‹ Les magasins de nouveautésChapitre 14 sur 34 · LE QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE QUINZIÈME SIÈCLE

Le quinzième siècle n'innove guère, exagère tout. — Le costume de Jeanne d'Arc. — Le tabard et la liuque, le caban et le paletot. — Ëtymologie du mot paltoquet. — Le costume du quinzième siècle jugé par Mathieu de Coucy et Guillaume Coquillart. — Les mahoitres et les braguettes. — Costume des femmes. — Longue queue des robes. — La troussoire. — Le décolletage. — Invectives dee sermonn^iires et des moralistes contre le luxe des femmes. — Le corset au quinzième siècle. — Les tournures postiches. — Le luxe à la Cour de Charles VI. Isabeau de Bavière. — Louis et Charles d'Orléans. — Dédain de Charles "VII pour la parure. — Misère qu'il endure à Cliinon et à Tours. — Le costume de Louis XI. En quel costume il veut être représenté sur son tombeau. — Le luxe à la Cour de Bourgogne. — Le poète Pierre Michault et La variance en habits. — Charles VIII aime la toilette, et sous son règne ce goût se répand dans toutes les classes de la société. — Doléances du poète Coquillart.

Le quinzième siècle, en fait de vêtements, n'innove guère. On les porte ou étriqués et collants, comme au siècle précédent, ou d'une longueur démesurée. La plupart des anciens noms sont conservés, quelques noms nou-

veaux surgissent. Un des crimes imputés à Jeanne d'Are, et le seul prouvé, fut de s'être habillée en homme, chose abominable aux yeux de Dieu. L'acte d'accusation lui reproche de s'être fait couper les cheveux, d'avoir revêtu des chemises, des braies, des gipons, des chausses d'une seule pièce attachées au gipon par vingt aiguillettes * , des tabards et des surtouts fendus sur les flancs; même, le jour où elle fut prise, elle était parée d'une huque en drap d'or ouverte de tous côtés ^.

Le tabard était un manteau que les bourgeois portaient tantôt très long, tantôt très court, et dont les chevaliers aimaient à recouvrir leur armure. Dans son Grand testament, Villon partage en deux son tabard, et lègue l'une des moitiés à des orphelins qui le vendront pour se régaler de flans :

Mon grant tabart en deux je fendz.

Si vueil que la moictié s'en vende Pour eulx en achepter des flans, Car jeunesse est ung peu friande*.

' « Camisia, braccîs, gippone, caligis siiiiul junctis, longis et iigatis dicto gipponi cuin XX aguilletis. » Article 12.

' Article 13. Voy. J. Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, 1. 1, p. 220.

' Paragraphe cxix.

Au tabard on préférait parfois la huque qui, d'abord vêtement de femme, s'était transformée en casaque ouverte du haut en bas. Cette casaque était souvent munie d'un capuchon, de même que le caban, pardessus dont la forme n'a point changé et dont l'origine remonte au milieu du quatorzième siècle ' . Notre paletot semble s'être montré vers le même temps*, mais il ne fut définitivement adopté qu'au quinzième siècle*. Je serais tenté de croire que l'on s'en éprit surtout à la Cour de Bourgogne, car son nom revient fréquemment sous la plume d'Olivier de la Marche : « Le signeur de Ternant conduisit ce jour les archers du corps du duc*, et portoit le paletot d'orfaverie qui moult bien luy séoit... Et après iceux venoyent douze archers, vestus de palletotz d'orfaverie blanche... Il avoit devant luy dix chevaliers de la Toison et deux autres escuyers vestus de palletots de drap d'or cramoisy^. » Quand Louis XI fit son entrée à

' Voy. le Dictionnaire archéologique de Gay, au mot caban,

' Voy. Ducange, v* patata.

' Voy. Ducange, v* palt-rok,

* De Bourgogne.

• Olivier de la Marche, Mémoires, liv. I, cliap, vii; liv. II, chap. IV ; édit. Michaud, t. III, p. 376, 523 et 543.

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