XXII PRÉFACE
judanls. Que son duv pat er familias, que son despotisme masculin nous semblent odieux ! Cependant, à la longue, c'est à Rome que s'ancra la véritable notion de l'amour, et que chantèrent les Elégiaques, et que l'épouse se gloriiia d'être univira. Mais surtout quelle grande école d'amour, divin ou terrestre, que la Rome du xiii*^ siècle ! La Rome de Michel- Anoe m'a trouvé hostile. Je ne rencontrai plus là cette dilatation d'àme qui m'attachait à la Palestine où les pas du Christ vivent encore, où le Discours pour les pauvres et les souffrants résonne toujours. Jérusalem est la capitale du christianisme; Rome, songeai-je, ne serait-elle que la capitale du cléricalisme? Je me ressaisis aux catacombes. Ici plongent Ic'S indestructibles racines de la chaire apostolique, sans laquelle le tlambeau de la vérité intégrale se fût promptement éteint, et sans laquelle l'eucharistie, le culte de la Madone et des saints, c'est-à-dire tout le catholicisme, eussent cessé d'opérer la plus haute communion des âmes dans l'amour divin. Si le sombre moine d'Allemagne eût j oublié dans une prière aux catacombes la Rome trop éprise des belles formes, la grande apostasie du Nord n'eût pas ensanglanté l'Europe.
PRÉFACE XXlir
Les civilisations se dépravenl par l'abus des arts. Après Phidias Tart cesse d'être religieux, et la (jrèce affadie corrompt la république des Scipions. Plus lard la religieuse Italie de Dante et de l'Angelico devient la Sodome des Borgia. Par les Médicis elle va intoxiquer la descendance de saint Louis.
En même temps, la sécheresse littéraire d'Horace nous gagne par les Boileau et les A oltaire. Cependant c'est surtout la France méridionale qui hérite des civilisations antiques. Chacune d'elles se fige en l'une de nos villes ainsi qu'en un vivant musée. Arles tut le dernier reflet de la Grèce; Nîmes garde le dur pli du vieux Latium ; Avignon demeure tout imprégné de la sainteté et de la dépravation italiennes.
Quelque enclin que l'on soit à préférer aux splendeurs solaires le charme des rafales pluvieuses dans les feuilles mortes, on ne saurait les mépriser, ces villes d'art qui marquent en outre d'importants points de repère dans l'histoire de la pensée religieuse. A Arles, berceau du christianisme dans les Gaules, la vérité surnaturelle reçut la délicate empreinte extérieure de l'hellénisme expirant. Avignon porte à la fois le sceau de Tardent Moyen Age et celui de