à vapeur; il la transforme tellement, qu'or peut à bon droit le regarder comme son véritable inventeur; Fulton^ reprenanl une V^fee ^e ^^^vsv^

applique la vapeur à la propulsion des navires ;

^^R. Stephenson crée le premier type pratique de lo- .

BSbomotive. A cette liste de noms célèbres il convient de joindre ceux des Sadi-Garnot, des Meyer, des Joule, des Hirn, des Regnault, des Clausius, de tous ceux enfin qui, de notre temps, ont posé les bases et développé les principes de la Théorie mécor nique de la chaleur.

La machine à vapeur n'est, en effet, qu'une application industrielle d'un grand principe physique, celui de V équivalence entre le travail mécanique et la chaleur, La pratique, ici comme dans bien d'autres circonstances, a devancé la théorie; la théorie, par contre, a souvent rectifié les préjugés de la prati-

^. que, et indiqué la seule voie dans laquelle les amé-

*Aiorations devaient être poursuivies. Cette pénétration réciproque entre la pratique et la science pure est un des caractères les plus frappants de l'époque contemporaine. Longtemps la scission entre elles a été à peu près complète : d'un côté, les ingénieurs, les ouvriers, les artisans, faisaient volontiers consister toute la science dans l'étude des procédés traditionnels; de l'autre, les savants, les penseurs, s'enfermaient dans leurs cellules ou leurs laboratoires, les uns pour y creuser à loisir quelque belle question de scolastique, les autres pour chercher, loin des profanes, la pierre philosophale ou la transmutation des métaux. La science moderne ne connaît plus cet amour du mystère ; elle a perdu le souvenir des temps malheureux où elle ne se révélait qu'à un petit nombre d'initiés. Elle parle la

fljf^^ngue vulgaire, elle aime le grand jour, elle ne *perd pas une occasion de se momlrer wlW^ ^\. %^ç5^wr

14 IXTRODDCnOX.

rable. Des esprils chagrins déplorent cette tendance utilitaire ; ils y voient la cause d'un abaissement des études et les signes précurseurs d'une irrémé- Û dialbe décadence. Xous croyons qu'ils se trompent, et qu'en sonune la science pure a plus à gagner qu'à perdre à ces rapports continuels avec la réalité de la vie. L'isolement ne convient pas plus aux savants qu'aux autres hommes, et celui-là courrait ^and risque de s'égarer qui prétendrait se dérober à l'influence du milieu où la Providence Ta fait naître. Le danger n'est pas dans l'application de la science à l'industrie: il serait bien plutôt dans le retour d'un schisme entre ces deux branches également légitimes de l'activité humaine : or, c'est à quoi on aboutirait bien vite, si la science spéculative, dédaignant Talliauce à laquelle elle doit tant Û de conquêtes, retournait à la contemplation désin- ^ téressée des vérités abstraites, et laissait l'industrie s'immobiliser de nouveau dans l'empirisme et la routine.

Le télégraphe électrique offre un bel exemple de la portée pratique que peut avoir la science la plus élevée. La découverte de l'électricité en mouvement date de la fm du siècle dernier. Galvani la constate dans les contractions des grenouilles : Volta imagine la pile ; Œrsted reconnaît l'influence d'un courant sur la direction de Taiguille aimantée; Ampère crée de toutes pièces la théorie des actions mutuelles des courants électriques, et indique le parti qu'on pourra en tirer pour les communicalions à distance. Aujourd'hui, une électricité docile parcourt au commandement de Thonmie les mer el les contineniSj et établit des raççorls presque

instantanés entre les points les plus éloignés du globe. Londres converse sans effort avec Melbourne . lou San Francisco. Certes on a brûlé autrefois, comme magiciens vendus au démon, de pauvres diables qui étaient bien loin d'avoir fait de tels prodiges. Cette découverte, et tant d'autres, dues à l'étude patiente des lois naturelles, sans théorie préconçue, ont contribué à développer un nouvel esprit par le monde. VespHt moderne est caractérisé par la prédominance des idées positives, qui relèguent au second rang les tendances mystiques et métaphysiques de notre âme. Les caractères particuliers des nations et des individus ajoutent, heureusement, une certaine variété de traits et de couleurs à ce fonds commun, qui, s'il existait seul, étendrait 'sur l'univers entier la monotonie la plus fatigante. Chaque peuple a son tempérament, et ne peut l'altérer que dans une faible mesure. Le type le plus parfait de l'esprit moderne se trouve, sans contredit, dans la nation américaine, nation vieille d'un siècle à peine, qui s'est trouvée développée tout à coup sans avoir eu d'histoire, et chez laquelle les conflits sont peu à craindre entre les aspirations de Pavenir et les traditions du passé* Là, l'utile règne en souverain absolu. Là, les ingénieurs sont des savants, les savants sont des ingénieurs. Dans cette vie toute d'action où le travail doit mener à la fortune, il y a peu de place pour la méditation, il n*y en a point pour le rêve. Le caractère industriel s'imprime sUi* toutes les conceptions; l'art de la guerre lui-même, entre ces mains laborieuses, dejb^ient une sorte d'industrie. On accuse les Améri- ^cains d'adorer le dieu Dollar. Non : l\s ç>^\^w\^\i^'^\v

16 IXTRODDCnON.

quand il le faut, s'imposer de lourds sacrifices, et leur charité ne connaît point de bornes, lorsqu'il s'agit de secourir quelque grande infortune. Ce qu'on doit peut-^tre critiquer dans l'esprit qui règne généralement de l'autre côté de l'Atlantique, c'est l'absence de distinction et d'élégance, c'est la faiblesse du sentiment artistique, c'est un reste de brutalité sauvage qui parfois dépare les plus louables qualités, c'est peut-être, enfin, l'erreur fondamentale des hommes positifs : ils croient n'estimer que les biens matériels, les seuls réels d'après eux; ils ne s'aperçoivent pas que l'action déployée à la poursuite de ces biens est l'élément qui leur donne un véritable prix. Hélas ! combien d'insensés, même ailleurs qu'en Amérique, achètent bien cher, . dans l'agitation et la fièvre, le droit de périr d'en- \ nui quand vient l'heure du repos, après avoir oublié de vivre !

Avouons-le, notre temps s'est laissé un peu trop facilement séduire par les rapides progrès de la science positive. Célébré sur tous les tons, en vers et en prose, le triomphe de l'esprit humain n'a pas tardé à devenir un des lieux communs les plus rebattus. Les vrais savants ont toujours connu la puérilité de ces tentatives d'apothéose. Plus ils pénètrent dans les secrets de la nature, plus ils voient de questions à résoudre, plus ils rencontrent d'énigmes à deviner. Quels que soient les progrès accomplis, nous sommes encore bien loin du temps où l'homme pourra, sans trop d'outrecuidance, se proclamer le roi de la création. Le but fuit devant nous à mesure que nous croyons nous en rapprocjber et l'atteindre.

Il est permis du moins à Timagination de devancer les conquêtes de Tavenir, et de nous montrer dès à présent Thomme en train d'effectuer des travaux justement qualifiés d'impossibles. Un spirituel écrivain, bien au courant des connaissances de son temps, s'est fait un jeu, dans une série d'^vrages que tout le monde a lus, de conduire ses héros à travers les airs, de les faire descendre dans ' les profondeurs de la terre, de les promener au sein des flots, de les lancer dans l'espace et de les rapatrier sur notre globe, une fois le tour de la lune accompli. M. Jules Verne a ce mérite que ses personnages sont bien des êtres humains, et que l'abondance des détails techniques répandus dans ses ouvrages n'étouffe pas chez eux la spontanéité et la vie. Autre mérite éminent de l'auteur, la transition entre le réel et l'imaginaire est si habilement ménagée, qu'il est parfois difficile de déterminer le point où la réalité finit et où l'impossibilité commence. Assurément, nous ne voudrions pas affirmer qu'un jour ces voyages fantastiques deviendront possibles, mais nous ne répondrions pas davantage qu'ils demeureront toujours impraticables. S'il y a de l'orgueil à exalter outre mesure le génie humain, il y en aurait peut-être plus encore à prétendre lui fixer des limites.

3E2 taTiffS

ChaiVi»* ç,t^rit^\t'n',an.*rm*^n.^. d*is maL'MDws et des ^ntli î< ** '^tK, f/^'ï.^ -'T^ r'.nMr.L"?ifjii .l'une truLsferaiation /i4» w,ri f 'Ma m«rf*ar*I<yi«^. La b^efae lui (& permis de ft'^iini^r Ift -^À aatr^naeat fpi'aTe*: ses oojrles: la r'h^ffrt^^. 44^ Ui:/'>rir^ ea qoelqoes heures une surf$/^A /fft f^îTTfr ^frii, av^ la bc*rhe, eût exigé plusieurs ^, j/yryf4 /P; travail. Antre progrès capital : Thomme a^l «11^1^ Mn di^al à ^ cbamie, et^ grâce à cette com-*

binaison, il a conduit la machine au lieu de la tirer lui-même. Cette dernière révolution est comme le type de toutes celles que la mécanique a pour objet d'accomplir : restreindre chez Thomme le rôle de la force, développer chez lui le rôle de Tinlelligence et de Tadresse.

Les premières machines qu'on ait inventées étaient mises en mouvement par des hommes, parce qu'on ne connaissait pas d'autre moteur. C'est sans doute de là que dérive la plaie des temps antiques, l'esclavage. Le travail étant très pénible, les théoriciens ne se trouvaient pas à court d'arguments pour justifier une constitution sociale dont l'iniquité nous révolterait aujourd'hui. L'intelligence est le plus noble apanage de l'espèce humaine : donc tout travail qui exige seulement une dépense de force brutale est servile et dégrade l'individu. Et comme on ne peut se passer d'une foule de travaux de ce genre, on tournait la difficulté en admettant dans la société deux classes distinctes d'individus : les hommes libres et les esclaves. Les hommes libres s'occupaient de la guerre et des discussions de la place publique; le travail des esclaves les dispensait des occupations inférieures. Des républiques orageuses, toujours en guerre avec leurs voisins, et dans la guerre cherchant, comme le meilleur butin, des prisonniers à réduire en esclavage, tel est le désordre dans lequel ont vécu pendant des siècles les peuples les plus civilisés du monde antique, sur la foi de ce préjugé que le travail est servile et léshonore le travailleur. La paresse y trouvait son jompte. Quelle différence entre ce principe et celui qui prévaut dans le monde modertve, o\i \^\aX.

social repose tout entier sur le respect de la propriété et de la liberté humaine, ou, en dernière analyse, sur le respect du travail !

II ne faudrait pas conclure du progrès déjà accompli que dès aujourd'hui les hommes n'aient plus à remplir qu'un rôle exclusivement intellectuel, et que les efforts musculaires leur soient désormais tous épargnés. En général, un perfectionnement mécanique n'entraîne pas la suppression de tous les procédés antérieurement connus. On se sert de moyens nouveaux, sans abandonner pour cela les anciens. L'usage des voitures, par exemple, n'empêche pas une foule de gens d'aller à pied ; les chemins de fer n'ont pas supprimé les attelages; la charrue n'a pas fait oublier la bêche ; enfin on n'a jamais tant écrit, sans doute, que depuis qu'on ^ sait imprimer. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que nous trouvions des professions dans lesquelles la force de l'ouvrier soit aidée par de simples outils. Il en est ainsi pour le jardinier, pour le terrassier, pour le casseur de pierres, pour le rameur, etc. Là encore les progrès de la mécanique épargnent notre peine et notre fatigue. Le jardinage ne s'applique plus qu'aux jardins, c'est-à-dire à des surfaces de terre relativement très petites, et qui sont par cela même susceptibles de recevoir une culture soignée ; pour les grandes exploitations agricoles, on a la charrue, le semoir, la houe à cheval, la moisgonneuse. Le terrassier attaque un déblai à la pioche ou au pic, mais, si la roche est trop résistante, on la fait sauter à la poudre ; quelquefois même, comme ; au tunnel du mont Cenis, on fait exécuter par unel''4i chute d'eau le forage des trou^ àe^ to«v^'&. Las

canots, les baleinières, marchent à la rame ; mais » la voile, et mieux la vapeur, ont fait tomber Tusage •^ barbare des chiourmes qui, sous la surveillance du comité armé d'un nerf de bœuf, faisait avancer à coups d'avirons les pesantes galères de la Méditerranée.

L'homme ne tire pas d'un fonds qui lui soit propre la force dont il dispose. Elle vient tout entière de son alimentation; tous les moteurs animés en sont là. Des aliments qu'ils absorbent chaque jour, et que l'action de l'estomac fait parvenir à l'état assimilable, une partie sert à l'entretien de la vie et des organes, une autre correspond au travail produit extérieurement par l'animal. A ce point de k vue, un moteur animé est comparable à une machine ^ à vapeur : les aliments pour l'un tiennent lieu du combustible pour l'autre; une certaine quantité de chaleur est produite dans les poumons, comme sur la grille des foyers ; c'est une véritable combustion que l'oxygène de l'air y opère. Une portion de cette chaleur se change en travail dans les efforts musculaires développés par l'animal. Aussi, à part quelques exceptions qui, étudiées de près, confirment pleinement la règle, il y a parallélisme complet entre la capacité de travail des ouvriers et leur régime alimentaire *, et c'est surtout dans ce sens mécanique qu'on peut admettre l'aphorisme de Brillât-Savarin : Dis-moi ce que tu inanges^ je te dirai qui tu es. Une population mal nourrie est

1 . C'est ainsi qu'en France la cherté accidentelle du vin, dans certaines années, entraine une élévation dana Ve& pùn ^^ t«s\^\À. ^^9^ terrasseme/i/5.

mcafiable de développer longtemps de suite des effort» énergi(iues; si elle dépasse la limite de sa ca{>a/;ité à cet égard, elle appauvrit son capital de vitalité, et le dépérissement ne tarde pas à s'eni»uivre.

L'alimentation est très variable avec Tâge, le sexe, lu mrÀt, les habitudes, et surtout avec le climat. Les IMMiples méridionaux se nourrissent moins bien que ceux du Nord ; ils sont en même temps moins laborieux. I>es saisons ont aussi une grande influence. Instinctivement, le jeu des poumons s'accélère rhiver et se ralentit Tété, de manière à maintenir le œrps à une température constante. Par la même raison, Tappétil est généralement plus vif Thiver que Tété, et plus il fait froid, plus le corps réclame une nourriture tonique et réconfortante. L'Esquimau ; du (iroènland dévore la chair huileuse des phoques et des morses, pendant que le lazzarone de Naples vit de fruits et de macaroni.

Les autres moteurs animés sont principalement les animaux de trait, dont le cheval est le type le plus universellement employé. Tous les animaux qui servent de moteurs, l'homme y compris, appartiennent à la grande classe des vertébrés; leur charpente osseuse est disposée de telle sorte qu'une notable portion de leurs efforts musculaires se reporte sur la colonne vertébrale. Aussi l'échiné est la direction suivant laquelle l'animal est capable de développer les efforts les plus énergiques. Le cheval, l'âne, le bœuf, dont l'échiné est horizontale, sont, d'après cette règle, plutôt destinés à tirer les fardeaux qu'à les porter; ce sont des bêtes de trait^ plutôt que des hôtes de somme, IV ew e^t autrement'

pour rhomme, qui, debout ou en marche, a Téchine verticale. L'homme n'est donc pas fait pour tirer horizontalement; s'il veut exercer un effort dans cette direction, il doit se pencher en avant, de manière à rapprocher sa colonne vertébrale de la direction dans laquelle il veut agir. L'expérience confirme cette théorie, en montrant que la meilleure manière d'employer la force de l'honmie est de lui faire élever verticalement son propre poids.

Si le cheval et les autres animaux de trait sont mieux disposés pour la traction horizontale que pour tout autre genre d'effort, il ne s'ensuit pas qu'ils puissent toujours être employés à développer des forces horizontales. Il est même probable qu'on a commencé par s'en servir comme bêtes de somme, car, sauf des cas tout particuliers, l'emploi d'une bête de trait suppose une civilisation déjà avancée : il exige un véhicule à traîner et une route à parcourir. Un cheval attelé ne peut guère s'écarter des chemins battus, tandis qu'un cheval monté passe à peu près partout. Enfin, certains animaux sont plus spécialement employés comme bêtes de somme : tels sont, par exemple, sauf de rares exceptions, le chameau et l'éléphant.

On a fait de nombreuses observations sur les moteurs animés, et on a reconnu que l'effort moyen exercé par l'animal, la durée journalière de cet effort et la vitesse qu'il communique à la charge traînée, dépendent les uns des autres, et que le produit de ces trois éléments est susceptible d'un maximum qu'on ne saurait dépasser sans ruiner la santé du moteur. Un cheval de roulier, par e.iLe«vç\^^ \x^yaiUera 10 heures par jour, en exetqaxvK. \«i ^^^^t^»

ie "I kilvsTTîCîrîirr' î=3r izi iziirfl îalï traine à * raii-.n :e ^ kil:zn-rT"=^ T-ar i-fir^. >i r>Q porte la | T:tes5ie i ? kiI^rceTr^. t n-rzir Hi-i:^ ae sera plus *• rajAbie ir irv^lci: u-rr r: iz ir^-.rz yf *c kilt.>ÇTainmes eETirc. rc reii r*rï: :iz: ^ 2«*"ir?> H iemie au pluï. IVaiL- > zrfî!i:rr 1=-. !-? rri-riiT II X "0 X 3 est é^al â i" >. : :,iz< .r r^- ï: L Irr rri^iuit * 1 i x 45 X ? est eçil i Ifi: Lr tIls ,;r\z*i travail est, en résumé. vIm: rie :r ::." V ^hr^il marrhant au pas et trainvint 'ize l.'irir: h.ir:^. •>: est-re. à cOté de ce traviil -jtiIt r: 2i.>:T--e. rie :e traTail journalier du plr> ":r.".>r: .h-rvil :e >:ur?e. *jm parcourt sa lieue en :iz : uiiz. iTcs. zidis *jm, sauf ces cinq minutes. :?e rrr^rse r^nidz: les vingt-quatre heures ? ^

Le trav.^il -i^ li .'iiarr^e es: fdiî aujourd'hui par t des 'hevaux > u î .'.r irs 'rt\v;:"s. L'emploi du bœuf comme moteur teni à iiniinuer îe^-ant les progrès de l'industrie a^«'i -le. Un ^ran-î principe d'économie industriel le. le /; - • : / ; : V f '-.* . . • f î'rtWo» du tni vail, le condamne. Le b«:euf est avant tout un animal de boucherie. tan«lis que le cheval est un animal de trait. La destination de chacun de ces animaux étant ainsi fixée, c'est seulement d-ins des circonstances exceptionnelles qu'il «'onvient de manger le cheval et de faire travailler le bieuf. Le travail d'un animal développe en lui la carcasse osseuse et les tendons, des?*êche et durcit la fibre, et agit au rebours de ce qu'on doit faire fK)ur obtenir une viande savoureiJH^;. Knfin on n'abat pas un animal qui fournit un tif>n travail^ dans les limites d'âge où il aurait quel- ^ r/uen chances de donner de bons produits alimen- lUi taireH. Voilà /pourquoi le chevoA, Y\YvcA^\xi\AfcV.^\ie

pénètrent pas franchement dans le régime habituel des populations; pour parvenir à un tel résultat, il faudrait élever des sujets spécialement destinés à la boucherie, et les abattre jeunes, dès qu'ils auraient atteint leur complet développement. La môme raison fait épargner le travail aux bœufs dans tous les pays où Ton a quelque souci du progrès agricole *. Là où la routine est encore en honneur, là où chacun fait ce que faisait son père, et espère bien être imité par ses fils, on voit encore des bœufs sous le joug, généralement attelés par la tête, bien que Texpérience, d'accord en cela avec la théorie, ait montré depuis longtemps qu'il est préférable de les atteler par les épaules ^; ils font le labourage, ils traînent les chariots d'un pas tranquille et lent ; on leur fait tourner des manèges ; le fellah égyptien s'en sert pour faire mouvoir la sakieh qui puise l'eau dans le Nil et la déverse sur ses cultures. Les buffles sont soumis au même régime par les paysans de l'Italie méridionale.

Revenons aux véritables animaux de trait. Nous avons dit que l'emploi de ces animaux suppose un véhicule et une route. Les perfectionnements successifs de la traction ont porté principalement sur ces deux importants accessoires. Pour les véhicules, on a commencé par se servir de traîneaux ; plus tard, on a reconnu l'avantage de monter le traîneau sur roues et on a obtenu la voiture. La première route carrossable a été vraisemblablement faite en

1. Les transports des distilleries de betteraves se font avec des iKHufs de préférence aux chevaux, parce que les bœufs consomment les pulpes formant Je résidu de la fabricaliou.

2. Les Suisses ont, depuis longtemps, adoplè ce mo^^ èi^^N^^^^'

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