PRÉFACE XV
doit seulement considérer jiisqn'oii s'élèverait cet athée s'il devenait religieux, et jusqu'où s'abaisserait ce dévot s'il venait à perdre la foi. La religion concerne avant tout la destinée spirituelle des individus, et très accessoirement leur intérêt terrestre. Aussi, rien de plus absurde que de vanter la morale évangélique quand on élimine le dogme. Une morale de renoncement qui ne découlerait pas de l'autorité divine et n'aboutirait point à une sanction, ne serait que le rêve ambitieux d'un chef d'école, réalisé par une demi-douzaine de stoïciens, au sein dune humanité qui ne se détournerait ni de ses cupidités ni de ses vices. Si la morale du Christ a plus contribué à la civilisation générale que l'hellénisme ou que les systèmes socialistes, c'est parce que cette morale possède son point d'appui hors du monde. Mais, que la direction religieuse vienne à retomber aux mains des Pharisiens, en même temps que le matérialisme sadducéen redressera la tête, alors il sera bien inutile à la société de s'intituler chrétienne. Au contraire, la profanation des sacrements, l'abus de la grâce susciteront une dépravation pire que celle du paganisme. Voilà le secret de cette Renaissance dont le nom même est une imposture, car elle n'a res-