XV
traient les galants et les femmes à la mode.
« C'est là, dit Arlequin à Colombine, qu'on commence à mettre en batterie les pièces de campagne dont Tamour se sert pour assaillir un cœur, comme, par exemple, les mines, les œillades, les signes de tête, et enfin tout ce qui éguise l'imagination ^ »
Les engageantes étaient des manches très courtes, ne dépassant guère les coudes et terminées par un fouillis de dentelles.
Quand le vêtement était noir, le laisse-tout' faire devait être blanc.
Babet décrit Y effrontée avec assez de soin pour qu'il soit inutile d'y revenir. Mais je trouve dans une très . spirituelle comédie, jouée la même année que Les mots ci la mode, une allusion à cette coiffure et à la jardinière dont il est question plus haut :
COLOMBINE
Ah, monsieur! vous êtes méchant. Vous voudriez me faire dire que je vous aime.
LE COMTE
Hé bien, quel mal y auroit-il quand tu lédirois?
COLOMBINE
Ah, monsieur! vous n'êtes pas pour penser à moi. A quoi est-ce que cela me serviroit?
* Briîgière de Barante, La thèse des dames y acte I» f c. X.
LE COMTE
Écoute, Golombine. Bas à CoreîUe : Je t'aime, mon enfant.
COLOMBINE
Ah, monsieur! vous me parlez à l'oreille ! je suis perdue si l'on vous voit. Un mot à l'oreille ressemble à un baiser comme deux g^outles d'eau.
LE COMTE
Hé, point, point; la cornette est entre deux.
COLOMBINE
Oh, monsieur! les mots à l'oreille ont fait nos cornettes bien claires et bien reculées.
LE COMTE
Ah, ah! Et c'est donc les mots à l'oreille qui font coiffer les jolies femmes si fort en arrière?
COLOMBINE
Hé, quoi donc, monsieur! Nous sommes plus raisonnables qu'on ne pense; les femmes veulent toujours quelque raison dans les modes qu'elles suivent. Mais je me fie à vous; je mettrai mon éventail devant, de peur qu'on ne nous voye^
Le mot gourgandine désignait depuis longtemps une femme de mauvaises mœurs quand on eut ridée de l'appliquer à un vêtement.
J'ai dit que, dans cette acception, il représentait un corsage ajusté et ouvert sur le devant de manière à laisser voir la chemise. Dans une pièce contemporaine des Mots à la mode,
' Brngière de Barante, Arlequin défenseur du beau sexe^ acte in, 8C. II.
â44 LA VIE PRIVEE D'AUTREFOIS.
Regnard attribue à Pasquin et à Agathe 1 dialogue suivant :
Pasquix.
A propos, mon maître vouloit vous voir aujour^ — d*hui parée.
Agathe.
Je voudrois bien Têtre aussi, mais je sçai pa^ lequel je dois mettre de deux habits. Dis-moi, Pas^ — quin, lequel aimcra-t-il mieux de Vinnocente ou d^ la gourgandine ?
Pasquin.
La gourgandine a toujours été du goût de mon maître.
Agathe.
Il faut que les femmes de Paris ayent bien de Tesprit pour inventer de si jolis noms ' !
Elles en avaient inventé bien d'autres encore, et que je renonce à énumérer. Je donnerai pourtant un souvenir aux pretintailles , lourdes découpures en couleur qui s'appliquaient sur les jupes, qX, omis, falbalas, que nous nommons aujourd'hui des volants. Un falbala, écrivait l'académicien F. de Callières en 1690,
* Attendez-moi sous Corme^ scène vi. — Dans Arlequin défenseur du beau sexe y le comte dit de sa fille : « Je consens qu'elle ait des corps de bon goût, mais je ne veux pa^ qu'elle aille par la ville, aux Thuilleries et ailleurs, en gour' gandine et en petites mules, comme les marquises de con' trebande qui répandent sur toute leur personne une idée d'occasion prochaine. » Acte III, se. iv.
« est cette large bande d'étoffe plissée que les femmes mettent au bas et autour de leurs juppes ^ »
De Callières nous fournit aussi la définition de la passecaille et de la chaconne : « Une passecaille veut dire présentement un portemanchon; et une chaconne, qui est aussi le nom d'une autre espèce d'air de l'opéra, signifie encore depuis peu un ruban pendant du col de la chemise sur la poitrine de certains jeunes gens qui vont à demi déboutonnez*. » La chaconne faisait partie de costume masculin, et je rappelle à cette occasion que le manchon, inauguré sous Henri III, n'avait jamais cessé tout à fait de figurer, durant l'hiver, dans la toilette des hommes. Je m'occuperai ailleurs de ce qui concerne les fourrures.
La criarde date de la fin du règne. Ce fut d'abord le nom d'une toile très gommée, que le moindre frôlement faisait crier; ce fut ensuite une espèce de tournure, confectionnée avec cette toile, et qui servaità maintenir bouffants les retroussis de la jupe.
Comme on l'a vu plus haut, le mot corset
» Des mots a la mode, édit. de 1693, p. 200.
« Jbid., p. 203.
l'éveillé.
Quel corps vous plait-il, madame? Est-celui où vous êtes le plus à votre aise?